Personnages

Dans la Comédie Humaine de Balzac, le médecin Horace Bianchon, né en 1797 à Sancerre, soigne un grand nombre de personnages. Il avait été élève de Cuvier et était neveu du juge Jean-Jules Popinot.

D’après certains témoins, Balzac aurait en mourant, appelé Horace Bianchon à son chevet. D’aucuns prétendent que c’est une légende.

J’en parlais à Monsieur Moochagoo. Il m’a dit, « C’est pareil pour Sherlock Holmes, 50% des anglais estiment qu’il a existé. Alors vous pensez, que Balzac,  qui avait en permanence une vue d’ensemble sur plus de quatre mille personnages, en soit venu à croire à l’existence réelle d’un de ses personnages les plus fidèles ; ce n’est pas étonnant.. »

Je lui racontais, qu’à un moment, j’avais presque cru aussi à l’existence réelle de Paul et Virginie, personnages de Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, en voyant que certains monuments de l’Île Maurice en parlaient comme des personnes historiques.

Il m’a répondu : « Ne comptez pas sur moi, je refuse d’avance toute tentative pour vous ramener à la raison. Paul et Virginie ! N’importe quoi ! »

Balzac

Balzac.

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(Illustration de Daumier)

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Paul & Virginie à l’Île Maurice.

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De l’utilité du hanneton

« Si je fais tomber un hanneton dans un encrier et que je le laisse s’agiter sur un beau pongé de soie magnifiquement teint, alors j’obtiendrai du batik. Je peux me faciliter la tâche en utilisant, au lieu d’un seul, dix ou vingt hannetons à la fois. Je peux plonger une partie des hannetons dans de l’encre noire, une autre dans de l’encre rouge. Je peux même acheter de l’encre violette. Et de l’encre jaune ! »

Adolph Loos (1870-1933), « Comment doit-on s’habiller ? » Grasset, 2014.

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Véritable encrier de Vercingétorix.

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Batik abstrait noir.
 

Illusions

Randonnée pliée du dimanche 24 août 2014.

« Le Lapin Blanc : N’essayez pas de plier une randonnée. C’est impossible. A la place…essayez seulement de découvrir la vérité.
Alice : Quelle vérité ?
Le Lapin Blanc : Il n’y a pas de randonnée.
Alice : Il n’y a pas de randonnée ?
Le Lapin Blanc : Ensuite vous verrez qu’il n’y a pas de randonnée qui se plie, il n’y a que vous-même qui êtes plié. »

Pour se moquer de moi, Monsieur Moochagoo s’était inspiré du début de mon billet précédent.

Il m’a dit que si, dans un univers simulé, il n’y a pas de randonnée réelle, le problème existe aussi dans l’univers réel, car une randonnée n’existe que dans l’esprit de ceux la font. Il n’y aucun parcours naturel noté « randonnée de x à y ».

J’en rajoutais : « Dans un univers simulé, je rêve que je fais une randonnée, et dans l’univers réel, je rêve que je fais une randonnée, dans le fond c’est la même chose. »

S’il y a une chose que Monsieur Moochagoo déteste c’est qu’on en rajoute sur ses réflexions.

Après d’âpres discussions, nous avons continué notre randonnée qui n’existait que dans notre esprit, d’après un chemin représenté sur une carte, en rêvant d’une randonnée réelle.

Belle journée !

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Spoon Boy

Ma voisine avait regardé « Matrix »* sur DVD et se posait des questions, notamment lorsque Spoon Boy parle avec Néo (le héros).

Spoon Boy : Do not try and bend the spoon. That’s impossible. Instead… only try to realize the truth. (N’essayez pas de plier la cuillère. C’est impossible. A la place…essayez seulement de découvrir la vérité.)
Neo : What truth? (Quelle vérité ?)
Spoon boy : There is no spoon. (Il n’y a pas de cuillère.)
Neo : There is no spoon? (Il n’y a pas de cuillère?)
Spoon Boy : Then you’ll see, that it is not the spoon that bends, it is only yourself. (Ensuite vous verrez qu’il n’y a pas de cuillère qui se plie, il n’y a que vous-même qui pliez.

Je lui dis que c’était on ne peut plus simple, les deux personnages sont dans l’univers simulé de la Matrice, donc il n’y a pas de cuillère, et si elle se tord, c’est dans l’esprit de Néo. On ne peut tordre vraiment qu’une cuillère réelle.

Ma voisine a répondu : « Ah oui, c’est comme quand je rêve que je plie une cuillère, mais en fait la cuillère n’est pas tordue, puisque je rêve. »

Je sentis comme un danger : « En effet, en rêve, il n’y a pas de cuillère réelle, comme ça pas de problème de pliage, même avec Uri Geller, hein, hein (sourire crispé). »

Le visage de ma voisine s’éclaira : « Ah oui, Uri Geller ! Grâce à lui, j’avais fait remarcher une vieille montre. Il tordait les cuillères en direct à la télé! Mais là, c’était une vraie cuillère..bon…je n’ai toujours pas bien compris cette histoire de Spoon Boy. »

Je lui ai dis : « On reprend tout depuis le début. Il suffit de tordre une cuillère réelle et ensuite de rêver que cette cuillère est tordue. Donc il y a bien une cuillère réelle tordue, même dans le rêve. Ensuite, vous inversez ce que je viens de dire, et vous comprenez le dialogue de Spoon Boy avec Néo. »

Je ne suis pas sûr de m’être compris moi-même. Mais ma voisine a dit : « Ah bon? Alors, dans ce cas… »

Belle journée !

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Spoon Boy.

* Matrix (premier film en 1999, et les deux autres en 2003)

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Allégorie

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Tableau final.

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Première esquisse.

Le tableau du « Serment de l’armée fait à l’Empereur après la distribution des aigles, 5 décembre 1804 » de Jacques-Louis David, réalisé en 1810, a connu quelques péripéties.

Ce tableau de 6,10m sur 9,70m, qu’on peut admirer au Château de Versailles, a été précédé par l’ébauche ci-dessus où on voit une allégorie de la Victoire, lançant des lauriers sur les officiers et leurs drapeaux.

Le principe de l’allégorie dans les tableaux historiques était passé de mode. Néanmoins Jacques-Louis David désirait une allégorie pour les besoins de sa composition d’ensemble.

Napoléon vint voir l’ébauche et demanda à ce qu’on supprime l’allégorie, car il préférait un tableau purement historique.

Jacques-Louis David, pour équilibrer la composition, a alors remonté artificiellement l’ensemble des drapeaux sur la droite du tableau. Les critiques dirent qu’ils ne voyaient pas comment ces drapeaux pouvaient être maintenus si hauts, même à bout de bras.

Un deuxième problème mit la patience du peintre à l’épreuve. Au début, Joséphine de Beauharnais avait été incluse dans le tableau, sous le dais, lorsqu’on se rendit compte qu’elle ne devait pas être là, puisque le divorce avait été prononcé en 1809.

Le peintre dut supprimer Joséphine, et « se contenta de dilater le personnage d’Eugène, dont la jambe droite est projetée en avant. La critique, sans en savoir la raison, remarqua la bizarrerie du prince. »  (Antoine Schnapper, « David, la politique et la révolution. »)

Bref, le Salon, où ce tableau devait être présenté, fut retardé de cinq jours.

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Gothic hike

Dimanche 17 aout 2014. Randonnée en Forêt de Montargis – 20km.

Sur le long chemin de la Chrétiennette, Monsieur Moochagoo m’expliquait qu’il avait envoyé le deuxième chapitre de son Roman Gothique à ses lecteurs « testeurs », mais pas au lecteur anglais qui l’avait méchamment critiqué.

Trois lecteurs avaient répondu par messagerie. Un lecteur avait blâmé les attitudes violentes de certains personnages et un certaine confusion dans la suite de l’histoire, avec trop de pantomimes moyenâgeuses.

Je préparais discrètement un petit remontant.

Un autre lecteur parlait d’effets gothiques qui fatiguaient l’esprit. Les éloges ne manquaient pas, mais avec beaucoup de réserves. Il trouvait aussi qu’il y avait des tunnels* terribles, comme dans Balzac.

Enfin, un troisième lecteur, vantait une expression gothique qui était « comme le mouvement des vagues de l’océan, avec une admirable vérité dans les personnages. »

Je rangeais le remontant. Monsieur Moochagoo était tout ragaillardi par ce troisième message, qui compensait les précédents.

Nous ne croisions personne, à part de rares promeneurs et quelques cyclistes.

Je dis à Monsieur Moochagoo que j’avais retrouvé un autre conseil de Julien Green. Celui-ci concevait un livre qu’on écrit, comme un personnage vivant. Il faut se mettre dans sa peau, et le livre vous raconte son histoire. Si l’écrivain a un plan à l’avance, il s’ennuiera.

Monsieur Moochagoo fit la randonnée en notant les idées gothiques qui lui venaient à l’esprit.

Belle journée !

* Tunnel = description trop longue pour le lecteur. (Ex : « Cette salle, entièrement boisée, fut jadis peinte en une couleur indistincte aujourd’hui, etc, etc », dans Le Père Goriot).

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Marcus Larson.

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Shéhérazade

Image

Après une méditation où il s’était concentré parfaitement (samadhi), Monsieur Moochagoo m’a confié : « Parfois j’ai l’impression qu’il y a une mort après la vie. »

Je lui conseillais d’aller au-delà, non pas de la mort, mais de l’expérience méditative.

Dans « L’art d’apprivoiser le buffle », Kakouan, (grand maître Rinzaï sous la dynastie des Song), raconte l’histoire d’un bouvier à la recherche de son buffle. Celui-ci n’est jamais très loin, il a seulement besoin d’être dressé avec une corde et un fouet. A la fin le bouvier laisse disparaître le buffle, et prend conscience que rien n’est nécessaire : « Rien – ni fouet, ni corde, ni homme, ni buffle – Rien.« 

Je lui assénais : « Méprisez la mort qui, au fond, n’est rien. »

Monsieur Moochagoo m’a accusé de rationalisation allégorique et illégitime, sans réel pouvoir sur ses angoisses.

Je lui dis que sa phrase, « Parfois j’ai l’impression qu’il y a une mort après la vie, » avait une fonction clétique *. Un appel, suite à un éveil douloureux.

Je lui ai conseillé de faire comme Shéhérazade qui, dans Les Mille et Une Nuits, repousse l’échéance fatale en racontant des histoires au Sultan.

Là, j’ai eu quelques problèmes.

Belle journée !

* Du grec κλητικός : « qui sert à appeler ».

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Quête du buffle.

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Les Mille et Une Nuits. Illustration de Dulac.

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