Mon Zouzou

Je reçois presque tous les jours des cartes de Tante Germaine.

Elle fait le pèlerinage de St Jacques de Compostelle et tient à me le faire savoir, du genre : « Il y en a qui ne seraient même pas capables de faire cela ! »

Dans « Le nom sur le bout de la langue » *, Pascal Quignard parle de Kong-souen Long (environ -320 à -250), qui nous offre des « propositions décisives », quoique « surprenantes » pour ses contemporains : « Il existe des pensées qui dérivent de nulle part », et « Il y a des méditations sans aboutissement. »

J’envoyais ces deux citations par messagerie à Tante Germaine, pour qu’elle puisse s’occuper l’esprit utilement en marchant. Je ne doutais pas qu’elle consultait au moins son GPS, sur son IPhone.

J’ai reçu en réponse : « Où veux tu en venir mon Zouzou, c’est confus ? » Je ne me souvenais pas que j’étais son Zouzou. Sans doute la réponse de la bergère au berger..

J’attends avec impatience sa prochaine carte.

Belle journée !

* Pour moi, un peu plus aisé à comprendre que « La leçon de musique ».

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Jacques de Zébédée ou Jacques le Majeur.

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« Tout ce qui est dit est cuit »

Dimanche 27 juillet 2014 – Randonnée en Forêt de Fontainebleau – 15km (massifs rocheux).

« La musique, c’est un corrigé de temps plus ou moins revenant. En elle, il semble que le temps fasse à lui-même son retour, qu’il retourne plus loin que son origine. »

Je lisais à Monsieur Moochagoo cette phrase tirée  de « La leçon de musique » de Pascal Quignard (1987). Je ne sais pas combien de lecteurs ont compris cette phrase, mais je ne fais pas partie de ceux qui ont compris, même en prenant mon temps.

Monsieur Moochagoo se fit rassurant : « Plus tard, je vous expliquerai. Mais c’est comme l’hydrosport, il faut se laisser porter et, à la fin, vous arrivez à bon port. »

Nous étions partis de la « Halte en Forêt » (SNCF). Peu de randonneurs étaient descendus et certains se firent écraser en traversant la voie, où circulent des trains à 160km/h, alors qu’un tunnel était à leur disposition à 100m.

Le silence de la Forêt, une fois éteints les cris et les gémissements des randonneurs coupés en petits morceaux, était apaisant, d’autant qu‘il ne pleuvait pas.

Un groupe de rochers sur un sentier bleu, avant la Tour Dénécourt, nous permit de nous reposer dans un agréable courant d’air, avec le seul bruit des oiseaux et des abeilles qui butinaient.

Cela aurait été le bonheur complet mais je n’arrivais pas à traduire la phrase de Quignard sur le temps et la musique.

Monsieur Moochagoo s’était emparé de « La leçon de musique » et le lisait en marmonnant: « Tiens, voilà une phrase parfaitement claire : « Rien de cru dans la langage. Langage trop proche de la cuisson. Tout ce qui est dit est cuit. » Votre lecture est trop intellectuelle. A moins que vous aimiez ne pas comprendre ? Il faut parfois laisser refroidir les nouilles. »

Il faisait trop chaud à la Tour Dénécourt et nous sommes vite repartis, pour aller déjeuner au Rocher Cassepot.

Il n’a pas plu. Belle journée !

* Dieu merci, jamais Pascal Quignard ne lira ces lignes.

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Colique !

J’étais penché sur une tapisserie en laine et soie du Louvre, intitulée « Saint Mammès venant se livrer au tribunal du Gouverneur de la Cappadoce », tissée à Paris en 1544 par Pierre Basse II et Jacques Langlois.

Je n’arrivais pas à « traduire » avec exactitude l’inscription située en bas de la tapisserie : « SAINT MAMES APRES AVOYR FESTIEE ET SE ESTRE DECLARE A CEVLX QUI LE VOVLOYENT PRANDRE AYANS DIFFERE POVR LA PEVR QVILS HEVRENT DES BESTES (ET?) DE LVY MESMES AVEC VNG LYON SEN ALLA PRESENTER AV DVC ALEXANDRE QVI LE FEIST MARTIRISER. »

Lorsque que j’ai fait lire à ma voisine l’inscription transcrite sur un papier, elle m’a regardé avec un drôle d’air : « Sincèrement, avant d’aller au Louvre, aviez-vous bu au repas de midi? »

Je commençais à comprendre pourquoi le déchiffrement des hiéroglyphes par Champollion, avait été ardu.

Monsieur Moochagoo m’a dit : « C’est tellement évident, que je ne vous ferai pas honte en vous aidant. Vous pourriez faire un petit effort. Vous n’avez pourtant pas dépassé la date limite d’utilisation. Et n’oubliez pas d’invoquer St Mammes si vous avez des coliques ou des maux de ventre ! »

On n’est pas aidé !

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Tapisserie du Louvre.

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St Mammès sur son Lion.

 

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Sous le ciel orageux de Fontainebleau

(Problèmes d’ordinateur + changement de Box Orange internet).

Dimanche 20 juillet 2014. Randonnée en Forêt de Fontainebleau – 18km.

En partant de la Gare de Thomery, je parlais à Monsieur Moochagoo d’un article « complotiste » sur internet. L’article affirmait que la disparition de l’avion de Malaysia Airlines (vol MH 370) avait été provoquée par des ondulations de l’espace-temps détournées par des elfes.

D’après Monsieur Moochagoo les idées d’elfes et d’ondulations de l’espace-temps étaient séduisantes mais dénuées de toute pertinence.

Puis il me raconta par le menu un film d’Elvis Presley qu’il trouvait considérable : « Sous le ciel bleu de Hawaï » (1961). *

Personnellement j’aurai préféré Elvis Presley aux prises avec des elfes venus de l’espace-temps ondulé. Il se trouve que j’avais vu ce film en Écosse, alors que nous devions attendre un ferry pendant plus de quatre heures. C’était un considérable navet.

Je maintins que ce navet était un navet, et même un rêve de navet. Pour un amateur de cinéma comme moi, ce film, c’est le collapsus instantané, y a rien à faire.

Nous nous sommes arrêtés pour déjeuner en haut d’un amas rocheux, suivis par trois randonneurs hauts en couleurs, qui nous ont salué au tout dernier moment, car, à deux mètres de nous, ils ne nous voyaient pas.

Monsieur Moochagoo avait préparé des caipirinhas, sa boisson préférée pendant les matchs de la coupe de monde.

A deux heures et demi, sur le chemin du retour, un rideau d’eau s’est abattu sur nous, transformant les chemins en rivières.

Rincé par quarante minutes d’orage, j’ai tordu mes chaussettes à l’arrivée.

Belle journée !

* Scène du mariage de « Sous le ciel bleu de Hawaï ». Un sommet !   https://www.youtube.com/watch?v=EAPokxi_VRg

 

 

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Tombe intellectuelle

J’avais lu sur internet une nouvelle déjà un peu ancienne : l’homme le plus gros du monde est mort en mai dernier au Mexique. Il ne pesait plus que 360 kilos après avoir pesé 590 kilos.

« On est peu de chose » me dit souvent ma voisine. Je lui fis remarquer que pour une fois nous avions affaire à quelqu’un qui était beaucoup de choses en raison de son poids. Mais que maintenant il n’était plus rien, au sens propre du mot, et qu’il était retourné à la poussière (enfin presque, 360 kilos de cellules mettent du temps à se transformer en poussière).

Nous avons eu une discussion sérieuse sur la mort. Je lui fis remarquer que pour parler de la mort, il faut être vivant, et que de plus on ne peut jamais avoir l’expérience de la mort, l’expérience étant réservée aux vivants. C’est un paradoxe qui ne peut être résolu.

Là, la discussion s’est envenimée. Elle m’a dit que si je continuais avec ce genre d’arguments, je creusais ma tombe intellectuelle.

Monsieur Moochagoo, après m’avoir écouté, ne fut pas en reste, et me traita de limaçon atrabilaire tiré d’une photo simili-sépia. Puis il se mit à chanter : « Elle avait une jambe en bois, Et pour que ça n’se voit pas, Elle faisait mettre par en d’ssous, Des rondelles en caoutchouc.. »

Belle journée !

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La Mort joue aux échecs (le 7ème sceau d’Ingmar Bergman).

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Brocante (fin juin)

Il y avait du monde à la brocante de la Résidence. Un brocante agréable, aux pieds de notre immeuble et non loin du garage où étaient les caisses en plastiques de choses inutiles à vendre.

Monsieur Moochagoo, derrière le stand, m’expliquait en trente gestes (pas plus), ce qu’était le Boogie Woogie Yoga.

N’ayant rien compris, je lui demandais une description littéraire, qu’il me donna volontiers : « Le Boogie Woogie yoga témoigne d’un constant renouvellement symbolique et plastique des enjeux du yoga. »

Après avoir vendu un grand vase rouge pour deux euros, je lui dis que je n’avais toujours rien compris.

Constatant que j’étais irrécupérable, il préféra me montrer un livre sur le cinéma des année 50, où on voit d’Ava Gardner, habillée d’un pagne Christian Dior dans « La Petite Hutte » (1957). Un beau pagne en effet, dont on pouvait imaginer qu’il était de Christian Dior.

J’essayais de ranger notre stand. Un tâche difficile (voir photo ci-dessus), pendant que Monsieur Moochagoo me parlait de John Hall – un acteur oublié – qui se fit connaître dans « The Hurricane » de John Ford (1937), avec Dorothy Lamour, puis tourna dans des navets comme « Aloma, princesse des îles » (1941), ou « Les Nuits ensorcelées » (1944).

Monsieur Moochagoo était d’un avis contraire, il trouvait que John Hall était un acteur du niveau de John Gielgud. Je remerciais une voisine qui venait de me vendre trois chemises pour neuf euros, et m’indignais de cette comparaison avec John Gielgud, une des plus grands acteurs shakespeariens de son temps.

Nous avons quand même réussi à vendre nombre de choses inutiles.

La seule fois où nous sommes tombés d’accord avec Monsieur Moochagoo, c’est au sujet de la beauté de Sandra Edwards dans « Mission secrète du sous-marin X16 » (1959).

Belle journée !

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Ava Gardner en Christian Dior ).

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Sandra Edwards.

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John Hall.

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Sir John Gielgud.

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Coyote à foie jaune

Randonnée du dimanche 6 juillet 2014 en Forêt de St Germain – 18km.

Le petit marcassin était apparu brusquement devant nous, puis avait filé dans un buisson quelques mètres plus loin. Il avait des rayures et avait donc deux à trois mois.

J’étais prêt à me réfugier derrière un gros tronc d’arbre, au cas où la mère serait apparue. Monsieur Moochagoo me regarda avec son petit air énervant, me reprochant d’avoir peur.

J’étais outré d’être considéré comme un pieds-tendres ou un coyote à foie jaune. Mais il se mit à pleuvoir fortement sur la Forêt de St Germain, et nous nous sommes réfugiés sous un grand chêne pour déjeuner.

Assis au sec juste contre le grand chêne, il restait le problème des pieds exposés aux gouttes périphériques. Le meilleur moyen de les protéger fut de poser le parapluie ouvert par terre sur les (gros) mollets et les pieds.

Nous buvions un vin de Savoie frais pour accompagner nos sandwichs, lorsqu’un promeneur accompagné d’un chien terrier minuscule est arrivé devant nous. Le promeneur a dit « Avis, laisse les gens tranquille. »

Au même instant, le marcassin, à peine plus gros que le chien, est sorti à découvert pour foncer sur le petit chien. Puis, se rendant compte que ce n’était pas un autre marcassin, à tourné brusquement pour aller dans la futaie, suivi par le terrier curieux.

Le promeneur a dit à nouveau : « Avis, laisse-le tranquille, viens donc », en jetant un coup d’œil circulaire et inquiet.

Je fis remarquer à Monsieur Moochagoo que je n’étais pas le seul à avoir des craintes légitimes. Il est probable que le marcassin s’était perdu, et qu’une rencontre avec un gros chien ou un renard, risquait de lui être fatale. (De profondis aprunculus).

La pluie se mit à redoubler nous forçant à repartir dès la fin du déjeuner, pour marcher dans des chemins qui se remplissaient d’eau, malgré un terrain plus ou moins sablonneux.

Belle journée !

 

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