Happiness Therapy

Dimanche 28 décembre 2014. Randonnée en Forêt de Fontainebleau – 17km.

Monsieur Moochagoo était toujours en proie à des turbulences d’angoisse.  Je lui dis que son angoisse était un stratagème pour passer la nouvelle année sans casse. A sa place j’avouerais que cette angoisse était factice et je demanderais l’immunité pour la suite des événements.

Je m’attendais à un : « A aucun moment vous n’avez douté de moi, merci. » Mais ce ne fut pas le cas.

Je fus accusé d’être la personne la moins ouverte aux principes les plus élémentaires de la morale. Je profitais de ses angoisses. J’étais fasciné par le monde enchanté de la décadence.  

Nous étions arrivés à la Tour Dénécourt où il soufflait un vent glacial. J’ai été obligé de réchauffer la batterie de mon vieux téléphone, pour téléphoner à madame que tout allait bien, à part un léger différent avec Monsieur Moochagoo sur un sujet insignifiant.

En repartant, Monsieur Moochagoo marmonnait à part lui : « J’ai l’impression être le petit chaperon rouge perdu au fond d’un tunnel, poursuivi par le Grand Méchant Loup de l’Angoisse, ou être un lecteur égaré dans un livre, auquel il manquerait de nombreuses pages. »

Je fis une observation presque scientifique : l’angoisse ne gèle pas quand il fait froid.

Je citais Lamartine dans « Voyage en Orient », espérant le détourner de ses préoccupations: « Ouvrons le livre des livres ; vivons, voyons, voyageons. Le monde est un livre dont chaque pas nous tourne une page ; celui qui n’en a lu qu’une, que sait-il ?« 

Mes mots résonnèrent dans le vide. Au déjeuner, avec une vue sur l’hippodrome – où je n’ai jamais vu aucune course – nous avons bu une demi bouteille de Bergerac blanc moelleux, vraiment très frais. 

Nous sommes repartis vers la gare de Bois le Roi après le point de vue du Camp de Chailly. Une belle journée ensoleillée durant l’après-midi.

 

 

livreszz

Vers la lumière au bout d’un tunnel de livres incomplets.

(Messagerie : ekand4460@yahoo.fr)

Publicités

Choses diverses – 5

(Source principale : Alain Mérot, « Du paysage en peinture dans l’Occident Moderne », Gallimard, 2009)

Alexander Cozens dans son traité, « New Method of Assisting The Invention of Drawing Original Composition of Landscapes » (1785), conseille aux jeunes artistes de partir de taches et du hasard, pour imaginer un paysage.

Plate 5 circa 1785 by Alexander Cozens 1717-1786

Paysage de Christopher Mendez (1980), fait à partir des conseils d’Alexander Cozens.

Dans son Cours d’Architecture publié de 1771 à 1777, Jean-François Blondel se moque du style rocaille* à la mode au début du XVIIIème siècle : « L’amas ridicule..de rocailles, de dragons, de palmiers et de toutes sortes de plantes imaginaires. » 

painting1

« Paysage » (vers 1720), de François Lemoyne (1688-1737, un des peintres représentatifs du style rocaille..

Joseph Vernet (1714-1789), dans son tableau, « Le Naufrage de Virginie à l’Ile de France » (1789), inspiré du roman de Bernardin de Saint-Pierre, « Paul et Virginie », cherche à mettre en scène les passions par une vision théâtrale de la tempête.

vernet10

 Joseph Vernet , « Naufrage ». (Je n’ai pu trouver le Naufrage de Virginie).

Nicolas Poussin commente son tableau, « Le Paysage avec Pyrame et Thisbé » (1650-51) : « J’ai essayé de représenter une tempête sur terre, imitant le mieux que j’ai pu l’effet d’un vent impétueux, d’un air rempli d’obscurité, de pluie, d’éclairs et de foudres qui tombent en plusieurs endroits, non sans y faire du désordre. »

Nicolas_Poussin_061

Le Paysage avec Pyrame et Thisbé de Nicolas Poussin.

« La vraie horreur de la nature consiste à préférer sincèrement les tableaux aux paysages, et les confitures aux fruits » (Les Frères Goncourt, Journal, T1 – 1865).

LesGGaulois

Les comiques de banlieue.

* Le style rocaille s’épanouit en France au début du règne de Louis XV, en réaction au « classicisme » du règne de Louis XIV.

(Messagerie : ekand4460@yahoo.fr)

C’est la nostalgie qui nous rattrape

Monsieur Moochagoo était à nouveau sur son ancien projet : « Peindre en rose les souvenirs de jeunesse. » Je lui demandais ce qui motivait ce retour sur un projet légèrement gnan-gnan.

Il a avoué avoir vu le film Timbuktu, où un des personnages féminin disait : « C’est la nostalgie qui nous rattrape. » A ces mots, il avait été pris d’une crise d’angoisse. Et le seul moyen d’y remédier était de réactiver son vieux projet.

Je lui conseillais d’établir une clause de confidentialité entre ses souvenirs et son esprit, de façon à ce que les souvenirs restent confidentiels, et n’importunent pas son esprit au mauvais moment.

Il ne me parut pas convaincu par ma fine argumentation (j’en étais assez fier). Je lui indiquais que ses souvenirs pouvaient avoir été recopiés par une autre partie de son cerveau, qui ensuite aurait présenté ces souvenirs comme des originaux.

Monsieur Moochagoo m’a dit qu’il n’y avait qu’un original dans cette histoire, c’était moi, et que mon argumentation n’avait rien de fine.

J’insistais, il peut y avoir des erreurs d’attribution dans certains souvenirs. La patine du temps peut les altérer, et je ne parlais pas de la restauration de souvenirs détruits.

Il me reprocha que mes idées, loin de le réconforter, le tiraient vers le bas.

Nous allons vers des turbulences d’angoisse.

whaleswalesfirmado_by_frecklednose124-d7xwqdc

Aquarelle de Judith Chamizo.

(Messagerie : ekand4460@yahoo.fr)

Noël

Dimanche 21 décembre 2014 – Randonnée en Forêt de Fontainebleau – 18km.

« S’il vous plaît, Père Noël, tenez bon, tenez bon ! », l’elfe qui accompagnait le Père Noël sur la Route de Montmorin semblait perturbée.

J’ai dit à Monsieur Moochagoo : « Vous avez vu !!!! Le Père Nöel avec une elfe, comme l’année dernière en Forêt de Rambouillet !! »

Il m’a répondu qu’il n’avait vu qu’un homme déguisé en Père Noël et une très belle jeune fille déguisée en elfe.

Je m’indignais de son scepticisme, croire au Père Noël à Noël, est tout à fait normal. Il me répondit que croire au Père Noël, à n’importe quelle période, est pathétique, même s’il est accompagné d’une très belle elfe.

En montant le sentier raide qui monte en haut du Rocher Brulé (tchouf, tchouf, arf, arf , il me cita une phrase de Maurice Sachs * qui me plut : « Parfois, je me regarde dans la glace, et je vois, à mes yeux, que mon âme est de sortie, que je lui déplaisais trop, qu’elle est allée respirer l’air frais. » *

En haut du Rocher Brulé, nous avons ouvert une boîte de foie gras et une demi-bouteille de Bergerac, la proximité de Noël oblige.

Il y avait très peu de monde dans la forêt, à part quelques cyclistes en VTT et des randonneurs isolés.

Lorsque nous avons vu passer une vache en bicyclette, vêtue d’une salopette verte à pois rouge, j’ai regardé Monsieur Moochagoo pour voir sa réaction. Il ne paru même pas étonné et me cita Leibnitz : « Je pense qu’on peut démontrer qu’aucune chose n’existe jamais qu’il ne soit possible (du moins à un esprit omniscient) d’assigner la raison suffisante pourquoi elle est plutôt que de n’être pas, et pourquoi elle est telle plutôt qu’autrement. »

Je répondis : « Ah bon, vu sous cet angle, en effet. »

Ce fut une journée sans soleil.

* Maurice Sachs eut, pendant la guerre de 40, un comportement des plus douteux avec les allemands, ce qui ne l’empêcha pas d’être exécuté par un SS en 1945.

DSC08411

Evangeline

Elfe du Hobbit.

Messagerie : ekand4460@yahoo.fr

Dieu

Ma voisine : Vous savez parfaitement au fond de vous que Dieu existe. Mais il y a des démons qui essayent de vous faire imaginer le contraire. C’est pas bien.

Moi : Si cela peut vous rassurer, je pense que nos visiteurs extraterrestres ne doutent pas un instant de l’existence de Dieu.

Ma voisine : Je me demande quel est, chez vous, le principal obstacle à l’acceptation de Dieu.

Moi : J’ai l’impression que nous reprenons toujours le feuilleton à la même page.

Ma voisine : Si encore vous croyiez en Dieu, et puis vous n’y croyiez plus, ce serait comme un courant alternatif, comme disait ma maman.

Moi : J’ai fini par faire des coupes sombres dans mon carnet d’adresses divines. Cela a commencé avec les confessions obligatoires quand j’avais dix ans, et d’autres détails que je garde pour moi.

Ma voisine : Je me demande si ce n’est pas Monsieur Moochagoo qui a une influence très pernicieuse sur votre esprit.

Moi : Pauvre Monsieur Moochagoo, vous exagérez. Je vais vous montrer que je suis de bonne volonté. Je vais suivre le conseil d’Henri Michaud : « Il allait lentement, le plus lentement possible, pour que son âme pût éventuellement rattraper son corps. »

Ma voisine : Moi qui espérais vous convaincre avant Noël..

Moi (chantant) : « Like a bird on a wire, I have tried, In my way, To be free. » (Leonard Cohen)

Ma voisine : Arrêtez, c’est horrible, mon chien va encore hurler.

Moi (en aparté) : Mes talents de chanteurs seront toujours incompris.

michel-ange-dieu

Dieu, par Michel Ange.

Messagerie : ekand4460@yahoo.fr

Camomille

Moochagoo : Il semble que certains prennent vos billets au sérieux..

Moi : Vous parlez sans doute de Tante Germaine ? Mais non, mais non, ce n’est qu’une question d’approche.

Moochagoo : Si vous me le permettez, il ne faut pas considérer votre blog autrement que comme une distraction.

Moi : Oui, il ne faut pas transformer un billet innocent en hachis Parmentier.

Moochagoo : Personne ne voudrait être de plus en plus à l’ouest de Donald Duck, surtout pas vous.

Moi : D’autant que je surveille mon langage, et mets de la camomille sur mon encre sympathique.

Moochagoo : J’aimerais presque que vous parliez de votre cholestérol ou de vos cors aux pieds.

Moi : Hélas, mon cholestérol est au minimum, il fait son fâcheux en se montrant trop discret.

Moochagoo : « Ne vous offensez pas si mon zèle indiscret / De votre solitude interrompt le secret. » (Jean Racine, Bérénice II, 4).

Moi : Je vais méditer là-dessus pendant 24 heures, et m’occuper de la menace principale, qui vient de l’espace.

Moochagoo : Oui, « The truth is out there ! »`

 

 

Une journée d’Herman Melville* à 31 ans

« Je me lève à 8h – ou vers 8h – & je vais à ma grange – dire bonjour à mon cheval, et lui donne son petit déjeuner (cela me fait du mal de lui donner froid, mais on n’y peut rien.) Ensuite je fais une visite à ma vache – lui coupe un ou deux potirons, & et reste auprès d’elle pour la regarder manger – car c’est agréable de voir une vache faire bouger ses mâchoires. – Elle fait cela si doucement & avec une telle simplicité.  

– Mon propre petit déjeuner étant terminé, je vais dans ma salle de travail & allume le feu – ensuite j’étale mes feuilles manuscrites sur la table – je jette un coup d’oeil sur les feuilles, & commence avec détermination.

A deux heures et demi de l’après-midi, j’entends un toc toc à la porte qui continue jusqu’à ce que je vienne (selon mes instructions), qui sert à me détourner effectivement de mon travail d’écriture, quel que soit l’intérêt que je puisse y prendre. 

Mes amis la vache et le cheval me demandent maintenant leur diner – & j’y vais & le leur donne. Mon propre diner** étant terminé, je prépare la carriole &, avec ma mère ou ma soeur, partons vers le village  – & si cela a été une journée de création littéraire, c’est tout à fait satisfaisant. 

Le soir, je passe mon temps dans un état « mesmérique » *** dans ma chambre – incapable de lire  – seulement capable de parcourir un grand livre illustré. »

* Pour les nuls : auteur de Moby Dick.

** Diner pour déjeuner, et souper pour diner.

*** état somnambulique.

Source : Herman Melville correspondence, The Writings of Herman Meville, Vol.14, ed. Lynn Hirth, 1993.

170px-Herman_Melville_1846-47

Herman Melville (1819-1891)

moby dick-017

Moby Dick par Ricardo Martinez (http://cargocollective.com/ricardomartinez/Narrative)

Messagerie : ekand4460@yahoo.fr