Un jour il n’y eut plus grand monde – 40

Chacun se souvient de la fin du poème d’Arthur Rimbaud, « Le dormeur du val » : « Les parfums ne font pas frissonner sa narine ; / Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine, / Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. »

Charlotte est étendue sur le sable, la tête au soleil, elle a un trou rouge au côté droit.  Elle ne se relèvera pas. Ses cheveux roux sont caressés par le vent qui pousse les premières poussières autour de son visage. Seules les étoiles veilleront désormais sur ses yeux bleus plongés dans l’azur. 

Ses meurtriers découvrirent avec surprise qu’elle avait des pantoufles Dingo aux pieds. Ils en plaisantèrent.

Elle avait longtemps résisté aux balles des assaillants, crevant les pneus de deux Hummer avec des munitions de gros calibre, et forçant les assaillants à se mettre à l’abri.

Elle avait vidé les vingts et un chargeurs que Geronimo lui passait, et envoyé ses deux seules grenades offensives. Et puis elle se retrouva sans défense, et pensa avant d’être abattue, « Qu’aurait fait George Clooney à ma place ? »

Geronimo reçut calmement une balle en disant : « M’bnon ». Il était déçu. S’il avait eu droit à une tombe, on aurait pu graver dessus : « Tout est perdu fors l’honneur. »

Mrs Tiggy-Winckle tenta jusqu’au dernier moment – et désespérément – d’attirer l’attention sur elle, pour préserver la vie de Charlotte et Gerononimo, mais fut réduite à un amas de pièces métalliques par un sniper qu’elle aperçut trop tard.

Le lecteur me permettra de revenir dans le salon du bateau, pour regarder avec tristesse l’écharpe et les aiguilles à tricoter de Charlotte, le ballon de Steve et Lucas, le « Second Traité » du RP Alphonse Rodriguez, « Atala » de Chateaubriand, et quelques objets quotidiens sans importance.

Steve et Lucas, laissés à eux-même, eurent l’imprudence – voyant arriver trois Hummer – de vouloir s’enfuir, et « furent tirés comme des lapins », suivant l’expression d’un des assaillants.

Le responsable du groupe alluma un antique talkie-walkie BC-611 et dit : « Mission accomplie, Monsieur. Nous les avons tous éliminés, y compris les deux araignées. Nous rentrons immédiatement. » Ils repartirent.

Les lecteurs doivent savoir que je tiens à leur disposition une ou plusieurs boîtes de mouchoirs en papier. Je sais qu’ils ne sont pas insensibles, et verseront – comme moi – des torrents de larmes.

girodet-atala-au-tombeau

Atala par Girodet.

(Messagerie : ekand4460@yahoo.fr)

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13 réflexions au sujet de « Un jour il n’y eut plus grand monde – 40 »

    • J’interpelle l’auteur : Il reste plein de zones d’ombre.
      Que s’est-il passé comme catastrophe? Pourquoi Charlotte et ses amis ont-ils survécu? pourquoi les ennemis en veulent-ils à nos héros?
      Quel âge a (ou avait) Charlotte?

      Pfff… Ce ne sont pas des des choses à faire à des lecteurs aussi fidèles qu’attentifs. 😦
      Allez, un effort! Comme dans Misery, nous réclamons la résurrection des héros!

    • Un tableau célèbrissime. Techniquement parfait selon les canons de la peinture classique. Le sujet est assez tartignole, mais « Atala » – fort bien écrit – est tartignole aussi.

      • Les couleurs et la composition sont TOP en effet . Super sympa cette petite fleur rouge discrète , je ne sais plus son nom mais je les ramassais quand elles tombaient pour faire de la trompette imaginaire , derrière leur parfaite technique certains peintres sont de vrais poètes quand même

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