Ataraxie

Vendredi 14 novembre 2014. Journée de préparation de la braderie du Secours Populaire.

Monsieur Moochagoo aimait bien cette phrase de Bukowski : « Love is a fog that burns with the first daylight of reality » (L’amour est un brouillard qui se consume aux premières lueurs de la réalité.)

En installant le contenu des cartons de la braderie du Secours Populaire, ce n’était pas tout a fait d’actualité, mais si cela aidait, pourquoi pas.

La pluie qui tombait dehors, et allait se poursuivre tout le week-end, ne me faisait pas regretter notre randonnée du dimanche. Je n’aurais pas à supporter les indignés météorologiques que nous aurions pu croiser.

Le rangement de cinq mille livres dans un coin de la grande salle de la braderie était, d’après Monsieur Moochagoo, « destiné a susciter des sentiments étrangers. » Je me perdais en conjectures sur le sens de cette phrase, bien qu’occupé à déballer les cartons de petit matériel électrique et électronique.

Il m’expliqua que sa phrase, selon la tradition épicurienne, amenait à réaliser que, « le seul bonheur que nous pouvons atteindre en ce monde, est celui de la tombe. »

Grâce à Monsieur Moochagoo, et bien qu’évoluant parmi une trentaine de bénévoles, j’eu soudain une impression de forte solitude, bien loin de l’ataraxie.

Malgré ces considérations, vers quinze heures, tout fut prêt pour les ventes du samedi et du dimanche.

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Client intéressé par les roches diaclasées en Moldavie inférieure.

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Arrivée des clients à la braderie. (Dessin de Moebius).

(Messagerie : ekand4460@yahoo.fr)

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En Mésopotamie, il y avait des temples dédiés à la déesse GULA qui « faisait sortir des membres une maladie grave », guérissait les plaies, etc. C’était une déesse de la santé, de la médecine.

Ses attributs étaient le scalpel et le chien, comme le stylet et le dragon étaient les attributs de Marduk, divinité de Babylone. De même, à Epidaure, Asclépios, dieu guérisseur, est accompagné d’un chien.

Les temples de Gula étaient des temples de cures, où on a retrouvé de nombreux ex-votos en forme de chien, avec des inscriptions sur le flanc, du style: « J’ai fait pour la déesse un chien en argile et lui ait offert. » 

Il y avait également d’autres ex-votos qui représentaient des membres guéris, par exemple  des pieds et des jambes. (On trouve encore de nos jours, ce genre d’ex-votos sur des lieux de cultes célèbres, comme Lourdes. Ils étaient très répandus dans les mondes grec et romain, et en Gaule.)

Chaque temple avait son chenil (e-ur-gi-ra = maison des chiens). A leur mort, les chiens étaient enterrés dans des céramiques. 

Pourquoi les chiens sont-ils associés à Gula et Asclépios (ou Esculape) ? Très concrètement, parce que leur salive contient certains enzymes bénéfiques à la cicatrisation*. Les soins canins étaient associés avec des cataplasmes d’herbes. Certaines herbes s’appelaient d’ailleurs, « langues de chiens. »

Le temple de Gula a Nintiguna, s’appelle e-ni-dub-bu, « La maison de relaxation. »

* avec aussi des bactéries pouvant entrainer des infections, d’où les onguents associés aux soins.

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Chien ex-voto avec une inscription sur le flanc.

(Messagerie : ekand4460@yahoo.fr)

Rhyton

Quand j’avais dis à ma voisine que j’aimais bien le Rhyton à Tête de Lion vu au Louvre, elle m’avait répondu que Riton (le patron du bar du coin), n’allait jamais au Louvre, et qu’elle ne trouvait pas qu’il ait une tête de lion, car il n’avait plus beaucoup de cheveux.

Monsieur Moochagoo pensait que c’était bien fait pour moi. Je n’avais qu’à parler de choses simples, et non d’objets qui n’existent plus que sur les étagères d’un vieux musée.

Je lui ai répondu qu’il attigeait, que non seulement je devais endurer les quiproquos – parfois amusants – de ma voisine, mais aussi son cynisme à la Docteur House.

J’eu presque envie de pratiquer l’ancienne phrénologie de Franz Joseph Gall (1757-1828),  sur le crâne de Monsieur Moochagoo, mais je me souvins à temps que les neurobiologistes étaient maintenant préoccupés de synapses, de neurones et de catécholamines, observés grâce à l’IRM.

Et puis je pensais que l’esprit de Monsieur Moochagoo, sous la loupe d’un IRM, risquait de montrer des choses inavouables du style black ops, et qu’il serait alors obligé de mettre fin à mes jours et à mes nuits.

C’est la vie ! 

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Rhyton à Tête de Lion.

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Mr Proey-Minans, adepte de la phrénologie, dans Bécassine.

(Messagerie : ekand4460@yahoo.fr)

Choses diverses / 2

Rome : Caton l’Ancien, célébrant des auspices à domicile, assure qu’un sacrifice est considéré comme bon, même si quelqu’un a pété durant le rituel.

Rome : au deuxième siècle avant JC, une dame voulait marier sa nièce. Elle attendit un signe durant une séance de divination (pour le mariage). Elle cède son tabouret à sa nièce qui est fatiguée. N’ayant pas de signe de divination, elles partent. Mais la tante meurt et l’oncle épouse la nièce. Le signe était qu’elle avait cédé sa place à sa nièce. Subtile casuistique.

Pompéi : une inscription sur le mur d’une propriété indique : « cacator cave malum, aut, si contempseris, habeas Jovem iratum » (Gare aux ennuis pour qui fera caca ici ! Que Jupiter tourne sa colère sur qui n’aura pas tenu compte de l’avertissement).

Pompéi : « si qui hic urinam fecerit habebit Martem iratum »
(Que Mars punisse celui qui aura uriné ici.)

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« Cacator cave malum », avec le délinquant attaqué par deux serpents, commandés par le Génie domestique de la maison.

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Divination à partir des entrailles d’un animal.

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Choses diverses.

Louis-Roland Trinquesse, peintre français (vers 1745-46 – vers 1800), était un peintre de genre, assez brillant. Il était détesté par Edmond de Goncourt (1822-1896) : « Crayonneur a la sanguine », « Une certaine sécheresse académique », « Des hachures trop sérieuses » (sic).

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Edmond de Goncourt voyait aussi en Louis Carrogis, dit Louis de Carmontelle ou Carmontelle (1717-1806), un peintre « amateur ». Il a pourtant fait des dessins célèbres : la famille Calas défendue par Voltaire, Mozart au clavecin avec sa soeur et son père. Il était réputé faire un portrait en deux heures, là ou d’autres peinaient pendant quatre heures.

la-malheureuse-famille-calasLa famille Calas avec Voltaire.

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Les Frères Goncourt morts de rire, à la suite d’une bien bonne.

(Messagerie : ekand4460@yahoo.fr)

 

Les progrès de notre civilisation

Au XIXeme siecle, à Paris, la morgue a décidé d’exposer publiquement le dimanche, les cadavres reçus dans la semaine. Ce fut un immense succès. Le public faisait la queue pendant des heures.

Dans un de ses premiers films, Bananas (1971), Woody Allen imagine, bien des années à l’avance, l’assassinat d’un dictateur filmé en direct par la télévision. Celle-ci, renseignée, prévient le public que le dictateur va être assassiné dans quelques minutes, et puis l’événement se produit, pour le plus grand bonheur des spectateurs (et de la publicité).

En 2014, quelques psychopathes coupent et exposent – quasiment en direct sur Internet – les têtes de ceux qu’ils ont capturé, avec une vague mise en scène de type sectaire, pour masquer le plaisir qu’ils prennent à réaliser leurs pulsions meurtrières devant un public, cette fois-ci, planétaire.

On n’arrête pas le progrès..

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Exposition des cadavres à la Morgue de Paris. 

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Assassinat en direct-live à la télévision (« Bananas » de Woody Allen).

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Un « gentil garçon d’une petite commune normande », s’amuse à couper les têtes…

(Messagerie : ekand4460@yahoo.fr)

Intérieur

« Il vaut mieux être très attentif que treize à table. » Ma voisine était contente de cette blague qu’on lui avait raconté. Elle avait été surprise que Monsieur Moochagoo resta parfaitement impassible en l’entendant.

Je lui confiais que Monsieur Moochagoo avait encore – malgré les apparences – quelques neurones dédiées à la rigolade.

Celui-ci lui avait confié qu’il était préoccupé par les mots à l’intérieur. Voila qui avait terriblement troublé ma voisine.

Je la rassurais : même les chaisières de Saint-Sulpice savent que les mots sont à l’intérieur. Les mots a l’extérieur, tant qu’ils ne sont pas lus, n’existent pas. Seuls les mots à l’intérieur de notre esprit prennent vie.

Elle me dit : « Votre argument ne tient pas, il n’y a plus de chaisières a Saint-Sulpice. »

Sentant une difficulté imprévue, je l’approuvais : « Quelle constance, rien ne vous décourage. Je vais être obligé de réfléchir plus profondément à la question. » En aparté : « Cet aveu qu’elle me fait avec sincérité, me marque pour le moins son ingénuité. » *

Il y a des jours où il vaut mieux garder ses mots à l’intérieur.

* Molière, « L’Ecole des Femmes. »

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