Chronique des Guildes – 17

Un auteur ancien, Musil, a parlé de « barbotement inconscient dans la houle des possibles ». C’était tout à fait moi au moment présent, sauf qu’il était hautement probable que nous soyons réduits en pièces, soit par les cabrioles insensées provoquées par le drone, soit par les projectiles lancés par le véhicule blindé qui nous poursuivait.

Un des amusements du drone était de monter en flèche jusqu’à la cime des arbres, puis de couper le moteur et tous les systèmes, pour tomber à pic, puis de recommencer. Une partie du contenu de mon estomac était répandue à mes pieds.

Il paraît que du vinaigre blanc dilué dans de l’eau enlève l’odeur de vomi, mais j’avais oublié – dans la précipitation où j’avais été empoigné – d’emmener ces deux produits. Mon Maitre d’Armes aurait dit : « On ne peut jamais s’approprier un léger désagrément ; mais on peut s’en affranchir par un dépliement liminaire. »

Deux arbres à notre droite venaient d’exploser. Notre véhicule avait fait une embardée qui nous avait envoyé dans la canopée. Le drone nous fit faire une série de tonneaux qui achevèrent de vider mon estomac un peu partout, y compris au dessus de moi.

J’essayais de visualiser mentalement un des tableaux du Grand Maître de la Guilde du Temps : « Psyché à sa toilette », par Natoire, afin de distraire mon esprit. Rien n’y fit.

Le drone, avec une série de filaments sortis de sa sphère était en train de modifier le fonctionnement du véhicule, tout en conduisant d’une façon chaotique au dessus de la forêt.

A un moment il poussa un soupir de satisfaction qui se traduisit par : « BLIBLOP ». Notre véhicule augmenta sa vitesse et sema nos poursuivants.

C’est alors que j’aperçus une petite souris blanche, bien mal en point, elle aussi.

A suivre.

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Psyché à sa toilette.

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Véhicule blindé.

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Chronique des Guildes – 16

Moi qui crains plus que tout l’ennui et la répétition, j’étais gâté. En même temps, j’ai conscience, cher lecteur, plus encore que mes incertitudes, d’exhiber ma précarité, ce qui n’est guère poli.

Deux membres du commando m’avaient empoigné avec rudesse malgré mes protestations, pour m’emmener dans un de ces véhicules légers à lévitation synergique. Ces véhicules n’existaient pas trente ans plutôt. C’était passionnant et j’en oubliais ma précarité.

J’observais l’intérieur du véhicule où j’étais enfermé. J’avais l’impression d’être dans une barque qui bougeait légèrement à cinquante centimètres du sol. Pendant ce temps, le commando fouillait la villa ; mais ils ne trouveraient rien, à part quelques affaires dans la cuisine et la salle de bain.

Il y avait également un véhicule blindé en lévitation, doté d’une grande puissance de feu.

Le drone qui s’était éclipsé dès l’arrivée du commando, dit d’un air joyeux : « Coucou revoilà les vandales », en pénétrant dans la véhicule où j’étais. Il prit en main les commandes, et fonça en zigzag – avec plusieurs loopings – vers la forêt amazonienne. Je déteste les montagnes russes. J’allais être servi.

Nous n’avons pas tardé à être poursuivi par le véhicule blindé qui tirait sur nous avec toute son artillerie. La forêt allait en prendre un coup. Une honte écologique!

A suivre.

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Véhicule léger à lévitation synergique.

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Chronique des Guildes – 15

Au bout d’un mois, je détestais toujours l’atmosphère chaude et humide de Manaus.

J’avais beau faire des recherches à tous les niveaux, je dus me rendre à l’évidence, cinq ans après la réussite de notre mission dans le désert du Mojave, les Guildes avaient perdu le pouvoir et n’existaient quasiment plus.

Il y avait pire, le système de transport instantané des objets avait été abandonné comme trop dangereux. L’iceberg géant qui avait écrasé la base de la Guilde des Eaux avait traumatisé les esprits.

Une Fédération des Nations Unies semblait régir l’ensemble des relations économiques et des problèmes de santé, y compris les catastrophes naturelles.

Le drone restait remarquablement silencieux sur ses objectifs secrets, mais avait enfin décidé de nous installer dans une villa discrète, mais confortable.

Je commençais rêver d’un retraite dans une de ces îles du Pacifique, où je gagnerais ma vie comme Maître d’Armes de Bö-jutsu ou tout autre art martial japonais. Adieu le stress des missions temporelles et les blessures désagréables.

Je sommeillais au bord de la petite piscine. Le drone me faisait écouter Nabucco de Verdi pour combler des lacunes culturelles consternantes.

Je commençais à penser, malgré l’humidité, que je pouvais aborder sereinement la question : Comment vivre ?

Ma sieste fut interrompue brutalement par un commando militaire qui, manifestement, voulait contrarier mes projets de retraite.

A suivre.

 

 

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Chronique des Guildes – 14

Manaus, même trente années dans le futur est toujours aussi humide. Nous étions en mars et il pleuvait, il pleuvait. J’avais espéré me retrouver sur une plage d’une île du Pacifique. Eh bien, non, nous avions été envoyés à Manaus, en pleine jungle amazonienne.

Le Grand Maître nous avait dit au drone et à moi : « Je vous envoie trente ans dans le futur, au niveau de la ligne équatoriale, de façon à rester dans une zone habitable, si jamais le climat s’est quand même détérioré. »

Je m’imaginais en train de surfer, ou du moins d’apprendre à surfer, sur un atoll de rêve. J’allais dire entouré de vahinés, mais je me souviens que j’avais passé une semaine heureuse avec Clarissa.

Quelle déception ! Quelle chaleur ! Quelle humidité ! J’étais dans un hamac et je déteste les hamacs. Nous logions dans une sorte de cabanon avec un toit en tôle ondulée et un sol en terre battue. Le confort était inexistant.

Le drone avait été inflexible : nous ne devions avoir aucune visibilité. Notre seule mission était d’observer et nous informer sur la situation générale, tout en gardant une certaine distance. Je devais m’inspirer de la vertu du sage stoïcien qui se définit par la fermeté de son âme, face aux difficultés de l’existence.

Il me faisait écouter Pelléas et Mélisande de Claude Debussy, au prétexte que cet opéra avait été joué autrefois au Teatro Amazonas.

Je dessinais dans l’air un rectangle de 40/30cm qui se remplit avec des images – gérées par ma combinaison – issues des actualités récentes et de rapports théoriquement issus des Guildes.

C’était là où il y avait un hic. Il ne semblait plus y avoir de Guildes.

A suivre.

 

 

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Chronique des Guildes – 13

Nous étions assis, après une douche rapide, devant un déjeuner plutôt frugal.

Le Grand Maître était très souriant : « Baudouin, quel assaut fougueux ! Vous aviez oublié que j’ai la fâcheuse habitude de plaisanter pour un rien.

Si vous aviez pensé à ce que je venais de dire, vous auriez compris qu’il était impossible de savoir, si oui ou non votre mission a déclenché une Guerre des Guildes ; vous êtes notre seul moyen d’aller dans le futur.

Il est vrai qu’il est envisageable qu’il y ait une Guerre des Guildes, pour d’autres motifs.

Votre mission – réussie – devrait néanmoins, par la disparition quasi complète des responsables de la Guilde de l’Eau, diminuer la probabilité d’une guerre. D’après nos calculs, elle est très faible actuellement.

Je vous le redis, j’ai aimé ce combat qui m’a fait réviser mes fondamentaux. Votre Maître d’Armes, Amada Akitsugu XXII, malgré ses propos obscurs, était excellent.

A partir de maintenant, je prends votre formation en main ; vous me changez des courtisans et des lèches-bottes. Dans une semaine, vous repartirez trente ans dans le futur avec votre drone sentencieux, pour vérifier si le climat ne s’est pas dégradé, et d’autres choses que seul le drone connaît.

A propos, lorsque vous êtes revenu inconscient avec cette barre de fer à travers la poitrine, j’ai pensé à la statue du Bernin, représentant Thérèse d’Avila en extase. Très beau.

Et – vous allez rire – si j’avais voulu vous éliminer, je vous aurais tranché la gorge dans les cinq secondes de votre premier assaut. Vous n’auriez pas souffert.

Finissons de déjeuner. Un peu de vin ? »

A suivre.

ThereseBernin

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Chronique des Guildes – 12

Si je survivais à ce combat je m’étais promis de consentir à réfléchir un peu plus sérieusement à mon avenir, et à ma place au sein de la société, quelle que soit l’époque où je pourrais m’établir.
Le flux des coups de Bö demeurait totalement unidirectionnel ;  je prenais presque tous les coups et c’était rarement l’inverse. Je tentais les techniques les plus retorses comme me les avaient apprises mon Maître d’Arme, en vain ; mais sans jamais déroger aux conventions du reishiki.
Je voyais le combat en observateur extérieur dans un film presque muet, où l’on n’entendait que le choc des bâtons et les cris de combat. A un moment, nous sommes passés devant une série de glace, où sont apparus les reflets grotesques de nos ombres.
C’était une scène irréelle qui eut nécessité un ralenti, accompagné du lamento de Didon : « When I am laid, am laid in earth, may my wrongs create / No trouble, no trouble in, in thy breast / When I am laid, am laid in earth… » *
Le Maître de la Guilde du Temps était un combattant au sommet de son art. Mon Maître d’Armes se serait probablement incliné, en disant un de ses aphorismes mystérieux : « L’essence du combat consiste à ne se saisir de rien, car le combat ne manque de rien dans l’insuffisance où il se trouve. »
Je me suis retrouvé à terre, le bout du bâton du Grand Maître sur ma gorge. Il tenait le bâton de la main gauche, pendant qu’une dague japonaise (tantô) était apparue dans sa main droite. Tout était perdu for l’honneur.
Je fermais les yeux en songeant aux désagréments d’un gorge tranchée. Cela allait être une expérience nouvelle, mais d’un usage limité, dans le temps très court qui me restait à vivre. Quel dommage !
« Alors, vous allez vous prélasser par terre pendant longtemps ? Venez donc déjeuner, nous avons des choses à nous dire. Et ne tentez plus de m’attaquer, l’effet de surprise est passé. »
A suivre.

* « Dido and Aeneas », Purcell.

 

 

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Chronique des Guildes – 11

« La puissance générative de chaque combat excède tout rapport positif de causalité et de filiation. » Je n’ai jamais rien compris à cet aphorisme de mon Maître d’Armes. Il ajoutait que les combats conduisent là où l’on ne serait jamais allé seul.

J’avais décidé de combattre pour l’honneur le Grand Maître de la Guilde du Temps qui m’avait envoyé en mission suicide, pensant qu’elle serait un échec. Mais j’avais réussi !

Je saisis une naginata japonaise posée sur un grand meuble. Le Grand Maître souriant, malgré la grande balafre grimaçante sur son visage, avait évité mon coup avec une vitesse foudroyante.

D’un bond il s’était emparé d’un Bö dans un râtelier d’armes, un bâton long utilisé dans l’art du bō-jutsu. Nous nous observions avant un nouvel assaut.

Au début d’un combat, mon Maître d’Armes nous encourageait verbalement : « Souvenez-vous qu’un combat authentique doit être pensé comme un combat dialectique, qui réunit et fait exploser les modalités ontologiques des arts martiaux. »

Pour être tout à fait franc, je ne suis pas certain aussi d’avoir compris ce conseil, même si mon Maître d’Armes avait ses raisons de s’exprimer de cette façon.

Dès l’assaut suivant ma naginata fut cassée en deux, et je n’eus que le temps de m’emparer d’un Bö, tout en recevant un coup sur l’épaule droite, qui me fit me souvenir de la blessure – parfaitement guérie – de la barre de fer rouillée.

Nous nous observions à nouveau. Le Grand Maître de la Guilde, toujours souriant, ne semblait pas pressé.

Devais-je ne faire qu’un avec mon arme ? « Le sens d’une arme est issu d’elle ; il faut considérer chaque arme dans son unicité, comme une arme singulière. »

Hélas, cet autre conseil éclairé de mon Maître d’Armes ne constituait pas vraiment la réponse adéquate au problème posé par ce combat. J’aurais bien voulu « lire » mon avenir dans les abats d’animaux ou le vol des oiseaux, comme dans l’antiquité.

Il y eut un nouvel assaut.

A suivre.

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Naginata

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Bö (bâton)

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Chronique des Guildes – 10

J‘étais derrière le Grand Maître de la Guilde du Temps. Il contemplait, « Le repas chez Simon » de Subleyras (1737), représentant Marie-Madeleine lavant les pieds du Christ avec un coûteux parfum, et aimait la complexité de cette scène avec ses vingt-quatre personnages.

Il se retourna : « Avez-vous conscience, en réussissant votre mission, d’avoir déclenché la Guerre des Guildes, qui provoquera une nouvelle glaciation et la mort de milliards de personnes ? »

Je restais sans voix. Avais-je été le jouet d’un complot diabolique. Mon drone aurait précisé : « un mot issu du grec ancien διάβολος (qui divise) » ? Je fus obligé de m’asseoir dans un fauteuil proche. Que devais-je penser de cette accusation ?

Un poème de du Bellay tournait dans ma tête : « Qui prêtera la parole / A la douleur qui m’affole ? / Qui donnera les accents / A la plainte qui me guide / Et qui lâchera la bride / A la fureur que je sens ? »

A suivre.

Subleyras

« Le repas chez Simon » (Subleyras).

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Chronique des Guildes – 09

« Apophtegme, Paphnuce, anachorète, Pachôme, Penpareyê, Apophtegme, Paphnuce, anachorète, Pachôme, Penpareyê.. »

J’entendais ces mots depuis dix minutes, puis enfin je m’éveillais. J’entendis : « Ah, enfin ! », et Clarissa, l’infirmière baraquée, me fit une piqûre dans les fesses.

Puis elle me prit dans ses bras en disant : « Ne croyez pas que je fasse du sentiment, mais je suis contente que vous soyez revenu, même avec un magnifique barre de fer rouillée.

C’est le drone et votre combinaison qui vous ont sauvé. Le drone a déclenché votre retour 25 ans en arrière et vous avez été opéré in extremis. Je ne pense pas que vous vouliez garder cette barre de fer en vous ?

Vous avez été maintenu en sommeil artificiel pendant quinze jours. Le Grand Maître vous recevra dès demain. »

Je reprenais mes esprits, content moi aussi de voir que Clarissa avait quelques sentiments à mon égard.

J’entendis une petit bruit sur ma gauche, puis : « Car le libre arbitre est un bien de l’âme ; encore que l’homme puisse en abuser, comme il abuse des biens de son corps ; ce bien doit être apprécié comme la condition essentiel du bien vivre.. »

Le drone était en train de lire à haute voix un texte de Jean-Ambroise Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran. Il avait repris sa belle forme sphérique.

J’eus comme l’impression que j’allais devoir ruser pour rester en tête à tête avec Clarissa.

A suivre.

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Saint-Cyran

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Clarissa

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Chronique des Guildes – 08

Il m’est encore maintenant difficile de croire que j’ai pu passer à travers tous ces événements.

J’avais été presque soulagé lorsque nous avions rejoint notre « camp de base », la tranchée que j’avais creusée, camouflée sous une bâche quasi invisible.

Mais il y a une image qui ne me quittera plus jamais, c’est quand j’ai réalisé que j’avais une barre de fer rouillée qui traversait mes côtes, mon poumon gauche et ressortait dans mon dos. La combinaison avait assuré les soins d’urgence, bloqué les hémorragies, géré le fonctionnement respiratoire et m’avait injecté des anti-douleurs.

Le drone m’avait laissé là et était reparti « jouer à Léonidas ; c’est le plus beau jour de mon existence », allant à la rencontre d’un essaim considérable de drones qui quadrillait les environs du Centre d’Essai détruit, à notre recherche.

Grâce à mes jumelles, j’assistais au fantastique ballet de mon drone seul contre tous. La nuit était tombée assez vite et ce fut un feu d’artifice pendant plusieurs heures. Manifestement le matériel militaire de la Guilde du Temps était très supérieur à celui de la Guilde des Eaux.

Lorsqu’il revint, le drone avait plus la forme d’un bout de métal tordu qu’une forme sphérique. Il avait éliminé tous ses adversaires.

Ma combinaison commençait à me donner des messages d’alerte positifs : « Vos fonctions vitales vont bientôt cesser de fonctionner. Préparez-vous à mourir avec calme. Vous ne souffrirez pas. »

Le drone, pour mes distraire de mes pensées funèbres qui auraient pu nuire à mon état, me commenta certains passages de l’oraison de Bossuet pour Henriette-Anne d’Angleterre en 1670 : « ..la santé n’est qu’un nom, la vie n’est qu’un songe, la gloire n’est qu’une apparence, les grâces et les plaisirs ne sont qu’un dangereux amusement : tout est vain en nous, excepté le sincère aveu que nous faisons devant Dieu de nos vanités, et le jugement arrêté qui nous fait mépriser tout ce que nous sommes. »

Je ne pus être attentif jusqu’au bout, car je perdis conscience.

A suivre.

 

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Chronique des Guildes – O7

Il y a une chose que la Guilde des Eaux n’avait pas aimé, c’est de voir s’écraser sur le Centre d’Essai, un iceberg de cinq kilomètres carrés. Tous les hauts responsables de la Guilde étaient morts, ainsi que l’équipe scientifique du projet « Iceberg dans un désert ».

Nous avions été protégés par l’énorme masse de béton au dessus de nos têtes, mais une partie de la salle où nous étions s’était écroulée.

Il avait fallu emprunter d’autres voies pour sortir et nous nous étions heurtés à une équipe de drones de la sécurité qui avaient rapidement compris que nous n’étions pas d’honnêtes touristes en quête de fraîcheur, mais probablement les responsables de l’aléa qui avait « redirigé » l’iceberg vers son funeste but.

Nous nous trouvions donc, comme je l’ai dit auparavant, sous des tirs croisés de munitions à haute vélocité, pendant que le drone me commentait Catherine de Sienne. Le mur au dessus de nous commençait à ressembler à un fromage de gruyère.

Le drone, tout en tirant avec un faisceau laser particulièrement efficace, me parlait maintenant de Léonidas aux Thermopyles, prêt à mourir au milieu de ses trois cent amis, et du message gravé sur la roche par un guerrier : « Étranger, va dire au Lacédémoniens, que nous sommes morts ici, en obéissant aux ordres.« 

La plupart des drones de la Guilde des Eaux avaient été pulvérisés, mais je me sentis dire, « Oh, oh », lorsqu’un tank géant et surarmé apparu au milieu des décombres.

Là, on était vraiment mal ; mais ce fut un mal pour un bien, car le premier tir du drone géant fit un trou énorme dans le mur derrière nous, qui nous permis de nous replier dans un tunnel qui menait vers la sortie.

Le drone fit une remarque attristée : « C’est vraiment navrant, ces tanks géants manquent de discernement, » et il le coupa en deux avec son laser.

Désolant, en effet. J’étais d’accord avec lui.

A suivre.

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Léonidas aux Thermopyles (David).

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Chronique des Guildes – 06

Le drone était en train de m’expliquer une phrase de Catherine de Sienne : « Nous devons reconnaître que nous n’avons pas l’être par nous-même, mais que nous le tenons de Dieu. »

Je reconnais que j’avais, dans le passé, négligé Catherine de Sienne, mais étais-ce vraiment le moment pour en parler ?

Nous étions pris dans un feu croisé de tirs qui menaçaient de nous transformer, en débris pour le drone, en cadavre pour moi, ce qui produirait immanquablement un réveil de mon âme. Mais je préférais ne pas la réveiller pour l’instant.

Cinq heures auparavant.

J’avais demandé au drone pourquoi nous devions faire 10km à pieds pour atteindre le Centre d’Essais de la Guilde des Eaux sous 48°C. Il m’a répondu que nous serions parfaitement invisibles pour pénétrer dans le Centre et, qu’en plus, il avait projeté des leurres tout autour de nous.

Nous avions pénétré dans le Centre par les égouts. Quelle puanteur ! Une vraie pénitence ! Le drone m’a fait remarquer, en ouvrant les grilles les unes après les autres, que « la pénitence doit être le moyen d’acquérir la vertu et non le but principal de l’âme. »

En pénétrant dans un sous-sol bétonné, non loin de la salle des systèmes informatiques, je lui dis que nous pourrions peut-être parler de Cervantès et son Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche, cela serait plus amusant. Il a refusé.

Le drone se mit à déployer une série de filaments qui se fixèrent sur le mur mitoyen des salles informatiques : « Je vais changer les programmes informatiques pour modifier l’ « atterrissage » de l’iceberg. Nous en avons pour trente minutes. Il fait plus frais ici, profitez-en pour vous reposer. »

A suivre.

 

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Chronique des Guildes – O5

Je comptais mes doigts, j’en avais dix ; je comptais mes yeux, j’en avais deux, je comptais mon nez, je n’en n’avais qu’un. Tout était normal, malgré la chaleur intense qui me vrillait le cerveau.

Si à un moment de ma vie, juste avant de « mourir », j’avais rêvé de chaleurs torrides, maintenant je rêvais de neige et de glace. On n’est jamais content de ce qu’on a.

Le Désert du Mojave, même 25 ans dans le futur, est toujours aussi chaud. Malgré la tranchée que j’avais creusée au petit matin pour me protéger, et une sorte de bâche maillée installée au dessus, il faisait 48°C.

Le drone était parti aux renseignements vers le Centre d’Essais de la Guilde des Eaux, à dix kilomètres de là, pour déterminer avec plus de précision, le moment où ils allaient déplacer l’iceberg géant du Pôle Nord au Désert du Mojave.

Le voyage vers le futur s’était bien passé, avait duré moins d’une seconde, et nous nous étions retrouvés, juste avant l’aube, non loin de Drum Peak.

Le drone avait mis l’air de la Flute Enchantée : « O zittre nicht, mein lieber Sohn, du bist unschuldig, weise, fromm – Ein Jüngling so wie du, vermag am besten… »

Je lui avait demandé d’arrêter cette musique. Il avait pris sa voix compassée : « Je vois que Monsieur n’est pas prêt à s’abstraire du monde, pour entrer dans le Sublime. » Le Grand Maître avait eu raison de me prévenir, son ton professoral énervait.. Mais, allez bâillonner une sphère de vingt centimètre de diamètre.

Lorsque, pour me distraire, il me lu l’Agamemnon d’Eschyle : « C’est ainsi qu’il mourut, et toute la vie jaillit de son corps ; et en mourant il m’éclaboussa d’une sombre et violente pluie de sang au goût amer pour me réjouir… », je le rappelais à ses devoirs vis à vis de notre mission.

C’est ainsi qu’il s’éloigna, me laissant cuire sous 48°C.

A suivre.

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Chronique des Guildes – 04

Je m’étais trompé sur l’infirmière qui m’avait accueilli après mon « trépas ». Nous avons passé de bons moments dans les immenses jardins de la Guilde du Temps.

Elle me faisait courir 30 km tous les matins, suivis par 10 km d’aller-retours en piscine.

Elle m’initia aux « vrais » arts martiaux. Ceux que j’avais subis avant ma première mission avaient été, selon ses mots, « de la gnognotte pour jeune fille de bonne famille. »

Elle trouvait mes bras un peu débiles, mais avait apprécié lorsque j’avais bu un verre d’alcool sans broncher. Je n’avais pas bronché, car j’avais des larmes plein les yeux, en soufflant : « arrrrrrghhh, arrrrrrghhh, arrrrrrghhh ».

Le Grand Maître me reçut au bout d’une semaine. Je vis enfin son visage. Il avait une grande balafre sur la partie gauche du visage, une fine barbe et deux yeux bleus très froids.

« Je vous fais un petit topo avant votre départ pour 25 ans dans le futur. N’ayez crainte, vous ne vous rencontrerez pas.

Vous serez le Désert du Mojave, où la Guilde des Eaux va faire, dans 25 ans, selon les prévisions de nos supercalculateurs, son premier essai de transport instantané d’un iceberg de cinq kilomètres carrés. Vous devrez opérer de façon à ce que cet iceberg s’écrase sur leur centre d’essai, où seront présents tous les plus hauts responsables de la Guilde des Eaux et leur équipe scientifique au complet.

Il seront assez surpris, car ils s’attendent à ce que l’iceberg apparaisse en douceur à vingt km de là. Ce sera drôle, hein ? ..Je vois à votre tête que ce n’est pas drôle. Veuillez m’excuser, j’ai la fâcheuse habitude de plaisanter pour un rien.

Vous aurez une combinaison de protection et de défense en nanoparticules, avec un drone miniature qui voyagera avec vous sous forme de bracelet, puis se transformera en petite sphère volante aux capacités étonnantes. Il parle sur un ton professoral, qui vous énervera certainement. Bon voyage ! »

A suivre.

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Salle d’embarquement pour le futur.

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Chronique des Guildes – 03

Lorsque je fus présenté au Grand Maître de la Guilde du Temps, je ne pus savoir quelle était son apparence réelle, car, comme comme tous les Grands Maîtres des Guildes, il était vêtu d’une longue cape sombre, avec une capuche couvrant son visage.

Il y avait peu de lumières dans la pièce, qui aurait pu ressembler à une bibliothèque du XIXème siècle, mais là aussi, on ne voyait pas grand chose. Je ne pus distinguer qu’un tableau de Jean Restout : « Orphée descendu aux Enfers pour demander Eurydice. »

Il me dit : « Bonjour Baudouin. Nous avons hésité à vous ressusciter, mais puisque c’est fait, j’attends votre rapport. » Il n’était vraiment pas aimable…

Au passage je précise que je n’aime pas mon prénom Baudouin.

J’expliquais au Grand Maître que dès mon arrivée dans le futur, la Guilde des Eaux avait commencé à transporter des icebergs géants dans les déserts, pour des projets pharaoniques de cultures intensives, dont aucun n’avait abouti.

La guerre des guildes avait mis fin à l’équilibre du climat, et les guildes avaient perdu tout pouvoir sur des populations en diminution rapide et constante.

Le Grand Maître resta silencieux, puis parla : « Vous êtes la seule personne au courant de cet avenir que j’espère alternatif, car nous allons y remédier. Je tente d’évaluer de façon nuancée ces désordres à venir, et j’admets que tout ne peut être éclairci. Vous, avec quelques personnes du Haut Conseil de la Guilde et quelques techniciens, savez que nous ne nous occupons pas seulement de prévisions météorologiques, mais de..heu..de prévisions temporelles. Si jamais vous aviez l’intention d’en parler, eh bien…nous nous sommes bien compris ? »

Je bafouillais quelques mots.

Il continua : « J’avoue avoir plaisanté tout à l’heure, nous vous aurions ressuscité de toutes façons, car vous êtes le seul actuellement à pouvoir aller dans ce futur. Reposez-vous quelques jours ici, dans les immeubles de la Guilde. Après, vous repartirez en mission. »

Je fis semblant d’adorer sa plaisanterie, en le maudissant intérieurement.

A suivre.

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Orphée et Eurydice de Jean Restout.

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Chronique des Guildes – 02

« Poliorcétique, Akhenaton, gyrovague, poliorcétique, Akhenaton, gyrovague, poliorcétique, Akhenaton, gyrovague.. »

J’entendais ces mots depuis dix minutes, puis enfin je m’éveillais. J’entendis : « C’est pas trop tôt ! », et une infirmière me fit une piqûre dans les fesses.

Je me rappelais de tout. Après avoir quitté le train avec quelques autres, nous avions suivi la voie de chemin de fer. Il faisait -35°C avec un vent fort. Au bout de trois heures, je suis mort de froid. Une situation délicate à gérer.

La Guilde du Temps m’avait récupéré par un « moyen adéquat », moyen dont je n’ai jamais compris le fonctionnement.

J’étais de retour 28 ans en arrière.

La Guilde m’avait envoyé vingt ans dans le futur avec, au départ, un statut d’étudiant. Je devais y rester dix ans dans ce foutu futur, pour examiner « si des circonstances spéciales n’oblitéraient pas l’avenir des Guildes.« 

Je ne devais revenir prématurément qu’en cas de mort éventuelle – j’aime ces mots mots mort éventuelle – ce qui s’était produit au bout d’un séjour de huit ans dans le futur.

On ne m’ôtera pas de l’esprit que si j’étais mort, j’étais mort, et qu’à moins d’une intervention divine, j’aurais du rester mort. La Guilde du Temps n’a jamais voulu m’expliquer comment ils m’avaient ressuscité, avec un argument massue : « Cela pourrait vous troubler ; c’est comme ça, un point c’est tout. »

L’infirmière m’a lavé – il parait que j’étais sale comme trente six cochons – habillé, et prévenu : « Après une légère collation, vous serez débriefé par le Grand Maître de la Guilde du Temps. Vous avez intérêt à assurer, ce n’est pas un rigolo, croyez-moi. »

A suivre.

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Infirmière de la Guilde du Temps. (Dessin de Ronald Searle).

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Chronique des Guildes – 01

C’était pour un concours lancé par « ◘ẅ◘ » (http://wwwcine.wordpress.com/2014/01/05/billoyez/). Il fallait imaginer une histoire sur une image de Sébastien Ecosse.

J’ai écrit l’histoire suivante sous un autre avatar.

Si vous la lisez, cher lecteur, sachez que c’est une histoire terrible, encore pire que celle – déjà épouvantable- racontée par Oliveira da Figueira, dans Tintin au Pays de l’Or Noir.

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Tout avait commencé avec les Guildes.

J’étais alors étudiant, aux débuts de la révolution des transports. Au cours des cinquante années qui précédèrent cette révolution, nous avons assisté à l’émergence d’une série de découvertes sur le transport instantané des objets.

Ces découvertes avaient provoqué la naissance des Guildes qui ont pris progressivement le pouvoir sur les pouvoirs en place. Nos modes de vie ont radicalement changé.

Les gens n’en ont pas pris conscience au début, tout à l’euphorie des changements. Après, il a été trop tard pour revenir en arrière. Mais était-ce seulement possible ?

Les choses ont commencé à se gâter lorsque la Guilde des Eaux a transféré dans les déserts, de gigantesques morceaux d’iceberg. Cette politique à courte vue a détérioré l’ensemble du climat, bien que les experts préfèrent parler d’une nouvelle période de glaciation.

Il s’en est suivi une guerre des Guildes qui – en raison du système de déplacement instantané des objets, et notamment des armes de guerres – fit subir au monde des transformations et des destructions irréversibles.

Le climat se détériora complètement et la température moyenne – sauf sous la mince bande des tropiques – tomba à -20°/-30°C.

Je suis dans un des dernier trains qui devait aller chercher pour notre camp de réfugiés, des vivres dans un dépôt souterrain de la Guilde Alimentaire. Le train a déraillé.

Nous avons essayé de continuer à pieds pour atteindre le dépôt alimentaire, mais la voie ferrée est complètement coupée, en raison d’ouvrages d’arts effondrés.

J’écris ces mots avec un crayon sur un bout de papier d’emballage. La nuit je rêve de chaleurs torrides. Demain, nous tenterons de revenir en arrière en suivant la voie ferrée, à pieds.

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C14 43 C3

Tintin au pays de l’Or Noir.

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