Un jour il n’y eut plus grand monde – 41

Charlotte se disait qu’elle devrait faire une pause. Elle était agenouillée à côté de son corps. Steve et Lucas, sautaient à pieds joints dans une flaque d’eau et chantaient : « Le vent souffle sur les tombes / La liberté reviendra / On nous oubliera / Nous rentrerons dans l’ombre. » *

Elle pensait : « Je crois que c’est un peu plus que cela, mais cela quoi ? Qui sait que nous sommes morts ? George Clooney ? Non, pas lui, c’est impossible. »

Geronimo, le visage peint en rouge, chuchotait : « M’bnon, on n’est pas mort. Maintenant on est pleins d’araignées. »

« Pleins d’araignées ? On est pleins d’araignées ! », Charlotte se regarda allongée par terre et vit des dizaines de petites araignées qui sortaient du trou rouge qu’elle avait au côté droit.

Steve et Lucas, déguisés en Pierrot, fredonnaient : « On a interrogé les amis du défunt / Polichinelle à Rome / Colombine à Berlin / Et Pierrot, Pierrot qui faisait / Du ski à Val d’Isère, » ** puis se métamorphosèrent en papillons.

Mrs Tiggy-Winckle surgit et examina le corps de Charlotte : « Poueeet ! Poueeet ! C’est une vilaine blessure. C’est sa faute. Mais rien n’est blanc ou noir. On va arranger ça, j’ai là un grand rasoir. » 

 Charlotte se réveilla en sursaut. Quel cauchemar !!!! Elle était dans des draps blancs, avec un gros bandage autour du torse. Mrs Tiggy-Winckle était sur ses pieds, et la regardait en disant : « Tchip clic, tchip clic ! »

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Pierrot cherche Colombine.

* Leonard Cohen.

** Francis Blanche

Un jour il n’y eut plus grand monde – 40

Chacun se souvient de la fin du poème d’Arthur Rimbaud, « Le dormeur du val » : « Les parfums ne font pas frissonner sa narine ; / Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine, / Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. »

Charlotte est étendue sur le sable, la tête au soleil, elle a un trou rouge au côté droit.  Elle ne se relèvera pas. Ses cheveux roux sont caressés par le vent qui pousse les premières poussières autour de son visage. Seules les étoiles veilleront désormais sur ses yeux bleus plongés dans l’azur. 

Ses meurtriers découvrirent avec surprise qu’elle avait des pantoufles Dingo aux pieds. Ils en plaisantèrent.

Elle avait longtemps résisté aux balles des assaillants, crevant les pneus de deux Hummer avec des munitions de gros calibre, et forçant les assaillants à se mettre à l’abri.

Elle avait vidé les vingts et un chargeurs que Geronimo lui passait, et envoyé ses deux seules grenades offensives. Et puis elle se retrouva sans défense, et pensa avant d’être abattue, « Qu’aurait fait George Clooney à ma place ? »

Geronimo reçut calmement une balle en disant : « M’bnon ». Il était déçu. S’il avait eu droit à une tombe, on aurait pu graver dessus : « Tout est perdu fors l’honneur. »

Mrs Tiggy-Winckle tenta jusqu’au dernier moment – et désespérément – d’attirer l’attention sur elle, pour préserver la vie de Charlotte et Gerononimo, mais fut réduite à un amas de pièces métalliques par un sniper qu’elle aperçut trop tard.

Le lecteur me permettra de revenir dans le salon du bateau, pour regarder avec tristesse l’écharpe et les aiguilles à tricoter de Charlotte, le ballon de Steve et Lucas, le « Second Traité » du RP Alphonse Rodriguez, « Atala » de Chateaubriand, et quelques objets quotidiens sans importance.

Steve et Lucas, laissés à eux-même, eurent l’imprudence – voyant arriver trois Hummer – de vouloir s’enfuir, et « furent tirés comme des lapins », suivant l’expression d’un des assaillants.

Le responsable du groupe alluma un antique talkie-walkie BC-611 et dit : « Mission accomplie, Monsieur. Nous les avons tous éliminés, y compris les deux araignées. Nous rentrons immédiatement. » Ils repartirent.

Les lecteurs doivent savoir que je tiens à leur disposition une ou plusieurs boîtes de mouchoirs en papier. Je sais qu’ils ne sont pas insensibles, et verseront – comme moi – des torrents de larmes.

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Atala par Girodet.

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Un jour il n’y eut plus grand monde – 39

Charlotte et Mrs Tiggy-Winckle accompagnés de Geronimo avec les chargeurs du fusil d’assault sautèrent dans le monster truck pour aller vers l’endroit d’où parvenaient les bruits d’une bataille.

Mrs Tiggy-Winckle demanda à Charlotte de conduire en zig-zag sur les bas côtés de la route de façon à produire des nuages de poussières protecteurs. 

Lorsqu’ils arrivèrent à deux cent mètres du lieu du combat, une forte rafale de mitrailleuse cisailla les deux pneus de devants. Le monster truck dérapa et finit par se coucher sur le côté. Charlotte, commotionnée, sortit avec l’aide de Mrs Tiggy-Winckle et de Geronimo légèrement balafré.

Ils se mirent à l’abri derrière la voiture où s’écrasaient des balles traçantes. Porter assistance à la grande araignée se révélait impossible.

D’après ce que put voir Mrs Tiggy-Winckle, une quinzaine de véhicules militaires légers avaient été mis hors d’usage par la grande araignée.

Les carcasses de véhicules militaires entassées entre les combattants, formait une sorte de barricade. Il restait une demi douzaine de véhicules militaires intacts qui tiraient sans discontinuer pour immobiliser la grande araignée. 

Elle semblait mal en point, avec la moitié de ses pattes brisées ou hors d’usage, et un grand trou dans son flanc. Elle maîtrisait difficilement son périmètre de combat en tirant avec son laser. 

Elle élimina de justesse un Hummer, qui fonçait sur Charlotte, Geronimo et Mrs Tiggy-Winckle. 

Le fusil d’assault de Charlotte était inefficace contre les assaillants, et Mrs Tiggy-Winckle ne possédait pas un laser assez puissant.

La situation semble délicate, d’autant que la grande araignée git maintenant inanimée, après un ultime soubresaut.. 

Cher lecteurs, il est temps de s’inquiéter pour le sort de nos héros. Quelle angoisse !

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St Rita, patronne des causes désespérées.

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Un jour il n’y eut plus grand monde – 38

Steve et Lucas se lançaient un ballon sur le pont du bateau. Charlotte, installée sur un transat, continuait à tricoter son écharpe.

Dans le désert, la température restait fraîche, quelques degrés la nuit et quinze degrés durant la journée. Une écharpe ne serait pas de trop.

Elle avait trouvé des pantoufles Dingo, avec semelles antidérapantes.

Elle essayait aussi de lire un livre, Atala de Chateaubriand, que lui avait conseillé Mrs Tiggy-Winckle. Mais elle n’était vraiment pas intéressée par les descriptions du Meschacebé : « ..on voit sur les deux courants latéraux remonter, le long des rivages, des îles flottantes de pistia et de nénuphar, dont les roses jaunes s’élèvent comme de petits pavillons. Des serpents verts, des hérons bleus, des flamants roses, de jeunes crocodiles.. »

Geronimo regardait à la jumelle la route d’où ils étaient venus. A l’horizon, seul un tremblement de poussière mettait un semblant de vie.

Mais tout d’un coup, il vit partir la grande araignée, à toute allure vers ce tremblement de poussière, où elle disparut.

Geronimo entendit des coups de feu, des rafales de mitrailleuses et le son caractéristique du faisceau laser à grande intensité, suivi de plusieurs explosions.

Charlotte s’était levée d’un bond, en s’emparant de son fusil d’assaut.

 

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Pantoufle Dingo

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Un jour il n’y eut plus grand monde – 37

Mrs Tiggy-Winckle lisait un poème de Charles Ier d’Orléans (1394-1465), encadré dans le salon du bateau : « Le temps a laissié son manteau / De vent, de froidure et de pluye, / Et s’est vestu de brouderie, / De soleil luyant cler et beau. / Il n’y a beste, ne oyseau, / Qu’en son jargon ne chant ou crie : / Le temps a laissié son manteau / De vent, de froidure et de pluye… »

Elle pensa que c’était un poème adapté à la situation présente.

Pendant qu’elle lisait le poème, elle nettoyait un meuble et un canapé sous le tableau. Les mini araignées enlevaient toutes traces des cadavres qui étaient restés dans le bateau. Il y avait eu du monde, probablement invités à un fête, si on examinait les restes de bouteilles et autres accessoires présents un peu partout.

Charlotte décida de prendre le temps – pour une fois – et d’enterrer les squelettes dans une fosse commune avec l’aide de la grande araignée. Charlotte lut un petit texte au dessus de la fosse, et Steve et Lucas furent priés de rester sages

Tout le monde fut douché – même Geronimo – grâce aux réservoirs d’eau du bateau. Après, il fallut changer de tenue et brûler les vêtements d’hiver qui puaient presque autant que Geronimo. Les placards du bateau abritaient une impressionnante collection de vêtements dont certains, très élégants, mais peu adaptés à leur style de vie.

Geronimo s’était choisi une tenue élégante, avec des chaussures et des chaussettes rouges, un bermuda à fleurs et une chemise bleue électrique. Charlotte lui dit de s’habiller avec un jean, une chemise discrète et de bonnes chaussures de marche. 

Steve et Lucas s’habillèrent correctement après des  menaces contondantes de la part de la grande araignée.

Il décidèrent de rester dans le bateau pour, d’une part essayer d’éclaircir le mystère du bateau en plein désert et, d’autre, part réfléchir à une stratégie contre leurs poursuivants, si ceux-ci se manifestaient à nouveau.

Les deux fantômes s’étaient évanouis dans la nature.

* Célèbre boutique de sports du Maine : chasse, pêche et randonnée.

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Charles d’Orléans.

 

 

Un jour il n’y eut plus grand monde – 36

Mrs Tiggy-Winckle entamait avec ardeur la lecture du Second Traité du RP Alphonse Rodriguez intitulé, « De la perfection des Actions Ordinaires », par le chapitre premier : « Que noftre avancement, & nostre Perfection confiftent à bien faire nos actions ordinaires. »

Elle fut malheureusement interrompue par un coup de frein de Charlotte, et par l’apparition d’un yacht de grand luxe, qui reposait sur le sol, perpendiculairement à la route. La grande araignée s’était aussi arrêtée, hésitant sur la conduite à tenir.

Dans le Syllabus du 7 mars 1277, bien connu de mes lecteurs, l’évêque de Paris Etienne Tempier condamne fermement 219 thèses d’Aristote, dont je rappelle pour mémoire, que la 163 ème affirme que « la volonté poursuit nécessairement ce qui est cru par la raison, et elle ne peut s’abstenir de ce que la raison lui dicte. »

Je m’abstiendrais d’examiner le bien fondé de ces condamnations, mais, dans le cas qui nous préoccupe, la raison avait du mal à croire à la présence d’un yacht de grand luxe en plein désert, en dehors de toute voie d’eau, et barrant la route.

Les deux « fantômes » s’étaient éclipsés en direction du bateau, suivis par Steve et Lucas.

Mrs Tiggy-Winckle n’imaginait pas de concevoir ce monde comme un conte de fées où apparaissent des bateaux de luxe en plein désert. Je pense que le lecteur en conviendra aussi.

Elle considérait que, s’il se produit de temps en temps des incohérences dans le cours des événements, cela ne remet pas fondamentalement en cause les lois de la physique. Il y avait certainement une explication rationnelle.

Elle regarda le bateau, sur le pont duquel Steve et Lucas faisaient des signes. 

 

 

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Un jour il n’y eut plus grand monde – 35

Depuis quelques jours la neige avait complètement disparu. Ils avaient parcouru 1500 km plein sud et s’étaient retrouvés dans une region désertique avec des Yuccas et des Organ Pipe Cactus.

Pour les humains, ils devaient constater que, là non plus, il n’y avait aucun survivant.

Certains bâtiments sur le bord des routes étaient envahis par le sable.

Le monster truck était à l’arrêt devant une station service abandonnée pour refaire le plein du réservoir et remplir les jerricans.

Les animaux sauvages n’avaient pas disparu. Ils s’étaient même multipliés en l’absence de prédateur humain et de toute pollution.

En attendant que la grande araignée perce un trou vers la cuve à essence (sans faire d’étincelles), Mrs Tiggy-Winckle lisait d’un oeil le chapitre, « De quelques autres chofes qui peuvent beaucoup fervir pour avancer dans la Vertu, & pour acquerir la Perfection. »

Mais ses sept yeux restants, analysaient la composition des deux « fantômes » qui jouaient à saute-moutons avec Steve et Lucas. Ce jeu donnait lieu à un paradoxe: lorsque les deux garçons sautaient au dessus des fantômes, ceux-ci devenaient « solides » un court instant, au niveau des mains qui les touchaient.

Les « fantômes » étaient-ils composés de nano particules qui s’agrégeaient d’une façon plus ou moins lâches ? Rien de fantomatique en somme.

Geronimo taquinait un serpent à sonnettes avec un long bâton, jusqu’à ce que Charlotte, lui conseille de plutôt taquiner des petits mammifères.

La grande araignée, grâce à un tuyau souple, transvasa par siphonnage l’essence vers le truck et les jerricans. Geronimo, chargé d’aspirer le liquide, dit : « M’boui, c’est dégueulasse. »

Ils repartirent en emportant toute l’eau et les sodas qu’ils purent trouver. Charlotte, à propos de l’eau, conseilla à Geronimo de se laver dès qu’ils en auraient l’occasion.

Steve et Lucas crièrent au bout d’un moment : « Là, il y a un vrai bateau dans le désert ! » Charlotte répliqua : « C’est pourtant rare les bateaux dans le désert. »

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Certains bâtiments sur le bord des routes étaient envahis par le sable.

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Un jour il n’y eut plus grand monde – 34

En regardant les « fantômes », Mrs Tiggy-Winckle pensait à la phrase de Winkelmann : « Nous sommes comme ceux qui veulent voir des fantômes, et qui croient les apercevoir là où il n’y a rien. »

Elle pensait aussi qu’elle avait des lacunes à combler. A part les fantômes d’Harry Potter, elle connaissait peu le folklore des fantômes humains.

Les deux « fantômes » n’étaient pas hostiles et semblaient même s’amuser d’être traversés par Steve et Lucas. Ceux-ci s’écrièrent : « Ils ont parlé, ils veulent venir avec nous dans le monster truck. Ce sont des amis »

Mrs Tiggy-Winckle donna son accord et dit à Charlotte via Geronimo : « Je crois deviner de qui il s’agit » .

Les fantômes se glissèrent dans le monster truck à côté de Steve et Lucas qui eurent le triomphe immodeste : « Tu vois Charlotte, on ne veut pas se faire remarquer. On avait raison. On est les meilleurs. Ouai !!! »

Charlotte redémarra en levant les yeux au ciel, et fut immédiatement prévenue par Mrs Tiggy-Winckle : « Apparemment, il y a une descente de la mort. On va essayer de maîtriser notre monstre. »

L’ancienne autoroute, parsemée de véhicules enfouis sous la neige, descendait avec un pente à 11% sur dix km.

Devant le truck, la grande araignée semblait à l’aise, et préparait le terrain avec son rayon laser, qui détruisait les carcasses de véhicules.

Leur descente ressembla à nouveau à la séance de conduite de Cruella d’Enfer dans « Les 101 dalmatiens. » 

Geronimo s’était rendormi, pendant que Steve et Lucas chantaient, « La belle de Cadix. »

Arrivés intacts en bas de l’immense descente, ils s’aperçurent que la neige avait cessé de tomber et qu’elle était moins épaisse au sol. Ils avaient déjà parcouru plus de cinq cent km.

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L’ancienne autoroute, parsemée de véhicules abandonnés et parfois enfouis sous la neige..

Un jour il n’y eut plus grand monde – 33

« Combien de fois fe voit-on preffé de la tentation & en grand danger d’y succomber ? & combien de fois eft-on mefme en doute fi on s’y eft arrefté, ou non , avec complaisance ; fi on y a confenti , ou non ; & et fi de ce confentement il s’eft formé , ou non, un peché mortel dans les coeurs ? »

Tout en surveillant la conduite de Charlotte et alors qu’elle lisait, « Pratique de la perfection chrestienne » du RP Alphonse Rodriguez, Mrs Tiggy-Winckle avait un doute sur cette écriture si particulière où les f prenait la place des s.

Geronimo s’était profondément endormi, malgré les chaos d’une route encombrée de neige, où émergeaient parfois des carcasses de voitures ou de camions.

Steve et Lucas jouaient aux cartes en s’accusant mutuellement de tricher.

Mrs Tiggy-Winckle entamait le chapitre : « Que pour acquérir la perfection, il eft neceffaire de ne commettre aucun faute de propos délibéré, & de ne fe relafcher aucunement, » lorsque les deux garçons crièrent : « Les fantômes, les fantômes, y sont là devant !!! »

Charlotte freina en douceur. « Qu’est-ce qu’il y a encore, les deux loustics ? Vous voulez à tous prix vous faire remarquer ! »

« Mais si, mais si, regardez, là devant, les fantômes. »

Charlotte n’en croyait pas ses yeux : deux formes humaines fantomatiques semblaient danser devant le monster truck.

Elle saisit son fusil d’assault et descendit par la petite échelle sur le côté du truck, suivie par Mrs Tiggy-Winckle, qui intima aux deux garçons de ne pas bouger. La grande araignée arrivait à toute vitesse prête à tirer au laser sur tout adversaire.

Les deux « fantômes » s’approchèrent, puis devinrent plus lumineux, avec une forte odeur d’ozone, lorsque les deux garçons – dépit des ordres – se jetèrent sur eux et les traversèrent.

 

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Un jour il n’y eut plus grand monde – 32

Mrs Tiggy-Winckle réussit à sauver des flammes les tomes 1 et 3 de « Pratique de la perfection chrestienne », du R.P. Alphonse Rodriguez, de 1686. Malheureusement le tome 2 avait été détruit.

Elle ne put sauver un dessin représentant « La tentation de St Antoine », par Philibert-Benoît de La Rue (1718-80). Le saint déjà brulé par le désir, termina victime des flammes infernales.

Steve et Lucas demandaient à Charlotte si les fantômes étaient des morts pas morts. Ils en avaient vu lorsqu’ils habitaient dans le centre commercial. Les fantômes restaient à proximité quand ça leur plaisait.

Charlotte, qui était en train de nettoyer son fusil d’assault, leva les yeux au ciel sans répondre. 

Steve et Lucas répondirent : « Bon, de toutes façons on s’en fiche, les fantômes nous accompagnent, ils sont à côté de nous.

Pour Mrs Tiggy-Winckle, l’endroit n’était plus sûr, il allait falloir organiser un départ. Avec quel véhicule ?

La grande araignée avait découvert parmi une collection de vieux véhicules, un Chevy Apache Monster Truck de 1960 qui pourrait faire l’affaire.

Après une heure de bricolage, ils chargèrent dans le monster à gros pneus, les provisions, de l’eau, des jerricans d’essence, les armes, les deux tomes de « Pratique de la perfection chrétienne » et le Bodhisattva méditant

Ils repartirent, sous la neige qui tombait, vers le sud et l’espoir d’une vie plus calme.

La grande araignée suivait à 500m de façon à stopper toute agression de suiveurs, et ses multiples yeux observaient les environs immédiats.

Steve et Lucas chantaient : « Ce n’est que le petit bout de la queue du chat / Qui vous électrise / Ce n’est que le petit bout de la queue du chat / Qui a fait ce bruit là / Non l’esprit n’est pas encore là / Unissons nos fluides / Et recommençons nos ébats / Que le chat gâcha. » *

Charlotte aimait la chanson.

* Les Frères Jacques.

 

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Un jour il n’y eut plus grand monde – 31

Malgré la chaleur qui règnait dans l’appartement intérieur blindé, il y avait une discussion entre Charlotte et Steve et Lucas.

Ceux-ci étaient persuadés que derrière les assaillants, c’était encore un coup des bonnes soeurs communistes.

Charlotte se mit la main sur le front pour rester calme et dit : « Je vous répète qu’il n’y a probablement plus de bonnes soeurs ni de communistes et que, de toutes façons, il n’y a jamais eu de bonnes soeurs communistes, ça n’existe pas. »

La discussion cessa car le chaleur montait sans cesse. Quelques volutes de fumées montaient de certains interstices des murs.

Mrs Tiggy-Winckle se faisait du souci et passait en revue toutes les solutions possibles, espérant un secours de la grande araignée, qui avait cessé toutes communications.

Geronimo, qui s’était endormi quelques minutes, trouvait qu’il faisait trop chaud.

En fait la grande araignée, n’avait pas chômé. Le jour précédent elle avait caché l’autoneige à chenillettes à un km et avait, à tout hasard, fabriqué une bombe à forte puissance avec des explosifs trouvé dans les Hummer des assaillants du musée. La bombe avait été cachée dans un des coffres de la chenillette.

Elle conduisit la chenillette en se mettant sur le toit, et la lança, après avoir sauté, sur les assaillants.

Elle observa la chenillette foncer seule sur les assaillant qui, l’apercevant, dirigèrent presque par réflexe leurs lances-flammes sur le véhicule.

L’explosion souffla une partie des assaillants. Ceux qui survécurent s’enfuirent.

Mrs Tiggy-Winckle vit le bon côté des choses : ils étaient sauvés, probablement pour quelques jours. Mais le mauvais côté, la perte de leur moyen de transport, était dramatique.

 

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Un jour il n’y eut plus grand monde – 30

La grande araignée, était profondément malheureuse, car Steve et Lucas l’avaient traité de phynoderee (ou phynnodderee), mot de l’Ile de Man qui désigne une créature mythologique pleine de poils ou une fée disgracieuse.

Geronimo avait traduit en ajoutant, « M’bnon, vous êtes une belle araignée métallique », mais cela n’avait pas suffi.

Charlotte avait privé les deux garçons de brochettes de cuisses de rats grillés.

Au même moment, Mrs Tiggy-Winckle contemplait dans un grand salon, un Bodhisattva méditant de Corée, du VIIème siècle, rescapé des intempéries et des hordes de chiens, en murmurant une phrase de Schiller : « Nur durch das Morgentor des Schönen / Drangst du in der Erkenntis Land. » *

Elle aperçu subitement, malgré la neige qui tombait, des hommes en scaphandres qui avançaient dehors avec des lances-flammes.

Un tempête de flammes s’abattit sur les premières pièces.

La grande araignée eut le temps de saisir les deux garçons pour les amener dans l’appartement blindé, suivie par Mrs Tiggy-Winckle, Charlotte et Geronimo. Une fois les portes en acier refermées, Madame Zoom repartit pour combattre en liquidant au laser les deux premiers assaillants.

Elle disparut dans la neige.

Lorsque la deuxième vague d’assaillant apparue, les flammes furent dirigées sur l’appartement intérieur blindé qui commença sérieusement à chauffer.

« C’est seulement par la porte de l’aurore du Beau / que tu as pénétré dans le pays de la connaissance. »

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Bodhisattva méditant de Corée, du VIIème siècle. Musée Guimet.

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Schiller

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Un jour il n’y eut plus grand monde – 29

« Quidquid discis, tibi discis ! » se disait Mrs Tiggy-Winckle en bricolant divers pièges, censés arrêter toute intrusion dans la propriété où ils avaient trouvé refuge.

Elle apprenait en même temps le latin, dans un livre relié pleine peau des oeuvres de Cicéron, que les anciens occupants des lieux n’avaient probablement jamais ouvert.

Et elle avait libéré quelques centaines de mini araignées que Steve et Lucas avaient bloquées au fond d’un rhyton de Pompéi en verre du 1er siècle ap. JC.

Puis elle avait rattrapé in extremis un vase chinois que se lançaient les deux chenapans.

Elle avait également bricolé une antenne sur le toit pour rester en contact avec le vaisseau mère.

Elle jugeait que, contrairement à ce qui se passait dans les oeuvres de fictions, les énigmes du passé sont rarement résolues. La deuxième mission envoyée par le vaisseau mère n’avait pas trouvé d’explication à la mort en une nuit, de presseue tous les habitants de la terre. Aucune analyse n’avait permis de déceler un virus.

En revanche, des systèmes à impulsions magnétiques avaient été probablement dispersés un peu partout.

Ceci expliquait que leur drone, non protégé contre de telles impulsions, soit tombé définitivement en panne, ainsi que tous les appareils électroniques (ordinateurs, téléphones, voitures modernes, etc).

Les araignées dotées d’une protection adéquate n’avaient pas été endommagées. La base souterraine et ses véhicules militaires non plus.

Elle continua sa lecture du « De rerum natura » de Cicéron.

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Un jour il n’y eut plus grand monde – 28

La grande maison était dans un piteux état, après une année sans entretien.

Une partie des fenêtres étaient brisées. Certaines plantes d’intérieur étaient mortes, d’autres, malgré le froid avaient poussé un peu partout, profitant des feuilles mortes, de débris végétaux, et même de cadavres de chiens. L’humidité et la neige avaient aussi joué leur rôle.

La grande araignée laissa sortir de son flanc ses petites araignées..pour faire le ménage.

Steve et Lucas s’amusaient à les perturber, mais il était impossible de leur marcher dessus, elles s’éloignaient instantanément. 

En fait, la seule partie réellement sûre était un appartement « blindé » à l’intérieur de la grande maison, où étaient entreposées de la nourriture, de l’eau, des trousses de secours et quelques armes.

En bricolant un groupe électrogène trouvé dans le garage, Mrs Tiggy-Winckle parvint à allumer quelques lampes et une petite télévision dans l’appartement de sécurité.

Le dîner fut copieux : Corned beef, riz, cocktail de fruits en boîte et vitamine C. Steve et Lucas ronchonnaient et voulaient du rat en brochettes et du chocolat. Ils eurent du chocolat en poudre.

Dans la soirée, les deux garçons regardèrent « Sharknado 2 (les requins attaquent New York) », trouvé dans des débris et dirent, « Ouai, c’est même pas drôle. »

Charlotte tricotait une écharpe en songeant à George Clooney. Geronimo ronflait comme la grande araignée, qui émettait un petit bruit, « rrrrrrrrrrrrrrzzzzzzzz », régulier.

Mrs Tiggy-Winckle avait déniché une « Vie de Wincklemann, premier historien d’art (1717-1768) ». Elle fut affligée de voir qu’il avait été assassiné dans sa chambre par un certain Francesco Arcangeli. Quelle triste destinée !

La nuit vint sans que la neige cessa de tomber.

 

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Un jour il n’y eut plus grand monde – 27

La grande araignée ajusta un de ses yeux pour mieux voir les deux hommes qui les observaient à l’horizon. Cet oeil était une véritable oeuvre d’art technique. Elle l’avait perfectionné seule, mais personne ne l’avait félicité, même pas Mrs Tiggy-Winckle, qui s’était moqué d’elle en la surnommant Madame Zoom.

Malgré la neige qui tombait, en zoomant sur un des deux visages, à son grand étonnement, elle reconnut la tête de l’homme en kimono noir. Il n’était donc pas mort dans l’explosion de la base !

Elle jura : « Pli’kli Toc Pal, GikPak TocPoc’Soc !!!! » (Nous nous garderons de traduire cette abominable injure).

Les deux hommes étaient trop loin, pour qu’elle pusse espérer les toucher avec son faisceau laser, ou envoyer ses minuscules araignées tueuses.

La grande araignée prévint Mrs Tiggy-Winckle qui, bien que contrariée, décida de rester dans un état d’ataraxie, comme le conseillaient les Stoïciens.

Connaissant les périls qui les guettaient, Mrs Tiggy-Winckle jugea plus prudent de s’arrêter dans une grande propriété – fortifiée par une double clôture barbelée.

La propriété était située sur un oppidum naturel qui permettait de voir venir d’éventuels « visiteurs ». 

 

 

Un jour il n’y eut plus grand monde – 26

Mrs Tiggy-Winckle, aidée de la grande araignée remise à neuf, avait prospecté dans les entreprises de travaux publics, et avait fini par dénicher une autoneige à chenillettes pour travaux publics, qui pouvait aisément parcourir une route très enneigée.

Quelques journées de bricolage – surtout sur le système d’allumage, les batteries et le carter – permirent de remettre en route un moteur rustique et robuste.

Charlotte apprit à conduire le véhicule avec Mrs Tiggy-Winckle durant une autre semaine. La circulation inexistante lui permit de faire quelques erreurs de braquage et d’écraser des voitures délabrées.

Le réservoir de l’autoneige fut rempli en siphonnant les réservoirs des Hummers. En emmenant des jerricans, ils auraient une autonomie de plus de mille km.

Ils entassèrent des réserves de vivres et d’eau à l’arrière et partirent pour le sud, espérant trouver des zones moins enneigées.

Tout en aidant à la conduite Mrs Tiggy-Winckle lisait dans, « De la nature de l’homme », de Nemesius évêque d’Emèse (environ 350-420 après JC), que « l’homme est doué de raison et capable de délibérer, il est donc capable de choisir et de décider. »

Manifestement Nemesius n’avait pas connu les araignées métalliques dotées de deux cerveaux biologiques capables de délibérer.

Plus loin, elle lut : « Le désir se divise aussi en plaisirs et en peines : car, lorsque le désir atteint son objet, il cause du plaisir, et, lorsqu’il ne l’atteint pas, il cause de la peine. »

C’était exact, elle avait pu constater que Steve et Lucas, qui désiraient faire toujours plus de bêtises, et étaient peinés de ne pas y arriver.

Ceux-ci avaient commencé à chanter : « Paulette, Paulette, / Tu es la reine des paupiettes, / Notre amour ne serait pas si beau, / Si je n’aimais pas les paupiettes… » *

Avant que Charlotte ne pique une crise, la grande araignée, qui progressait à côté de l’autoneige, fit signe à celle-ci de s’arrêter. Elle regardait la ligne d’horizon, et y vit deux hommes en combinaisons blanches à capuche, qui les observaient avec des jumelles.

* Les Charlots, 1967.

Chenillette

Autoneige.

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Tiens, un lapin !

(Messagerie : ekand4460@yahoo.fr).

Un jour il n’y eut plus grand monde – 25

L’araignée géante était de plus en plus en colère et Mrs Tiggy-Winckle de plus en plus contrite.

Charlotte se demandait comment calmer le jeu. Elle demanda à Geronimo de l’accompagner pour traduire ses propos en langage araignée, et vint sous l’araignée géante.

Elle expliqua via Geronimo que la grande araignée métallique – qui se faisait réparer au moment même – et Mrs Tiggy-Winckle, s’était occupés d’eux et leur avait sauvé la vie à plusieurs reprises. Il était injuste de les réprimander.

Il y eut un long silence. L’araignée géante se pencha pour examiner Charlotte et Geronimo. Une sorte de filin souple se déroula depuis son torse et se fixa sur la tête de Geronimo. 

Il y eut un autre long silence. Le filin souple se rétracta. Le flanc de l’araignée géante s’ouvrit et les araignées-mécaniciennes remontèrent, laissant la grande araignée remise à neuf, qui testait sa nouvelle patte.

L’araignée géante remonta dans le vaisseau, qui disparut en quelques secondes. La neige se remit à tomber.

Geronimo, qui avait eut un échange (non-verbal) intense avec l’araignée géante – dite la Mère des araignées – expliqua la situation.

Mrs Tiggy-Winckle et la grande araignée, avaient eu pour mission de comprendre ce qui s’était passé sur Terre : trouver quelle avait été la raison de la mort de la plus grande partie de la population. La mission devait durer quarante huit heures terrestres.

C’est alors que, en descendant vers la Terre au moyen d’un drone, et en scannant  des milliers de km carrés, Mrs Tiggy-Winckle avait perçu une anomalie : quelques êtres humains vivants dans la banlieue d’une grande ville. L’autre anomalie était trop discrète pour qu’elle s’y intéresse.

Le drone les avait déposé, pour tomber inexplicablement en panne. Mrs Tiggy-Winckle avait laissé la grande araignée à une dizaine de km, et avait préféré approcher seule de Charlotte, Geronimo et les deux garçons, après un passage culturel à la Bibliothèque Publique.

Des liens s’étaient créés et sa mission en avait été bouleversée. Elle avait pris l’initiative de d’abord protéger les petits humains, en assumant les conséquences de ses actes vis à vis du vaisseau.

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Araignée mécanicienne.

Un jour il n’y eut plus grand monde – 24

Charlotte : « Pouvez-vous me dire, les garçons, comment vous avez fait pour faire exploser deux extincteurs ? »

Steve et Lucas : « Meuh, on a rien fait. On a juste posé les deux extincteurs sur le poêle à charbon. On voulait voir ce qui allait se passer. »

Charlotte : « Et où l’avez-vous trouvé le charbon ? »

Steve et Lucas : « C’était une oeuvre d’art, c’était marqué dessus. Mais, bon, on l’a emprunté, c’est vrai. Mais on a rien fait de mal. »

Charlotte : « Vous me prenez pour une gogolito ? Du charbon ! Une oeuvre d’art? »

La conversation s’arrêta-là, car une ombre gigantesque venait d’obscurcir le ciel au dessus du Museum of Fine Arts.

En voyant le vaisseau extraterrestre qui devait faire une dizaine de km de long et deux de large, Charlotte compris ce qu’avait fait Mrs Tiggy-Winckle toute la matinée, en installant un système d’antennes bricolées, d’une forme qui lui avait paru extravagante.

Elle s’était même demandé si elle ne voulait pas créer un oeuvre d’art, par référence à ce qu’elle avait vu dans le Département d’Art Moderne.

Le  vaisseau extraterrestre se stabilisa à 300m de hauteur. Steve et Lucas dirent : « Wouaaaa, c’est super ! » Geronimo avait la bouche ouverte et dit : « M’bwouaa ».

Un objet descendit lentement du vaisseau. C’était une araignée métallique de couleur noire de vingt mètres d’envergure. Elle s’approcha de Mrs Tiggy-Winckle et engagea un conversation.

Autant que Charlotte put en juger, l’araignée géante était très en colère. Mrs Tiggy-Winckle répondait par des « clopbloptoptoblobblop », qui semblaient contrits.

En même temps, une dizaine d’araignées de la taille de Mrs Tiggy-Winckle descendirent du vaisseau, avec du matériel et une grande patte pour réparer la grande araignée cabossée.

Charlotte se dit : « Ben, on n’est pas sortis de l’auberge, avec ce vaisseau plein d’araignées. »

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Un jour il n’y eut plus grand monde – 23

Le lendemain matin, Steve et Lucas avaient trouvé dans une salle du Musée, une vache chantante multicolore, grandeur nature, en plastique.

Il avaient branché la vache sur le vélo ; ses yeux clignotaient et, lorsqu’on lui caressait la tête, elle faisait meuh et chantait : « I am Cow, eating grass, Methane gas comes out my ass.. »

Ils avaient aussi trouvé un tas de charbon – oeuvre d’art moderne – qui leur servait à alimenter un poêle sur une terrasse du musée, pour faire chauffer du popcorn et, accessoirement, jouer avec des allumettes.

En regardant la vache, Mrs Tiggy-Winckle se souvenait d’une phrase d’A l’ombre des jeunes filles en fleurs« ..J’essayais de trouver la beauté là où je ne m’étais jamais figuré qu’elle fût, dans les choses les plus usuelles. »

Mrs Tiggy-Winckle constatait que cette vache était à la fois ordinaire dans sa représentation, mais qu’elle était aussi une oeuvre d’art, « sans payer de supplément », comme disait Geronimo. Elle eut un instant de découragement devant la complexité de la culture humaine.

Elle fut distraite par le retour de la grande araignée, passablement cabossée, avec une patte en moins. La grande araignée s’affaissa, apparemment épuisée, et rendit compte à Mrs Tiggy-Winckle du succès de sa mission nocturne.

Elle avait du passer un première ligne de défense constituée de deux M1117 Armored Security Vehicles. C’est là qu’elle avait perdu une patte.

Une fois les ASV éliminés, elle avait pointé à nouveau son rayon laser à travers l’entrée, à la puissance maximum. La base avait explosé. Elle avait été projeté à une centaine mètres, et avait atterri en se cabossant le torse.

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Un jour il n’y eut plus grand monde – 22

L’homme en kimono noir – via un haut-parleur externe – s’exprimait avec une certaine courtoisie : « N’espérez pas que j’ajoute une didascalie aux événements fâcheux des derniers jours. N’attendez pas que je psalmodie les Dialogues du Désespéré ou les Lamentations de Khâkheperreseneb*. »

Charlotte se tourna vers Geronimo : « Keskidit ? J’comprends rien, et toi ? »

Geronimo répondit : « M’bnon, moi non plus. »

Mrs Tiggy-Winckle dit : « Clipboblip ?

L’homme continua : « Ne nous perdons pas dans des anecdotes. Nous n’avions pas prévu que vous auriez des alliés aussi puissants et parfaitement inconnus de nos services. Nous allons donc vous rendre les deux petits morveux, incroyablement inéduqués, et vous nous oublierez. Nous ne vous attaquerons plus, nous avons perdu trop d’hommes. »

Ils entendirent un bruit de décompression, et une porte de sas laissa passer Steve et Lucas. ils étaient en train de se disputer au sujet d’un pistolet qu’on leur avait bêtement confisqué.

Ils repartirent sous la tempête de neige. La grande araignée dégageait le chemin avec son laser, et ils purent rejoindre leur musée en deux heures. Mrs Tiggy-Winckle doutait de l’honnêteté de l’homme au kimono noir. 

Steve et Lucas semblaient avoir créé une multitude d’ennuis à leurs ravisseurs, en manipulant à peu près à tout ce qui se trouvait à leur portée. On leur avait fait quelques prises de sang après les avoir ligotés, pour les faire tenir tranquilles. 

Les ravisseurs, comme l’affirma Charlotte, ne possédaient pas le mode d’emploi des deux zigotos.

Si la neige continuait de tomber à ce rythme, il allait falloir déménager plus au sud.

* Textes de l’Egypte antique.

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