Un jour, il n’y eut plus grand monde – 13

Ils étaient tous en train de passer tranquillement la soirée dans la grande salle des tableaux classiques du Museum of Fine Arts de la ville.

Steve et Lucas râlaient parce qu’il n’y avait pas de télévision pour regarder encore, « Kiss and kill ». (De toutes façons, Charlotte eut mis son véto).

Geronimo râlait parce qu’il avait du se laver, ce qu’il n’avait pas fait – ou très partiellement – depuis un an.

Charlotte râlait car elle avait du recommencer à se tricoter un doudou.

La grande araignée semblait assoupie.

Mrs Tiggy-Winckle râlait intérieurement, car, dans Les Provinciales de Pascal – son livre de chevet – elle avait lu des phrases difficiles à appréhender : « Je ne vois pas comment il se pourrait faire que ce qui paraît permis dans la spéculation, ne le fut pas dans la pratique, puisque ce qu’on peut faire dans la pratique dépend de ce qu’on trouve permis dans la spéculation, et que ces choses diffèrent l’une d’autre  que comme l’effet de la cause. D’où il s’ensuit qu’on peut en sureté de conscience suivre dans la pratique les opinions probables dans la spéculation. » (Escobar, jésuite).

Elle avait nettement préféré le passage sur les grenouilles : « C’est ainsi que Dieu, qui est juste, donne aux grenouilles de la satisfaction de leur chant. » (François Garasse, jésuite). La nature de Dieu lui posait un problème qu’elle repoussa à plus tard.

Après les dramatiques événements de la journée, il était apparu raisonnable de ne pas retourner dans le centre commercial, en raison du danger que représentaient les hommes en scaphandres.

Mrs Tiggy-Winckle les avait conduit à une heure de là, en pickup, au Museum of Fine Arts, un bunker en béton à la géométrie improbable.

Quelques incursions alentour leur avaient permis de trouver des provisions intactes, dont Charlotte avait fait la liste : du blé, du riz blanc, du maïs, du sucre, des haricots rouges, des flocons d’avoines, des pâtes, des flocons de pommes de terre, des pommes séchées, du lait en poudre et des carottes déshydratées.

Et, cerise sur le gâteau, le musée avait une importante réserve d’eau. Mrs Tiggy-Winckle avait réussi, après un long conciliabule avec Geronimo (et beaucoup de « m’bnon »), à lui faire prendre une douche, dans les appartements du conservateur du musée.

Escobar y Mendoza Antonio

Escobar y Mendoza Antonio, jésuite et casuiste espagnol, 1589-1669, en proie à un fou-rire inextinguible.

(Messagerie : ekand4460@yahoo.fr)

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