Chronique des Guildes – 12

Si je survivais à ce combat je m’étais promis de consentir à réfléchir un peu plus sérieusement à mon avenir, et à ma place au sein de la société, quelle que soit l’époque où je pourrais m’établir.
Le flux des coups de Bö demeurait totalement unidirectionnel ;  je prenais presque tous les coups et c’était rarement l’inverse. Je tentais les techniques les plus retorses comme me les avaient apprises mon Maître d’Arme, en vain ; mais sans jamais déroger aux conventions du reishiki.
Je voyais le combat en observateur extérieur dans un film presque muet, où l’on n’entendait que le choc des bâtons et les cris de combat. A un moment, nous sommes passés devant une série de glace, où sont apparus les reflets grotesques de nos ombres.
C’était une scène irréelle qui eut nécessité un ralenti, accompagné du lamento de Didon : « When I am laid, am laid in earth, may my wrongs create / No trouble, no trouble in, in thy breast / When I am laid, am laid in earth… » *
Le Maître de la Guilde du Temps était un combattant au sommet de son art. Mon Maître d’Armes se serait probablement incliné, en disant un de ses aphorismes mystérieux : « L’essence du combat consiste à ne se saisir de rien, car le combat ne manque de rien dans l’insuffisance où il se trouve. »
Je me suis retrouvé à terre, le bout du bâton du Grand Maître sur ma gorge. Il tenait le bâton de la main gauche, pendant qu’une dague japonaise (tantô) était apparue dans sa main droite. Tout était perdu for l’honneur.
Je fermais les yeux en songeant aux désagréments d’un gorge tranchée. Cela allait être une expérience nouvelle, mais d’un usage limité, dans le temps très court qui me restait à vivre. Quel dommage !
« Alors, vous allez vous prélasser par terre pendant longtemps ? Venez donc déjeuner, nous avons des choses à nous dire. Et ne tentez plus de m’attaquer, l’effet de surprise est passé. »
A suivre.

* « Dido and Aeneas », Purcell.

 

 

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8 réflexions au sujet de « Chronique des Guildes – 12 »

  1. « Un homme devrait être capable de rester étendu au pied d’une colline avec la gorge tranchée, son sang s’écoulant lentement jusqu’à ce que vienne la mort, et que, si une jolie fille ou une vieille femme venaient à passer avec une belle cruche en équilibre sur la tête, il devrait avoir la force de se soulever sur un coude et de s’assurer que la cruche arrive entière au sommet de la colline. »

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