Meurtres au Louvre – 16

Nous sommes, accompagnés de Nicolas Poussin, revenus dans le Louvre de 2015, pour soigner Alexis, en pleine confusion mentale. Il refusait de croire ce qu’il avait vu et bredouillait : « Le tombeau, le tombeau, Apophis, l’obscurité et le chaos, tout est détruit, non, non, c’est impossible ! Vade retro, vade retro… »

Nous avions décidé de le laisser entre les mains de Nicolas Poussin. Celui-ci était revêtu d’une ample cape, afin qu’il ne se fit pas remarquer en allant de la Crypte d’Osiris à l’escalier en colimaçon, situé à côté de la grande salle à manger Napoléon III.

Nous n’avons croisé personne, à part un robot de nettoyage industriel.

Nicolas Poussin nous assura que l’absence d’Alexis ne serait pas remarquée, car il le ramènerait demain, même s’il devait se rétablir sur plusieurs mois. Un des avantages du voyage temporel !

Alexis serait soigné par une servante, Maria Margarethe. Originaire de Cologne, elle était venue avec un Cardinal allemand en mission à Rome, et était restée au service d’Anne-Marie Dughet, épouse de Nicolas Poussin.

Nous eûmes une réunion à huis-clos. Nicolas Poussin nous confirma que les événements étranges du Louvre avaient été provoqués par une personne, qui s’était servi de phénomènes annexes de la faille temporelle qu’ils utilisaient avec quelques Grand Initiés. Ses tableaux recélaient entre autres des indications pratiques pour les déplacements des Grands Initiés.

Ces « phénomènes annexes ou bugs temporels » avaient attirés l’attention des Grand Initiés.

Nous allions être volontaires – désignés d’office – pour combattre en 2057 avec la Coalition Mondiale contre l’Alliance pour la Vraie Foi. La Coalition était composée de l’Europe du Nord, des Etats-Unis d’Amérique du Nord, du Canada, de l’Amérique Latine  de la Chine et du Japon.

Je restais sans voix et pensais en moi-même : « Désigné d’office !!! Maaaais, je ne suis pas volontaire ! »

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Meurtres au Louvre – 15

En pénétrant dans la Grande Galerie du Louvre en ruine, nous avons aperçu Monsieur Moochagoo en pleine discussion avec Nicolas Poussin.

Monsieur Moochagoo nous prévint de rester prudents et de stationner derrière des gravats surmontés de morceaux de sculptures et de tableaux en partie brulés.

Il avait appris de Nicolas Poussin que nous étions dans la Grande Galerie du Louvre en 2057, et que l’Alliance pour la Vraie Foi qui réunit tous les fondamentalistes et les intégristes de toutes religions, dominait l’Europe du sud jusqu’à la Seine, l’Afrique, le Moyen Orient et une grande partie de l’Asie, sauf la Chine et le Japon. 

Cette Alliance avait pour dessein de faire table rase du passé, de façon à honorer parfaitement le Dieu Unique.  En arrivant dans Paris, l’Alliance avait systématiquement saccagé et détruit les bâtiments du Louvre, et la Joconde – symbole suprême – fut brulée.

Nicolas Poussin, qui semblait avoir quelques facilités pour voyager dans le temps, nous avait envoyé son homme de confiance boiteux pour nous conduire vers lui, puis vers cet endroit. Le malheureux boiteux avait perdu une partie de sa raison au contact de ce futur apocalyptique, d’où ses propos décousus.

Je me réservais le droit de questionner plus avant Monsieur Moochagoo, sur la capacité de voyager dans le temps de Nicolas Poussin.

Une suite de gémissements me fit tourner la tête et je vis qu’Alexis von Lützelschwab était aussi sur le point de perdre la raison, devant le futur effroyable du musée du Louvre auquel il était dévoué corps et âme, avec une rigueur morale toute kantienne.

N’ayant aucune rigueur morale kantienne, je ne me sentais pas particulièrement bouleversé par ce futur en ruine. 

Je réalisais soudain que, dans « Le Chef-d’œuvre inconnu », une nouvelle d’Honoré de Balzac, Nicolas Poussin encore jeune, joue un rôle de conseil pour le vieux maître Frenhofer, qui n’arrive pas à terminer « La Belle Noiseuse », tableau sur lequel il travaille depuis dix ans. Poussin fait poser sa maitresse Gillette, tellement belle, que le tableau est vite terminé. Néanmoins la déception sera cruelle en voyant le tableau terminé.

Balzac était-il au courant des pouvoirs de Nicolas Poussin ?

Mais il était temps de ramener Alexis vers le passé.

Je prévins Monsieur Moochagoo que nous repartions, il me fit signe d’y aller.

 

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Meurtres au Louvre – 14

En tentant de rejoindre l’homme qui boitait et murmurait  : « Apophis ! Apophis ! Chaos Primordial, Chaos Primordial, Chaos Primordial ! », nous nous sommes trouvés devant une « porte » dérobée dans la Crypte d’Osiris. Au milieu de la crypte, la cuve du sarcophage de Ramsès III avait été déplacée et un escalier s’offrait à nous.

La notice documentaire du Louvre précise que, « Les longs côtés du tombeau royal sont gravés de textes (…) Ils relatent le voyage de la barque du dieu solaire Rê dans le monde nocturne (…) Il navigue entre deux haies de dieux et de bienheureux, auxquels il apporte le reste de sa lumière, qui l’acclament et l’aident à abattre ses ennemis, à écarter les attaques du serpent du chaos, Apophis. »

Alexis avait amené trois lampes de poche – assez puissantes – Led Lenser, fabriquées par Zweibrüder. Il n’avait confiance que dans les produits germaniques.

Nous descendîmes l’escalier, sans parvenir à voir la fin du corridor très étroit, où nous étions engagés.

Alexis n’était pas très rassuré – Monsieur Moochagoo était loin devant. Il avait peur et  était dans un état de confusion mentale (Verwirrung).

Au bout d’une demi-heure – nous avancions lentement – et huit cent mètres de couloir, nous vîmes une vague lueur. Monsieur Moochagoo n’était plus visible.

Nous avons débouché dans la Grande Galerie en ruines. On se serait cru dans le tableau d’Hubert Robert, « Vue imaginaire de la Grande Galerie du Louvre en ruine » (1796).

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« Au milieu de la crypte, la cuve du sarcophage de Ramsès III avait été déplacée et un escalier s’offrait à nous. »

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« On se serait cru dans le tableau d’Hubert Robert, « Vue imaginaire de la Grande Galerie du Louvre en ruine » (1796). »

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Meurtres au Louvre – 13

Je m’aperçus en m’éveillant que le courant d’air frais était créé par un gigantesque python de Seba qui s’approchait (et qui ne pouvait être qu’Apophis en personne).

Je me mis derrière Alexis, espérant qu’il serait une proie de choix pour le serpent.

Le lecteur pensera que je manque de courage. Il n’aura pas tort mais, dans ces terribles circonstances, c’est l’instinct qui commande.

D’aucuns disent que le courage se trouve juste entre la lâcheté et la témérité. Hésitant pendant une demi seconde, j’avais basculé du mauvais côté si on considère les règles de la morale, mais du bon côté, si on considère les règles de la survie.

Alexis ne fut pas avalé. Je le regrettais un peu, car il eut été intéressant de voir comment le serpent s’y prenait.

Monsieur Moochagoo avait surgit comme un diable, une hache de pompier à la main. Il trancha la tête du serpent, dont il fallut éviter les soubresauts.

Je soupirais : « Apophis est mort, la barque solaire est sauvée ! »

Monsieur Moochagoo me répondit : « Ne dites pas de bêtises, ce n’est qu’un serpent. En revanche, qui a bien pu amener un tel monstre dans le musée ? » Il remarqua, à côté du serpent mort, la présence de la peinture chinoise « Hunlu tu » [Chaos Primordial], et l’habituel papier : « Signé : Khaos ».

Alexis était tout secoué : « Nicht zu glauben ! J’ai cru un instant que vous alliez me laisser dévorer par ce serpent ! »

Je le rassurais : « Au contraire, j’allais vous faire un rempart de mon corps et m’apprêtais à l’attirer loin de vous ! » J’entends déjà le lecteur dire que je cumule lâcheté et mensonge. Bon, bon, on ne va pas épiloguer.

Nous entendîmes les pas l’homme qui boitait. Il s’éloignait rapidement en murmurant : « Apophis ! Apophis ! Chaos Primordial, Chaos Primordial, Chaos Primordial ! » Nous ne pûmes le rejoindre.

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Meurtres au Louvre – 12

Monsieur Moochagoo s’intéressait au dieu soleil des égyptiens, Rê, né des eaux primordiales du chaos. A l’inverse du soleil, le serpent Apophis représente les « forces des ténèbres » qui, chaque nuit, veut couler la barque solaire pour plonger le monde dans les ténèbres et le chaos.

Il regardait le papyrus du Louvre montrant la lutte contre le serpent Apophis.apophis

Il décida que nous allions nous installer pour la nuit Aile Sully, salle 25, dédiée à Akhenaton, qui imposa Aton comme dieu unique.

J’ai dis : « Ah oui, ça me rappelle Le Mystère de la Grande Pyramide de Edgar P. Jacobs, avec Black et Mortimer. Vous savez, le fameux « Par Horus demeure ! » « 

Bon, mes références de bande dessinée n’ont pas eu l’heur de plaire à Monsieur Moochagoo. Alexis m’a quand même tiré d’affaire : « Moi aussi j’ai lu Das geheimnis der grossen pyramide, c’était bien. »

J’avais amené quatre oreillers dans un sac de sport pour bien dormir sous le regard d’Akhénaton. J’aurais préféré Nefertiti, mais on fait avec ce qu’on a, comme dit ma voisine.

Au moins j’étais sûr de ne pas me retrouver (en rêve ?) chez Nicolas Poussin.

Alexis s’endormit en premier, en me parlant du buste de Nefertiti à Berlin, au Neues Museum.

Je fus réveillé par un courant d’air frais.

Nefertiti 2

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Meurtres au Louvre – 11

Laissant Alexis lire Winkleman, je m’approchais de Monsieur Moochagoo pour lui faire remarquer que nous n’avions pas, pour l’instant, l’ombre d’une explication.

Nous avions toutes les chances d’être remerciés par l’administration du Louvre et, si ce n’était pas le cas, ce serait très probable dès que les services secrets débarqueraient ici. La Raison d’Etat – l’Etat a ses raisons que la raison ignore, pour paraphraser Pascal – qui forcerait tout le monde à ne pas divulger ces événements, se transformeraient très vite en « secrets d’Etat ».

Monsieur Moochagoo réfléchit longuement, hocha la tête, et regarda pensivement une petite statuette de la déesse Rosmerta (déesse locale de l’Est de la Gaule).

Il me dit :

« Pour l’instant nous ne pouvons énoncer qu’une non explication, ce qui n’est déjà pas si mal.

J’ai bien conscience qu’on nous demande de fournir des explications à des phénomènes qui semblent mystérieux. Pour le sens commun, expliquer, c’est expliquer ces phénomènes mystérieux à l’aide de faits et de principes qui nous sont familiers.

Dans les cas mystérieux du Louvre nous n’avons que des non explications. »

Mes pensées faisaient des noeuds borroméens, ce qui annonçait un blocage partiel de mon esprit, avec un sifflement intérieur. 

Alexis avait ses yeux en zig-zag, ce qui n’est pas bon signe non plus.

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Meurtres au Louvre – 10

Nous étions autour de ce qui avait été le Torse du Belvédère. Je plaisantais : « Il faudrait un tube de colle ! »

Monsieur Moochagoo me regarda en biais et dit : « Pour une fois, tentez de mettre en harmonie les différentes parties de votre esprit. »

Là, il avait vu juste. En général mon esprit est un champ de bataille où s’affrontent toutes sortes d’idées qui luttent pour s’imposer. 

Alexis avait poussé un cube du doigt. Il s’exclama : « Das ist unmöglich ! » Finalement, ces petits cubes étaient un mystère de plus.

Je donnais un conseil avisé : « On pourrait plonger le torse en cubes dans un milieu aquatique, pour voir ce qui se passe. » J’eu droit à nouveau à un regard en biais.

Alexis nous prévint que nous allions bientôt avoir droit aux services secrets, du moins c’était la rumeur qui courait.

En attendant, il avait commencé à lire un des premiers essais de Johann Joachim Winckelmann, « Réflexions sur l’imitation des œuvres grecques dans la peinture et la sculpture », 1755.

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Le Torse du Belvédère dessiné par Rubens.

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