Rêve thébaïque d’un lapin dyslexique / 2

Devant le cafard de Monsieur øchagøø, suite de mon refus d’expérimenter son nouveau système d’ondes cérébrales péri-sychronisées After the Rain, j’avais décidé d’accepter de bénéficier de bonheur supplémentaire.

Il m’a mis sur la tête une sorte de casque intégral de science-fiction qui ne laissa pas de m’inquiéter.

Il manipula quelques instants une tablette informatique et me dit : « Attention, c’est parti ! »

Il paraît que l‘expression du bonheur chez le lapin est « le frisson », et bien, c’est ce que je ressentis, mais avec un son glougloutant. Ensuite je me mis à pleurer à chaudes larmes, car je visualisais avec beaucoup de précision, tous les souvenirs tristes de ces dernières années.

Il me revint une phrase de Chateaubriand : « ..le chant naturel de l’homme est triste, lors même qu’il exprime le bonheur. Notre cœur est un instrument incomplet, une lyre où il manque des cordes, et où nous sommes forcés de rendre les accents de la joie sur le ton consacré aux soupirs. »

Mes larmes redoublaient, et la moquette du salon commençait à s’humidifier autour de mes pieds.

Conscient que son système d’ondes cérébrales n’atteignait pas son but, Monsieur øchagøø manipula à nouveau sa tablette et m’enleva le casque.

Quelle journée !

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Rêve thébaïque d’un lapin dyslexique

Monsieur øchagøø m’a dit tout de go ce matin : « Vous avez droit à bénéficier à du bonheur supplémentaire, grâce à mon nouveau système d’ondes cérébrales péri-sychronisées After the Rain . »

Lorsqu’il m’eut expliqué le fonctionnement de son système, je me suis dit que si j’acceptais sa proposition, j’aurais l’impression de pénétrer dans le rêve thébaïque d’un lapin dyslexique.

Le lecteur circonspect me fera remarquer que les lapins dyslexiques adressent rarement la parole aux humains, ce qui les rend difficiles à localiser au milieu d’un groupe de lapins d’élevage.

Jean-Luc Godard a dit lors d’un de ses nombreux interviews – donnés sur un ton professoral exaspérant – qu’un enfant autiste lui avait déclaré : « Je me souviens, quand je suis né, je n’étais pas là. »

Eh bien voilà une phrase qui me fait bénéficier d’un bonheur supplémentaire, et sans ondes After the Rain.

Lorsque j’ai dis à Monsieur øchagøø pourquoi je renonçais à tester son « système », il soupira et cita Gérard de Nerval en s’éloignant : « ..Ma seule Étoile est morte, – et mon luth constellé / Porte le Soleil noir de la Mélancolie. »

Belle journée !

 


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Choses qui ne valent pas la peine d’être mentionnées

Dimanche 18 mai 2014. Randonnée en Forêt de St Germain. 18km.

Ce n’est pas que nous nous sentions étranger, mais commencer notre randonnée sur la terrasse du Château de St Germain, alors qu’arrivaient les 3066 concurrents de la Course Paris St Germain*, ce n’était sans doute pas une bonne idée.

Nous avions raté le premier qui avait couru en 1h 11minutes, mais les autres arrivaient en pelotons serrés. Nous n’avons pas attendu le dernier qui a mis 2h 56minutes.

Monsieur øchagøø était en train d’évaluer la fréquence moyenne des troubles musculaires dans ce genre de course. Vous m’imaginez en train de m’extasier de voir à quel point les mathématiques nous aident à nous connaître, eh bien non, car je venais d’apercevoir une coureuse en chapeau de sorcière, les fesses quasiment à l’air.

Tel Molloy, le personnage de Beckett, le lecteur pensera que, pour les raconter, je cherche à choisir « entre les choses qui ne valent pas la peine d’être mentionnées, et celles qui le valent encore moins« , et il aura raison.

Monsieur øchagøø me prévint que si je voulais accumuler des richesses intérieures au cours de ma vie, il fallait que je cesse de regarder les sorcières coureuses, les fesses à l’air.

Le problème c’est que, pour accumuler des richesses intérieures, ma conscience doit arriver à des profondeurs qui me paraissent actuellement inaccessibles, et que je ne me sens pas apte à mener, pour l’instant, une vie spirituelle florissante.

Monsieur øchagøø me demanda si c’était définitif ou provisoire.

Je lui rétorquais qu’un jour peut-être j’accumulerai des richesses intérieures.

Malgré un rallye de charrettes à chevaux, que nous croisions de temps à autres, nous avons fait une belle randonnée.

* de la Porte Maillot à la terrasse de St Germain.

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Passager clandestin.

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« Ma conscience doit arriver à des profondeurs qui me paraissent actuellement inaccessibles.. » (Dessin de Moebius/Giraud)

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De choses et d’autres

øchagøø : Au sujet de votre billet précédent « Rétroviseur intérieur« , avouez que vous ne lisez jamais de livres gore.

Moi : A part « La Route » de Cormac McCarthy, c’est vrai. Mais j’avais lu par hasard sur internet, l’extrait de Pestilence. Il n’est pas des plus agréables, reconnaissez-le.

øchagøø : Remarquez, dans le genre n’importe quoi, Ponson du Terrail – qui écrivait des romans feuilletons – avait commis pas mal de phrases burlesques du genre : « Il se promenait les deux mains dans son dos en lisant son journal. »

Moi : Ah, je ne connaissais que : « Il rentra chez lui, il vit le lit vide, il le devint aussi, » ou « Quand il se releva, il n’était plus qu’un cadavre. »

øchagøø (montrant une feuille) : Je vois que vous vous exercez à chanter avec des chants marins.

Moi : Oui, c’est un chant de Les Crouneux. Je m’exerce sur « Marin d’eau douce. » Les paroles ne sont pas compliquées : « Je ne suis qu’un marin d’eau douce, / Un jeune loup de mer tranquille / Dès que les vagues m’éclaboussent, / Je cherche des yeux un asile.. » (http://www.youtube.com/watch?v=oiy9TKvrO4s)

øchagøø : Surtout ne chantez pas maintenant. Laissez-moi la surprise lorsque vous maîtriserez complètement cette chanson.

Moi : Vous n’y couperez pas !

Belle journée !

 

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Rétroviseur intérieur

Lorsque je regarde dans mon rétroviseur intérieur, il arrive que j’aperçoive avec effroi que des livres gore me poursuivent.
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Le meilleur moyen que j’ai trouvé pour arrêter ces livres gore, c’est de construire une porte mentale, et, lorsqu’ils approchent, je cours et ferme la porte.
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Je les entends derrière la porte qui hurlent des extraits pour m’aguicher : « Les corps étaient dans le grand lit. Barbet, pourtant habitué aux cadavres de pestiférés, s’accrocha au chambranle, hésitant, écœuré. Le père de famille avait le visage tourné vers lui et semblait le dévisager.  L’œil gauche disparaissait sous une énorme cloque putride dont s’échappait une coulée séchée de pus brunâtre. Le nez était tombé, laissant un orifice à vif, aux pourtours rosacés recouverts d’un mucus glauque qui avait accompagné le pus dans sa chute, contournant tous deux une bouche aux lèvres constellées de bubons, figée en un rictus de douleur qui fit frissonner le médecin. » *
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Qui pourrait lire de tels textes, sans que son estomac en fut affecté ? C’est pourquoi je garde cette porte mentale fermée à double tour. Aucun de ces livres gore ne passera !
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Monsieur øchagøø fut amusé : « Tout ceci n’est pas très inquiétant, vous devriez en lire beaucoup, de façon à vous habituer. L’habitude, c’est ça la clé. Quel délicat vous faites ! Vous n’allez pas en rester toute votre vie aux romans du genre Mémoires d’un âne ! » **
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Il m’a passé un livre de la collection Gore *** : « Fleurs d’épouvante » de Lewis Mallory. Il en avait d’autres à ma disposition.
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Finalement, nous sommes allés voir Godzilla, avec Madame.
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Belle journée !
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* Extrait de « Pestilence » par Deguëllus (Trash Editions).
** Comtesse de Ségur.
*** Fleuve Noir.
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Circonstances superflues

Les retours de voyages nous laissent comme flottant dans les airs.

Parfois, je n’arrive pas à lier ensemble des paroles entendues, même en les traitant comme des circonstances superflues.

Vêtue d’une robe de mousseline décolletée, ma voisine m’avait soufflé, « Un homme mourra aussi bien d’obésité morbide qu’épuisé cachectique. »

Monsieur øchagøø m’avait dit : « Le chemin du rêve où mon âme chemine, est plein d’une étrange clarté. »

Un jeune garçon avait expliqué à sa mère : « Y en a qui croivent que c’est des oiseaux. »

Tante Germaine m’avait asséné : « Avec toi, je me sens comme une vox clamantis in deserto. Tes textes sont si bizarres, si contournés, tes phrases sont si contradictoires ! »

Il me revenait aussi un poème de Wang Wei (701-761) : « Qui tous les jours boit à la Source d’Or / Vivra au moins mille ans.. »

Monsieur øchagøø, a qui je me confiais, me rabroua : « Vous apercevez-vous combien vos réflexions sont chimériques et naïves. »

 

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Dessin de Goro Fujita

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Déshydratation spirituelle

Monsieur øchagøø se sentait déshydraté spirituellement. En général, quand il revient de voyage, il a des états d’âme.

La réhydratation spirituelle n’a rien à voir avec la réhydratation des morilles séchées, où il suffit de « faire tremper ces dernières dans un bol rempli de lait tiède pendant 30 minutes ».

Le lecteur érudit me rappellera que Cléopâtre prenait des bains de lait d’ânesse pour rester jeune et belle. Il est aussi vrai qu’elle n’avait pas l’air d’un morille séchée – les morilles séchées n’ont pas de nez.

Je lui lu un poème de Jean Calbrix pour commencer la réhydratation : « Trois lapins broutent mes carottes / Un bruit, panique et trois culs blancs, / S’éclipsant sous les échalotes / Trois lapins broutent mes carottes… »

Il y eu un roulement lointain de tonnerre. Monsieur øchagøø, songeur, fit une quinzaine de pas, puis s’arrêta de marcher. L’habituelle sévérité de ses manières semblait s’atténuer, car il ne me faisait pas subir quelque mauvais traitement verbal du style : « Primitif à odeur de tétraméthylputrescine. » 

Il soupira : « On ne soutiendra pas qu’il ait atteint son point culminant en se laissant glisser le long des tuyaux de poêle. »

Là, ou il était vraiment déshydraté spirituellement, ou alors j’ignorais totalement le contexte dans lequel cette phrase était émise.

Pour détendre l’atmosphère je me mis à chanter : « Longtemps, longtemps, longtemps / Après que les poètes ont disparu / Leurs chansons courent encore dans les rues… »

Lorsque le chien de la voisine s’est mis à hurler à la mort, je me suis arrêté, conscient que ma voix n’était pas revenue à son optimum, en raison des fatigues du décalage horaire.

Monsieur øchagøø se bouchait les oreilles.

Il avait l’air réhydraté.

Belle journée !

 

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