Chronique des Guildes – 22

J’écris ces mots avec un crayon sur un vingt deuxième bout de papier d’emballage. La nuit je rêve de Manaus ; c’était un paradis, même humide.

Vingt deux billets qui ne seront jamais lus..Et de toutes façons, qui pourrait croire une histoire comme celle-là. On la prendra pour une divagation dhomme solitaire et mourant. Si d’aventure cette histoire était lue, que le lecteur ne croie pas que je cherche à me faire valoir.

Lorsque le drone avait pris la forme d’un bracelet pour se mettre autour de mon bras et avait activé le processus du retour trente ans en arrière, je m’étais subitement retrouvé à nouveau dans ce train bloqué par les glaces, avec une température de -30°C, et sans doute après j’en fusse parti pour tenter de revenir en arrière par la voie ferrée.

Il n’y avait aucune trace du drone. Le train était désert. Je n’eus que le temps de trouver des vêtements abandonnés et des couvertures, car ma combinaison de protection et de défense en nanoparticules a commencé à se dissoudre et a complètement disparu.

Les derniers restes de nourritures avariées trouvés ça et là, et réchauffés avec quelques allumettes et des bouts de cartons, sont épuisés.

A certains moments, j’ai l’impression d’avoir été bloqué dans ce train depuis un temps infini.

Le froid me pénètre et me brouille l’esprit. Quelques vers d’un poète ancien me reviennent en mémoire : « Quand viendra le matin livide, / Tu trouveras ma place vide, / Où jusqu’au soir il fera froid. »

Je vais essayer de dormir en me recouvrant de toutes les couvertures. Il est peu probable que je me réveille.

Si un jour quelqu’un retrouve mon corps, qu’il déchire ces billets au dessus, afin que je puisse dormir sous mes mots.

J’écris, épuisé, ces trois dernières lettres :

FIN.

 

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20 réflexions au sujet de « Chronique des Guildes – 22 »

  1. Faux désespoir… Le 21 est apparu mais pas le 22…
    Alors, mon reader ne fonctionne qu’à temps partiel. Faudrait que je creuse pour savoir quel(s) jour(s) tu dois poster de nouveaux articles/billets.

  2. « Chaque chose existante et conditionnée est une étoile scintillante, la perception illusoire d’un oeil infirme, la flamme vacillante d’une lampe à beurre, illusions magiques, rosées , bulles, rêves, éclair et nuages »

    http://www.deezer.com/track/24627391 « Rêves d’un voyage en hiver » Tchaikovsky

      • oui
        Dés le départ il y a des choses terribles ; l’ignorance , mauvaise compagne de chemin . Je ne me souviens pas bien mais je crois que dans ses dernières minutes le film montre un éclair de lucidité à propos « des autres », de sa famille , un voile se lève .

    • La dernière phrase qu’il a laissé avant de mourir est la suivante : « Happiness only real when shared » .
      Et dans le livre de Jon Krakauer qui relate son aventure on trouve aussi ceci : Je veux vivre intensément et sucer la moelle de la vie. Et ne pas, quand je viendrai à mourir, découvrir que je n’aurai pas vécu…-Into the wild

      • Certes, sa préparation était rudimentaire, ingénue mais est ce qu’on planifie ses rêves ? Je crois que face aux circonstances il a su faire face puisqu’il a vécu trois mois ainsi avant de vouloir , après avoir réalisé son rêve revenir vers les siens.
        Ensuite une rivière en cru, la pénurie de nourriture et la confusion tragique avec une plante toxique ont eu raison de ce qui reste une aventure qui me touche.
        Elle me touche d’autant plus que l’Alaska était le rêve d’enfant de mon fils et qu’il le réalisa dans un périple de 4 mois, il y a trois ans.

      • Je vais parfois dans des coins assez déserts aux USA et je sais que la nature est parfaitement indifférente à nos rêves. Dans certains coins la moindre impréparation peut être fatale. Par exemple, dans les parcs naturels, les « wash » (ruisseaux à sec se transformant en torrents violents par orages), sont toujours signalés. Christopher Johnson McCandless était à la merci du moindre aléa, et il y en a eu plusieurs.
        Claude Levi-Strauss a dit qu’en Amazonie, dès le plus jeune âge, les indiens apprennent les propriétés de plus de 3000 plantes (et tout le reste..). Claude Levi-Strauss ajoute que, nous occidentaux, serions incapables de survivres seuls plus de huit jours dans ce genre de forêt. C’est exactement ce qui s’est passé avec Christopher Johnson McCandless, malgré une nature un peu moins hostile que la forêt vierge.

  3. Oui c’est ça :
    « Happiness only real when shared » . Pour un homme seul , parti si loin dans une forme d’isolement , c’est une belle découverte ; même au seuil de la mort il n’est jamais trop tard

      • Mais c’est bien pour ça que cela me rend triste. Non pas qu’il meure mais qu’il puisse penser qu’il va mourir. Oui je sais, je suis un peu compliquée. Mais c’est l’idée de sa propre mortalité et sa résignation qui me touchent.

        • Il n’y a que l’idée de notre propre mortalité qui peut nous toucher, car l’instant de notre mort nous échappera par définition, en raison de l’arrêt complet du fonctionnement de notre cerveau. Hélas, nous vivons pleinement la mort de nos proches (ou d’autres personnes).
          Je n’entre pas dans les considérations sur l’au-delà, ne voulant froisser quiconque.

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