Chutes

Monsieur Møøchagøo sirotait un diabolo-grenadine d’un air dégagé. Il m’avait avoué que son rêve d’enfance avait été d’élever des ragondins en Patagonie. Pour l’instant, il avait un nouveau projet, tourner un film d’horreur ; mais il manquait cruellement d’idées.

J’avais justement une idée à lui soumettre. Il devait imaginer un homme fuyant sur les toits, comme dans Vertigo de Hitchcock. A un moment il dérape et se rattrape à une gouttière qui se casse et présente une aspérité pointue.

L’homme se raccroche aux débris de la gouttière en tirant la langue dans l’effort. Il finit par glisser, sa langue reste empalée sur le morceau pointu de la gouttière. Tous les organes internes restent avec la langue, pendant que la peau et le squelette tombent au sol.

« C’est pas mal comme idée, hein ? Qu’en pensez-vous ? »

Il resta un moment estomaqué : « Votre ébauche de scénario est sidérante. Votre voisine dirait finement : « Il ne faut pas se tordre les intestins là-dessus ». Je vais y réfléchir. »

Pour détendre l’atmosphère je lui dis que dans Vertigo, la scène inaugurale de la poursuite sur les toits, se termine par un gros plan sur la tête de James Stewart accroché à une gouttière, après la mort par chute mortelle, du policier qui voulait l’aider.

Et puis, subitement, sans aucune explication, on voit James Stewart chez lui en train de mettre sa canne en équilibre sur son doigt. Un raccourci extraordinaire dont aucun critique cinématographique n’a jamais parlé.

Monsieur øchagøo m’a répondu qu’il détestait ce film qui n’a pas de happy end, et a même une fin des plus cyniques, car James Stewart s’estime guéri après la mort tragique de Kim Novak.

Belle journée !

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Unheimlich

Dimanche 23 février 2014. Randonnée dans le Parc de St Cloud, la Forêt de Fausses Reposes et la Forêt de Meudon. 17 km.

Monsieur Møøchagøø contemplait le Chêne des Missions et les menhirs, au Carrefour des Fonds de la Chapelle, en Forêt de Meudon. Il semblait soucieux – alors que nous avions déjeuné agréablement au soleil – et a dit : « Mir war unheimlich zumute, » (j’ai une sensation étrange).

Quand il parle allemand, ce n’est pas bon signe.

Dans les brochures touristiques, il est écrit que « C’est un des arbres les plus vieux et majestueux de la forêt . Il est entouré d’un groupe curieux de mégalithes », installés en 1895 par des missionnaires de Meudon, d’origine bretonne, « pour former un site rappelant leur pays d’origine et les cultes ataviques (chênes et pierres druidiques) ».

Je le sentais réticent. Était-ce l’origine bretonne des moines qui le préoccupait ? Les faux mégalithes ? La résurgence du culte atavique des druides?

« N’attendez pas de moi une tirade protatique. Il semblerait que ces moines aient formé une confrérie secrète qui, certaines nuits de brouillard, se réunissaient autour du chêne, pour un rite druidique. Cette confrérie secrète, paraît-il fort influente, existerait encore de nos jours, mais personne n’en connaît les membres. »

J’étais perplexe. Y avait-il des preuves photographiques ? Des témoins directs?

Nous sommes repartis vers les étangs suivants, dont l’étang de La Garenne où se trouve un vrai menhir, la Pierre aux Moines (-2400 / -1700 avant notre ère.)

Puis nous sommes passés près de la Tour des Voyages Temporels Fluffy/Pv6, dans le Bois de Clamart, avant de rentrer en RER, par Meudon Val Fleury.

Belle journée ensoleillée.

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Trottinette pour hauts talons

Moi (montrant à ma voisine les lignes que j’avais écrites sur les zombies) : Qu’en pensez-vous ?

Ma voisine : ça commence trop bien pour ne pas finir mal.

Moi : C’est une façon originale de voir les choses. Si j’avais eu l’intention de terminer cette histoire, je ne nous aurais pas fait dévorer par un groupe de zombies en folie.

Ma voisine (avec un air pincé) : Tout le monde peut se tromper.

Moi : Les zombies n’aiment pas l’eau et le savon, ni les vêtements frais après la douche, si jamais il leur prenait l’idée de prendre une douche, ce dont je doute. Je ne parle pas des zombies suisses, évidemment, qui cultivent la propreté.

Ma voisine : Je ne vous suis pas. Et alors ?

Moi : C’est simple, c’est comme la trottinette pour moldaves singapouriens du Kenya.

Ma voisine : Je suis sans doute un âne (et il vrai qu’il y a beaucoup d’ânes aujourd’hui), mais je ne vois toujours pas le rapport entre les zombies sales et le fait que vous ne seriez pas dévorés par ces mêmes zombies.

Moi : Je ne vous le dirais pas. Les moments les plus affreux dans une histoire de zombies, ce sont les fins de chapitres, ou les « à suivre ». Vous seriez stressée de ne pas savoir ce qui se passe ensuite.

Ma voisine :  Vous êtes parfois affligeant !

Moi : Nobody’s perfect. Montaigne disait que, « C’est l’indiligent lecteur qui perd mon sujet, non pas moi. » (Essais).

 

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Hypotypose zombie

« Nous étions perdus depuis une heure dans la Forêt de Chantilly. Le brouillard transformait les formes des arbres en ombres tragiques. Soudain, les fourrés sur notre gauche vomirent des cris effroyables.

Nous nous apprêtions à fuir quand, devant nous, une série de débris humains nous glacèrent le sang. Je réalisais soudain que nous courrions un grave danger. La terreur nous envahit. Une sueur glaciale envahit mon dos.

A côté des débris, un homme, le visage caché par une capuche, semblait secoué de sanglots. Nous nous approchâmes de lui espérant une explication à l’horrible spectacle de têtes, de membres et de boyaux emmêlés.

Lorsque nous fûmes à côté de l’homme, celui-ci se mit à rire d’un rire démoniaque. Il rabattit sa capuche et c’est là que je vis l’horreur personnifiée : un zombie.

Je hurlais à Monsieur Møøchagøø : Courez le plus vite possible ! Ce genre de zombie mange les cerveaux humains !

En fait il était déjà devant moi, et faillit déraper sur quelques boyaux. Il saisit une tête décapitée pour la lancer sur notre poursuivant, qui l’évita aisément.

Nous avions à peine parcouru une centaine de mètres, que d’autres zombies jaillirent des taillis…. »

Je montrais à Monsieur Møøchagøø ces premières lignes, que je jugeais bonnes. Le lecteur aura en quelque sorte sous les yeux une scène fort amusante, que son imagination pourrait enrichir à sa guise.

J’avais réfléchi ; mon refus de peindre nos randonnées d’une manière plus vive, n’était par très fair-play. Ces premières lignes étaient donc un essai.

Le profond silence de Monsieur Møøchagøø ne laissa pas de m’inquiéter. Puis il dit : « Hum !  Vous avez oublié que les zombies végétariens sont aussi importants que les zombies carnivores ! Pensez aussi aux zombies féminins pinups et aux zombies phosphorescents la nuit, sans lesquels il n’est pas de bon récit de zombies. »

Je pense que je vais demander son avis à ma voisine.

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Hypotypose

J’avais décidé de m’intéresser à l’hypotypose. Gérard Genette en parle dans « Epilogue » (2014) et donne comme exemple cette tirade d’Andromaque, acte III, scène 8 (Jean Racine), sur la mise à sac de la ville de Troie.

« Songe, songe Céphise, à cette nuit cruelle
Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle.
Figure-toi Pyrrhus, les yeux étincelants,
Entrant à la lueur de nos palais brûlants,
Sur tous mes frères morts se faisant un passage;
Et de sang tout couvert échauffant la carnage.
Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cris des mourants,  

Dans la flamme étouffés, sous le fer expirants. »

C’est en effet plus imagé que : « Une fois dans la ville, ils mirent le feu aux palais et tuèrent tous les habitants. »

Gérard Genette donne aussi la définition de l’hypotypose par Pierre Fontanier (1818) : « L’hypotypose peint les choses de manière si vive et si énergique qu’elle les met en quelque sorte sous nos yeux, et fait d’un récit, ou d’une description, une image, un tableau, ou même une scène vivante. »

Monsieur Møøchagøø me dit : « Eh bien voilà, vous n’avez plus qu’à peindre nos randonnées d’un manière plus vive, au lieu de donner dans le bric à brac habituel. »

N’ayant pas le talent de Jean Racine, je n’étais pas plus avancé. Et je me rappelais aussi, que Michel Tournier préfère pratiquer : « un style dur, net, gratté jusqu’à l’os. »

Ma voisine aurait dit : « Les conseilleurs ne sont pas les payeurs ». Je crois que je vais garder mon style, qui est de n’en avoir aucun.

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Mort de Priam, tué par Néoptolème, lors du sac de Troie, (par Kuntze)

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Tronche de culbuto

Randonnée du dimanche 9 février 2014 en Forêt de St Germain – 18 km

En raison des pluies généreuses cet hiver, il est plus raisonnable de se limiter aux forêts qui ne sont pas envahies par la gadoue.

Monsieur Møøchagøø était de mauvaise humeur, on lui avait trouvé, lors d’une discussion, une tronche de culbuto et un cervelet de cloporte. Je demandais qui était le « on », mais je n’eus pas de réponse.

Pour le consoler je lui dis qu’un grand père, dans un roman de Dona Tartt (Le petit copain), informe ses petits enfants sur trois aspects essentiels de notre vie : « Ne pas espérer grand-chose de la vie. Le monde est un endroit cruel. L’homme est un loup pour l’homme. »

Il grommela quelque chose comme : « Lièvre sans poil. » C’était sibyllin, comme d’habitude.

On entendait un joueur de cornemuse, qui préférait s’exercer dans la forêt plutôt que de subir les reproches de ses voisins. Nous l’avons vu à un carrefour. D’après Monsieur Møøchagøø, il jouait des mélodies bretonnes. Je l’ai cru sur paroles.

Il m’interrogea sur la possibilité de gagner de l’argent avec mon blog. Je lui répondis qu’en dehors du fait que mon blog n’avait aucune des qualités requises pour gagner de l’argent, j’étais d’accord avec une citation de Dandré-Bardon, peintre du XVIIIème siècle : « La fortune n’est point l’objet de ses désirs, c’est au sein des beaux-arts qu’il trouve ses plaisirs. »

Les grands vents de la semaine passée avaient brisé de grosses branches et même certains arbres. Contrairement aux prévisions de la météo, nous n’avons pas subi de pluies.

Monsieur Møøchagøø chantait : « Tu la voyais pas comme ça ta vie, Tapioca, potage et salsifis. On va tous pareils, moyen, moyen… » *

Belle journée !

* Le Bagad De Lann-bihoué, Alain Souchon.

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Peinture de Dandré-Bardon : « L’adoration des cranes » 1733. (On rigole, on rigole..)

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Obtenir plus de suffrages

Tante Germaine : Concernant ton récit de science-fiction, mes déceptions furent telles que j’aurais du les prévoir et les craindre.

Moi : …..

Tante Germaine : Ce récit aurait été bien meilleur, si tu avais eu le bonheur de recevoir directement mes leçons durant ta jeunesse.

Moi : …..

Tante Germaine : Si tu désires obtenir plus de suffrages, tu devrais t’essayer à l’opéra comique dont le genre est plus facile. Lis L’Enlèvement de Ragotin et de Mme Bouvillon de Jean-François Cailhava de L’Estandoux, cela te donnera des idées.

Moi : …..

Tante Germaine : J’espère que tu as réalisé que le rôle d’un romancier est plus exigeant que celui d’un vague auteur de billets dans un blog.

Moi : ….

Tante Germaine : Néanmoins, touchée par tes non-talents, je te conseille également de t’essayer à la tragédie. Tu liras Mustapha et Zéangir de M. de Chamfort, qui eut un grand succès à Fontainebleau, devant Marie-Antoinette.

Moi : ….

Tante Germaine : Le temps n’a pu diminuer le charme de cette tragédie…Mais n’exagère pas le prix des conseils que je t’accorde. Je te reproche l’emploi frivole du temps que tu accordes aux récits de science-fiction.

Moi : ….

Tante Germaine : En fait je rends hommage à ton extrême modestie, mais te la reproche également.

Moi (chantant) : « Parlez-moi d’moi. Y a qu’ça qui m’intéresse. Parlez-moi d’moi. Y a qu’ça qui m’donne d’l’émoi.. » *  Si on buvait un petit whisky ?

Tante Germaine : « C’est pire que le crissement d’une craie sur un tableau ! Arrête immédiatement de chanter !!!! »

* Guy Béart.

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