Meurtres au Louvre – 16

Nous sommes, accompagnés de Nicolas Poussin, revenus dans le Louvre de 2015, pour soigner Alexis, en pleine confusion mentale. Il refusait de croire ce qu’il avait vu et bredouillait : « Le tombeau, le tombeau, Apophis, l’obscurité et le chaos, tout est détruit, non, non, c’est impossible ! Vade retro, vade retro… »

Nous avions décidé de le laisser entre les mains de Nicolas Poussin. Celui-ci était revêtu d’une ample cape, afin qu’il ne se fit pas remarquer en allant de la Crypte d’Osiris à l’escalier en colimaçon, situé à côté de la grande salle à manger Napoléon III.

Nous n’avons croisé personne, à part un robot de nettoyage industriel.

Nicolas Poussin nous assura que l’absence d’Alexis ne serait pas remarquée, car il le ramènerait demain, même s’il devait se rétablir sur plusieurs mois. Un des avantages du voyage temporel !

Alexis serait soigné par une servante, Maria Margarethe. Originaire de Cologne, elle était venue avec un Cardinal allemand en mission à Rome, et était restée au service d’Anne-Marie Dughet, épouse de Nicolas Poussin.

Nous eûmes une réunion à huis-clos. Nicolas Poussin nous confirma que les événements étranges du Louvre avaient été provoqués par une personne, qui s’était servi de phénomènes annexes de la faille temporelle qu’ils utilisaient avec quelques Grand Initiés. Ses tableaux recélaient entre autres des indications pratiques pour les déplacements des Grands Initiés.

Ces « phénomènes annexes ou bugs temporels » avaient attirés l’attention des Grand Initiés.

Nous allions être volontaires – désignés d’office – pour combattre en 2057 avec la Coalition Mondiale contre l’Alliance pour la Vraie Foi. La Coalition était composée de l’Europe du Nord, des Etats-Unis d’Amérique du Nord, du Canada, de l’Amérique Latine  de la Chine et du Japon.

Je restais sans voix et pensais en moi-même : « Désigné d’office !!! Maaaais, je ne suis pas volontaire ! »

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Meurtres au Louvre – 15

En pénétrant dans la Grande Galerie du Louvre en ruine, nous avons aperçu Monsieur Moochagoo en pleine discussion avec Nicolas Poussin.

Monsieur Moochagoo nous prévint de rester prudents et de stationner derrière des gravats surmontés de morceaux de sculptures et de tableaux en partie brulés.

Il avait appris de Nicolas Poussin que nous étions dans la Grande Galerie du Louvre en 2057, et que l’Alliance pour la Vraie Foi qui réunit tous les fondamentalistes et les intégristes de toutes religions, dominait l’Europe du sud jusqu’à la Seine, l’Afrique, le Moyen Orient et une grande partie de l’Asie, sauf la Chine et le Japon. 

Cette Alliance avait pour dessein de faire table rase du passé, de façon à honorer parfaitement le Dieu Unique.  En arrivant dans Paris, l’Alliance avait systématiquement saccagé et détruit les bâtiments du Louvre, et la Joconde – symbole suprême – fut brulée.

Nicolas Poussin, qui semblait avoir quelques facilités pour voyager dans le temps, nous avait envoyé son homme de confiance boiteux pour nous conduire vers lui, puis vers cet endroit. Le malheureux boiteux avait perdu une partie de sa raison au contact de ce futur apocalyptique, d’où ses propos décousus.

Je me réservais le droit de questionner plus avant Monsieur Moochagoo, sur la capacité de voyager dans le temps de Nicolas Poussin.

Une suite de gémissements me fit tourner la tête et je vis qu’Alexis von Lützelschwab était aussi sur le point de perdre la raison, devant le futur effroyable du musée du Louvre auquel il était dévoué corps et âme, avec une rigueur morale toute kantienne.

N’ayant aucune rigueur morale kantienne, je ne me sentais pas particulièrement bouleversé par ce futur en ruine. 

Je réalisais soudain que, dans « Le Chef-d’œuvre inconnu », une nouvelle d’Honoré de Balzac, Nicolas Poussin encore jeune, joue un rôle de conseil pour le vieux maître Frenhofer, qui n’arrive pas à terminer « La Belle Noiseuse », tableau sur lequel il travaille depuis dix ans. Poussin fait poser sa maitresse Gillette, tellement belle, que le tableau est vite terminé. Néanmoins la déception sera cruelle en voyant le tableau terminé.

Balzac était-il au courant des pouvoirs de Nicolas Poussin ?

Mais il était temps de ramener Alexis vers le passé.

Je prévins Monsieur Moochagoo que nous repartions, il me fit signe d’y aller.

 

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Meurtres au Louvre – 14

En tentant de rejoindre l’homme qui boitait et murmurait  : « Apophis ! Apophis ! Chaos Primordial, Chaos Primordial, Chaos Primordial ! », nous nous sommes trouvés devant une « porte » dérobée dans la Crypte d’Osiris. Au milieu de la crypte, la cuve du sarcophage de Ramsès III avait été déplacée et un escalier s’offrait à nous.

La notice documentaire du Louvre précise que, « Les longs côtés du tombeau royal sont gravés de textes (…) Ils relatent le voyage de la barque du dieu solaire Rê dans le monde nocturne (…) Il navigue entre deux haies de dieux et de bienheureux, auxquels il apporte le reste de sa lumière, qui l’acclament et l’aident à abattre ses ennemis, à écarter les attaques du serpent du chaos, Apophis. »

Alexis avait amené trois lampes de poche – assez puissantes – Led Lenser, fabriquées par Zweibrüder. Il n’avait confiance que dans les produits germaniques.

Nous descendîmes l’escalier, sans parvenir à voir la fin du corridor très étroit, où nous étions engagés.

Alexis n’était pas très rassuré – Monsieur Moochagoo était loin devant. Il avait peur et  était dans un état de confusion mentale (Verwirrung).

Au bout d’une demi-heure – nous avancions lentement – et huit cent mètres de couloir, nous vîmes une vague lueur. Monsieur Moochagoo n’était plus visible.

Nous avons débouché dans la Grande Galerie en ruines. On se serait cru dans le tableau d’Hubert Robert, « Vue imaginaire de la Grande Galerie du Louvre en ruine » (1796).

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« Au milieu de la crypte, la cuve du sarcophage de Ramsès III avait été déplacée et un escalier s’offrait à nous. »

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« On se serait cru dans le tableau d’Hubert Robert, « Vue imaginaire de la Grande Galerie du Louvre en ruine » (1796). »

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Meurtres au Louvre – 13

Je m’aperçus en m’éveillant que le courant d’air frais était créé par un gigantesque python de Seba qui s’approchait (et qui ne pouvait être qu’Apophis en personne).

Je me mis derrière Alexis, espérant qu’il serait une proie de choix pour le serpent.

Le lecteur pensera que je manque de courage. Il n’aura pas tort mais, dans ces terribles circonstances, c’est l’instinct qui commande.

D’aucuns disent que le courage se trouve juste entre la lâcheté et la témérité. Hésitant pendant une demi seconde, j’avais basculé du mauvais côté si on considère les règles de la morale, mais du bon côté, si on considère les règles de la survie.

Alexis ne fut pas avalé. Je le regrettais un peu, car il eut été intéressant de voir comment le serpent s’y prenait.

Monsieur Moochagoo avait surgit comme un diable, une hache de pompier à la main. Il trancha la tête du serpent, dont il fallut éviter les soubresauts.

Je soupirais : « Apophis est mort, la barque solaire est sauvée ! »

Monsieur Moochagoo me répondit : « Ne dites pas de bêtises, ce n’est qu’un serpent. En revanche, qui a bien pu amener un tel monstre dans le musée ? » Il remarqua, à côté du serpent mort, la présence de la peinture chinoise « Hunlu tu » [Chaos Primordial], et l’habituel papier : « Signé : Khaos ».

Alexis était tout secoué : « Nicht zu glauben ! J’ai cru un instant que vous alliez me laisser dévorer par ce serpent ! »

Je le rassurais : « Au contraire, j’allais vous faire un rempart de mon corps et m’apprêtais à l’attirer loin de vous ! » J’entends déjà le lecteur dire que je cumule lâcheté et mensonge. Bon, bon, on ne va pas épiloguer.

Nous entendîmes les pas l’homme qui boitait. Il s’éloignait rapidement en murmurant : « Apophis ! Apophis ! Chaos Primordial, Chaos Primordial, Chaos Primordial ! » Nous ne pûmes le rejoindre.

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Meurtres au Louvre – 12

Monsieur Moochagoo s’intéressait au dieu soleil des égyptiens, Rê, né des eaux primordiales du chaos. A l’inverse du soleil, le serpent Apophis représente les « forces des ténèbres » qui, chaque nuit, veut couler la barque solaire pour plonger le monde dans les ténèbres et le chaos.

Il regardait le papyrus du Louvre montrant la lutte contre le serpent Apophis.apophis

Il décida que nous allions nous installer pour la nuit Aile Sully, salle 25, dédiée à Akhenaton, qui imposa Aton comme dieu unique.

J’ai dis : « Ah oui, ça me rappelle Le Mystère de la Grande Pyramide de Edgar P. Jacobs, avec Black et Mortimer. Vous savez, le fameux « Par Horus demeure ! » « 

Bon, mes références de bande dessinée n’ont pas eu l’heur de plaire à Monsieur Moochagoo. Alexis m’a quand même tiré d’affaire : « Moi aussi j’ai lu Das geheimnis der grossen pyramide, c’était bien. »

J’avais amené quatre oreillers dans un sac de sport pour bien dormir sous le regard d’Akhénaton. J’aurais préféré Nefertiti, mais on fait avec ce qu’on a, comme dit ma voisine.

Au moins j’étais sûr de ne pas me retrouver (en rêve ?) chez Nicolas Poussin.

Alexis s’endormit en premier, en me parlant du buste de Nefertiti à Berlin, au Neues Museum.

Je fus réveillé par un courant d’air frais.

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Meurtres au Louvre – 11

Laissant Alexis lire Winkleman, je m’approchais de Monsieur Moochagoo pour lui faire remarquer que nous n’avions pas, pour l’instant, l’ombre d’une explication.

Nous avions toutes les chances d’être remerciés par l’administration du Louvre et, si ce n’était pas le cas, ce serait très probable dès que les services secrets débarqueraient ici. La Raison d’Etat – l’Etat a ses raisons que la raison ignore, pour paraphraser Pascal – qui forcerait tout le monde à ne pas divulger ces événements, se transformeraient très vite en « secrets d’Etat ».

Monsieur Moochagoo réfléchit longuement, hocha la tête, et regarda pensivement une petite statuette de la déesse Rosmerta (déesse locale de l’Est de la Gaule).

Il me dit :

« Pour l’instant nous ne pouvons énoncer qu’une non explication, ce qui n’est déjà pas si mal.

J’ai bien conscience qu’on nous demande de fournir des explications à des phénomènes qui semblent mystérieux. Pour le sens commun, expliquer, c’est expliquer ces phénomènes mystérieux à l’aide de faits et de principes qui nous sont familiers.

Dans les cas mystérieux du Louvre nous n’avons que des non explications. »

Mes pensées faisaient des noeuds borroméens, ce qui annonçait un blocage partiel de mon esprit, avec un sifflement intérieur. 

Alexis avait ses yeux en zig-zag, ce qui n’est pas bon signe non plus.

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Meurtres au Louvre – 10

Nous étions autour de ce qui avait été le Torse du Belvédère. Je plaisantais : « Il faudrait un tube de colle ! »

Monsieur Moochagoo me regarda en biais et dit : « Pour une fois, tentez de mettre en harmonie les différentes parties de votre esprit. »

Là, il avait vu juste. En général mon esprit est un champ de bataille où s’affrontent toutes sortes d’idées qui luttent pour s’imposer. 

Alexis avait poussé un cube du doigt. Il s’exclama : « Das ist unmöglich ! » Finalement, ces petits cubes étaient un mystère de plus.

Je donnais un conseil avisé : « On pourrait plonger le torse en cubes dans un milieu aquatique, pour voir ce qui se passe. » J’eu droit à nouveau à un regard en biais.

Alexis nous prévint que nous allions bientôt avoir droit aux services secrets, du moins c’était la rumeur qui courait.

En attendant, il avait commencé à lire un des premiers essais de Johann Joachim Winckelmann, « Réflexions sur l’imitation des œuvres grecques dans la peinture et la sculpture », 1755.

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Le Torse du Belvédère dessiné par Rubens.

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Meurtres au Louvre – 9

Mardi à deux heures du matin, nous sommes revenus dans la petite pièce sous les combles du Louvre où se trouvent des vélos rouillés. Alexis et moi nous avons dormi à nouveau.

Lorsque Monsieur Moochagoo nous a réveillé, vers quatre heures, il avait rouvert la porte derrière les vélos, et nous nous sommes à nouveau retrouvés chez Nicolas Poussin, la nuit, dans son atelier de Rome.

J’étais bien réveillé, j’en étais certain.

Il nous attendait et avait fait préparer un souper tardif. Nous avons eu un potage de pois aux lards, une tourte de pigeonneaux, une fricaffée de poulet au brun et des poires pour le dessert. Le tout arrosé d’un excellent Barolo, le vin des Papes.

Nicolas Poussin et Monsieur Moochagoo discutaient à voix basse.

J’avais du piquer du nez car, lorsque Monsieur Moochagoo me réveilla, nous étions de nouveau dans la pièce sous les combles.

Je m’abstins de lui dire que j’avais fait un drôle de rêve avec Nicolas Poussin.

Un nouvel événement s’était produit. Dans l’Aile Sully, salle d’art grec classique et hellénistique (Salle14), à côté du Diadumène (torse fragmentaire), on avait trouvé le torse du Belvédère du musée Pio-Clémento du Vatican.

Et il y avait un gros problème, le torse avait été découpé une multitude de petits cubes de un centimètre de côté. Le tout avait la forme du torse. A côté du torse, se trouvaient l’inévitable peinture chinoise « Hunlu tu » [Chaos Primordial], et le papier : « Signé : Khaos ».

Le musée du Vatican fut prévenu. Le Louvre disposait d’une médiocre copie qui combla le vide laissé par le retrait du torse « découpé ».

Le torse « découpé » fut placé sous une bâche opaque, en attendant d’être déplacé vers la salle où avait été restaurée la Victoire de Samothrace.

Je songeais à Winkelmann (1717-1768), archéologue et antiquaire, qui avait admiré ce Torse du Belvédère : « Bien que cette statue ait été gravement maltraitée et mutilée, bien qu’elle soit privée de tête, de bras et de jambes, elle conserve, aux yeux de ceux qui sont capables de pénétrer les mystères de l’art, une part de l’éclatante beauté qui était autrefois la sienne. »

Qu’eut-il dit, en voyant ce qu’était devenu ce torse ?

Torse du Belvédère

Torse du Belvédère. 

 

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Meurtres au Louvre – 8

Monsieur Moochagoo poursuivit son exposé :

« Dans le temple d’Hercule, les portes qui étaient pourtant fermées avec des barres, s’ouvrirent soudain d’elles-même. » (Cicéron) Voilà ce qui arrive au Louvre, une série d’événements qui semblent se produire d’eux-même.

Ce dont nous sommes sûr, c’est qu’aucun de nous trois n’est impliqué. 

Mais des événements se sont produits, et ils ne se sont pas produits tout seuls.

Lorsque ma grand mère ouvrait son placard, elle s’exclamait parfois : « Mais qui a mangé toutes les confitures qui se trouvaient dans ce placard ? » Eh bien, nous sommes comme elle. Qui a commandité ces « crimes » ? Ne me répondez pas « personne », car ce n’est certainement pas « personne ».

Nous avons affaire à quelque chose (?), ou quelqu’un, dont les pouvoirs sont des plus étranges.

Nous voilà aussi troublés qu’un lecteur qui, après avoir acheté une biographie de Gustave Flaubert, lirait que la vie de l’écrivain a été celle d’un fonctionnaire subalterne. 

Je le dis bien haut ! Ne laissons pas épuiser nos forces ! Nous trouverons le ou les coupables ! Les circonstances mystérieuses de ces crimes seront bientôt éclaircies ! La lumière sera faite !« 

Alexis von Lützelschwab se mit debout et applaudit : « Quelle belle homélie ! Quelle profondeur ! Nul doute, Monsieur Moochagoo est un grand enquêteur ! »

Moi, je trouvais à Monsieur Moochagoo un côté Maire de Champignac *. 

Je repensais au tableau de Poussin, « Les Bergers d’Arcadie ». L’historien d’art Erwin Panofski estimait que les nombreux commentaires sur ce tableau sont comme un « bruit de paroles », qui sert à dissimuler ce qui se cache dans le tableau de Poussin.

 

* Le Maire de Champignac est un personnage de Spirou.

 

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Maire Champignon, par Franquin.

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Meurtres au Louvre – 7

Monsieur Moochagoo avait décidé de nous aérer l’esprit, en allant faire une randonnée en forêt d’Armainvilliers, « pour voir les progrès du printemps et faire le point sur notre enquête. »

Alexis avait une tenue germanique : pantalon knickers et chaussettes hautes, avec des chaussures de marche basses en cuir, impeccablement cirées. Je me réjouissais d’avance de passer dans des chemins boueux.

Au carrefour des Trois Mares, nous nous sommes installés autour d’une table de pique-nique, sur laquelle Monsieur Mocchagoo a déplié une grande feuille blanche. J’ai aussitôt laissé tomber dessus, des chips, des gésiers de canard, du vin rosé, un peu de fromage de chèvre, et du far breton. 

Alexis a dit, « es schmutzig », avec son accent souabe, pour se venger de m’avoir vu rigoler quand il avait dérapé dans la boue.

Monsieur Moochagoo a résumé la situation en traçant des schémas sur la feuille de papier:

« Nous avons trois événements dramatiques : la Victoire de Samothrace percée de flèches, un serpent-Achélöus dont la tête fut fracassée par Hercule qui, semble-t-il s’est animé le temps de son forfait, le garçon tireur d’épine coupé en deux peut-être par une armure, également animée pour un temps.

On ne sait qui a commandité ces actions. Nous n’avons qu’une reproduction de peinture chinoise faisant référence au chaos, comme les paroles du boiteux que nous avons poursuivi, avec un mystérieux, « Signé : Khaos ».

Nous connaissons les moyens utilisés : les flèches, un instrument contondant pour écraser le serpent, et sans doute une faux saturnienne pour couper en deux le tireur d’épine.

Pour le reste, nous ne pouvons rien dire, nous n’étions pas là au moment des faits, sauf pour Hercule à la rigueur, qui fut vaguement aperçu par un agent de surveillance de service cette nuit là

Alexis et moi étions des plus attentifs, attendant la suite des explications de Monsieur Moochagoo. Alexis murmura : « es ist großartig ! »

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Meurtres au Louvre – 6

 

A 6h du matin, Monsieur Moochagoo, au 2e étage de l’aile Richelieu (salle 17), était devant Et in Arcadia ego (deuxième version).

Nous nous tenions derrière lui. Alexis regardait discrètement son téléphone. 

Il réfléchissait sur « Et in Arcadia Ego » qui serait l’anagramme de « I ! Tego arcana Dei » (Va ! je possède le secret de Dieu).

Il nous dit que Poussin aurait eu connaissance de ce secret.

Alexis était enthousiasmé et me dit à voix basse : « Ah, quel talent, quel pouvoir de déduction ! » 

 

La fiche documentaire du Louvre nous dit à propos du tableau : « La signification du sujet est donnée par l’inscription Et in Arcadia ego figurant sur le tombeau : « Même en Arcadie, moi, la Mort, j’existe. » L’Arcadie était, pour les poètes de l’Antiquité, une sorte de paradis terrestre, un séjour de parfaite félicité. »

Monsieur Moochagoo nous avoua qu’il ne croyait pas vraiment aux spéculations ésotériques au sujet de ce tableau, mais, qu’en revanche, la mort présente jusqu’en Arcadie, illustrerait le chaos vs le paradis.

Alexis nous proposa d’aller prendre un petit déjeuner à la cantine du Musée.

Je me demandais toujours si j’avais rencontré Nicolas Poussin en rêve ou en réalité, comme l’affirmait Monsieur Moochagoo.

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Meurtres au Louvre – 5

Vers quatre heures du matin, Monsieur Moochagoo m’a demandé si j’avais hypothéqué mon âme et pour combien. J’avais le plus grand mal à répondre à sa question, parce que mon âme fait en général du surf en Floride.  

Si des lecteurs ont des doutes sur l’existence de l’âme, je leur réponds qu’il devraient se préoccuper de savoir s’ils en ont une. 

De toutes façons, Monsieur Moochagoo n’aurait pas écouté ma réponse. Il a ouvert avec beaucoup de difficulté une porte derrière les vélos rouillés et poussiéreux. Au bruit, Alexis se réveilla et dit d’une voix pâteuse  : « Hein, quoi, comment, où est-on ? »

Derrière la porte, il y avait des lumières tremblotantes. Lorsque nous avons pénétré dans la pièce, nous vîmes deux grands chandeliers avec des bougies et un homme de petite taille, aux cheveux longs, avec une moustache, habillé à la manière du XVIIème siècle.

Il nous dit : « Je vous attendais, bienvenue dans mon atelier de Rome. Regardez, je suis en train d’installer des figurines sur cette planche, pour avoir toutes les perspectives possibles de mon prochain tableau. Pour poursuivre votre petite enquête, vous devriez regarder mon tableau : « Et in Arcadia ego » « 

 

 

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« Et in Arcadia Ego »

Je me réveillais brusquement et dis à Monsieur Moochagoo : « J’ai fait un drôle de rêve. Nous étions chez Nicolas Poussin à Rome, au  XVIIème siècle. »

Il me répondit : « Ce n’était pas un rêve. Venez, et vous aussi Alexis, nous allons examiner ce tableau, « Et in Arcadia Ego ». « 

Alexis soupira : « Il est vraiment trop fort. »

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Meurtres au Louvre – 4

Nous nous sommes tous retrouvés autour de la statue de l’enfant qui retire une épine de son pied. Il était coupé en deux au niveau de la taille comme avec un rasoir. Encore un mystère qui me donnait des courbatures au cerveau. 

Les services du Louvre qui disposaient d’une copie, s’empressèrent de le remplacer en attendant la restauration de l’original. 

Dans la journée, Monsieur Moochagoo assista à une réunion d’urgence avec les agents de surveillance, où rien ne se décida, sauf de garder le secret absolu sur ces événements, dont les tentatives d’explications étaient jugées invraisemblables.

Toute tentative de confidences – avec photos ou films – aux médias  serait sanctionnée par un renvoi immédiat, agrémenté de poursuites judiciaires.

Nous sommes allés dans un petit bureau avec des lits pliants, pour que nous puissions nous reposer, Je m’endormis en me posant des questions : Qui est Khaos ? Que veut-il ? Quel est le sens de la vie ? 

Le nuit suivante nous sommes allés sous les toits, dans une petite salle abandonnée du Musée où avaient été abandonnés de vieux vélos rouillés recouverts de toiles d’araignées.

Cette salle était située au dessus de l’escalier en colimaçon où l’homme qui boitait s’était enfui la nuit précédente.

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« au dessus de l’escalier en colimaçon où l’homme qui boitait s’était enfui la nuit précédente. »

Monsieur Moochagoo voulait vérifier un hypothèse qu’il gardait pour lui. Il avait sous le bras « Salammbô » de Gustave Flaubert, dont il me lut les premières phrases : « C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar. Les soldats qu’il avait commandés en Sicile se donnaient un grand festin pour célébrer le jour anniversaire de la bataille d’Eryx, et comme le maître était absent et qu’ils se trouvaient nombreux, ils mangeaient et ils buvaient en pleine liberté. »

Cette phrase, ajoutée à une obscurité presque complète (à part les faisceaux de nos lampes), me fit dormir (et ronfler) instantanément. Alexis s’était également assoupi en marmonnant des phrases en dialecte souabe.

 

 

Meurtres au Louvre – 3

Vers une heure du matin, nous étions dans l’aile Richelieu, à côté de la grande salle à manger Napoléon III, où se trouve une longue table avec un plafond peint par Eugène Appert.

On nous avait signalé des bruits de pas alors qu’aucun agent de surveillance n’était censé être là.

Alexis von Lützelschwab téléphonait discrètement à sa vieille maman restée à Stuttgart. Il avait un accent allemand très prononcé. Monsieur Moochagoo me dit en souriant : « Die Schwaben können alles außer Hochdeutsch sprechen. » (Les Souabes savent tout faire, sauf parler le haut allemand).

Pour s’occuper, Monsieur Moochagoo lisait « Psephos », un texte de Sergius 1er, patriarche de Constantinople de 610 à 638, sur la controverse du monothélisme byzantin. Cette controverse est bien connue, je n’insisterai pas.

Moi, je me mis à ronfler, car je ne me sentais pas concerné par la double nature du Christ qui, cependant, n’a qu’une seule volonté.

Monsieur Moochagoo me secoua : « Cessez de dormir, écoutez ! »

J’entendis un bruit de pas du genre kouch tong ka tackle – la personne boitait très certainement – et puis un murmure bizarre.

Nous sommes précipités (enfin moi, je mes suis hâté très lentement, on n’est jamais trop prudent), pour voir une silhouette monter un escalier étroit en colimaçon. Nous avons perdu sa trace presque aussitôt.

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Nous sommes redescendus. Un agent de surveillance est arrivé tout essoufflé : « Venez vite on  a coupé en deux la statue du jeune garçon qui se retire une épine du pied. Il y a de nouveau le tableau chinois et un papier, Signé : Khaos.

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Meurtres au Louvre – 2

Winged victory of Samothrace

Il était 11h du soir. Nous étions avec Alexis von Lützelschwab, agent de surveillance, à côté de la Victoire de Samothrace, récemment restaurée. La pénombre donnait à la célèbre statue un air encore plus fantastique.

Alexis nous confia qu’en 2013 des bruits curieux avaient été entendus là où se trouve la Victoire de Samothrace. Vers quatre heures du matin un agent de surveillance s’aperçut que celle-ci était criblée de flèches comme un St Sébastien.

Les flèches étaient fichées profondément dans la pierre sans qu’on pusse savoir comment elles avaient pu y pénétrer. Un terrible meurtre. Voilà pourquoi la statue avait été en réfection jusqu’en 2015. Une vraie raison ignorée du public et des médias.

Près de la statue se trouvait un papier « Signé : Khaos », avec la peinture de Zhu Derum intitulée « Hunlu tu » [Chaos Primordial],

Après le nouveau meurtre du serpent de pierre, le Louvre avait décidé de faire appel à Monsieur Moochagoo en tant qu’expert.

Celui-ci sortit une grand feuille quadrillée de son sac, sur laquelle était imprimé un tableau, et dit : « Je vais m’inspirer d’Aristote dans l’Ethique à Nicomaque, qui, à propos d’une chose faite, imagine une liste  :

1 – Qui l’a fait ?

2 – Qu’est ce qui a été fait ?

3 – A quoi cela a-t-il été fait ?

4 – Avec quoi cela a-t-il été fait ?

5 – En vue de quoi ? 

6 – Comment cela a-t-il été fait ?

Pour chaque meurtre, nous tenterons de répondre aux six questions. »

Alexis me regarda en disant : « Il est fort, hein ? »

En aparté, je puis avouer au lecteur que je n’en étais pas si sûr.

Nous avons commencé une longue nuit de veille en compagnie d’Alexis.

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Peinture de Zhu Derum intitulée « Hunlu tu » [Chaos Primordial].

 

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Meurtres au Louvre – 1

FICTION, sur une idée de de wwwcine.

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En parcourant la forêt d’Armainvilliers, je pensais à la phrase de Pierre Dac : « Il vaut mieux qu’il pleuve aujourd’hui, plutôt qu’un jour où il fait beau », sauf qu’il faisait beau et donc, ça ne collait pas.

Nous avions croisé des dizaines de randonneurs d’un jour qui faisaient un parcours de 42km proposé par le Val de Marne. Je doutais que tout le monde arrive au bout, ou alors, il y avait un truc.

Lorsque nous sommes arrivés au Carrefour du Début, rétrospectivement j’aurais préféré que ce soit le Carrefour de la Fin, car c’est à ce moment-là que Monsieur Moochagoo m’a proposé de l’aider dans une mission délicate et surtout, secrète.

Il avait été contacté par un responsable de la sécurité au Musée du Louvre à titre de consultant indépendant, pour résoudre un meurtre étrange qui ne touchait pas une personne, mais une sculpture.

Il m’a dit que je serais son Watson et là, je fus assez inquiet. Je lui conseillais de ne pas abuser des piqures de cocaïne, mais il me regarda avec un air patient et compréhensif, qui me fit comprendre qu’il ne fallait pas faire de comparaisons holmesiennes.

Le meurtre étrange avait été pris en photo par un agent de surveillance de service cette nuit là, sur son téléphone.

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On distingue sur la photo un Hercule animé, en train de tuer sauvagement Achélöus métamorphosé en serpent.

Le lendemain, le conservateur du Département des Sculptures ne put que constater la « mort » du serpent dont la tête était brisée en mille morceaux. Hercule était de nouveau immobile.

Auprès des morceaux, il y avait une reproduction d’une peinture de 1349, de Zhu Derum intitulée « Hunlu tu » [Chaos Primordial], avec un papier où était imprimé : « Signé : Khaos. »

Notre mission serait top secrète et nous ne pourrions enquêter que la nuit, avec toutes les autorisations nécessaires.

(Messagerie : ekand4460@yahoo.fr).

Un jour il n’y eut plus grand monde – 43

« L’impérieuse exigence de la narration » (Eugène Sue), m’oblige à préciser que Mrs Tiggy-Winckle prit contact avec le vaisseau des araignées, et expliqua leur situation.

L’araignée Mère, patronne du vaisseau, en dépit des affres subies, lui passa un énorme savon.

Le vaisseau géant fut là rapidement et aspira notre petite équipe, y compris la grande araignée, qui commençait à être habituée aux réparations d’urgence.

Parfois la fiction est perçue comme une consolation : lorsque le vaisseau repéra le petit convoi des assaillants, un faisceau laser les réduisit en fines particules.

Le lecteur voudra bien considérer que je n’interviens pas ici comme un « raccommodeur de destinées » *. La nature criminelle des assaillants suffit à justifier leur disparition.

L’araignée Mère fit preuve d’un remarquable sens de l’organisation. Dans le vaisseau de dix km de long, elle fit dégager un espace pour un installer un jardin d’une centaine d’hectares, et aménager une maison. Charlotte fut couchée dans une chambre au décor campagnard.

Geronimo s’était rétabli plus vite que prévu, et ne quittait pas d’une semelle l’araignée Mère, qui correspondait avec lui avec un léger filin flexible qui effleurait sa tête. Geronimo précisa plus tard que l’araignée Mère était « une vraie grande copine, m’boui », mais ne dit rien de plus.

Mrs Tiggy-Winckle profita de ce repos forcé, pour reprendre en main l’éducation de Charlotte, Steve et Lucas, avec un programme serré d’heures de classes. Steve et Lucas firent quelques manières, puis obéirent, menacés par la grande araignée en pleine forme.

Le vaisseau mère reprit ses tours de Terre et poursuivit ses investigations.

Le lecteur me demandera comment sont morts la presque totalité des habitants de la Terre.

Il n’y a pas de réponse. C’est désolant.

Charlotte et ses petits amis ont survécu, car ils étaient immunisés contre un agent mortel

Qui étaient les « fantômes » ? Steve et Lucas dirent qu’ils avaient inventé les « fantômes », et que ce n’est pas leur faute si tout le monde y avait cru. Mrs Tiggy-Winckle reste sceptique ; moi aussi.

Qui sont les « ennemis » ? Ce sont probablement eux qui ont exterminé la population terrestre. Une secte religieuse extrémiste ? Un groupe para-militaire ? Un peu des deux? Nul ne sait.

FIN

* Simenon

(Messagerie : ekand4460@yahoo.fr)

Un jour il n’y eut plus grand monde – 42

Chers lecteurs, rembobinons le film jusqu’au moment où Charlotte va mourir.

Et hop c’est parti ! Là, on regarde la grande araignée qui git immobile après un dernier soubresaut. En fait ses deux cerveaux fonctionnent. Elle a vérifié qu’aucune menace de lance-flammes ne pouvait anéantir les milliers de mini-araignées qu’elle contient.

Elle envoie les mini-araignées pour protéger Charlotte, Geronimo et Mrs Tiggy-Winckle.

Lorsque Charlotte est touchée par une balle, les mini-araignées ont formé un film quasi invisible sur son corps qui amortit la balle en quelques centimètres.

Charlotte est évanouie à cause du choc. Les mini-araignées pénètrent par la plaie, et simulent sa mort en manipulant les fonctions biologiques adéquates.

L’opération se répète pour Geronimo et les assaillants, passablement nerveux en raison de pertes importantes, constatent les deux décès, plaisantent et s’en vont éliminer Steve et Lucas.

Les mini-araignées réparent en quelques minutes Mrs Tiggy-Winckle. Celle-ci, de mauvaise humeur, dit : « Ah, pas trop tôt ! Vous rêvassiez ? »

Les mini-araignées, imperméables à tout sentiment de culpabilité, mettent à l’abri Charlotte et Geronimo avec Mrs Tiggy-Winckle, puis foncent à la poursuite des assaillants qu’elles dépassent, suivant un processus très particulier de transport mutualisé.

Madame Zoom la grande araignée a refusé tous soins.

Les mini-araignées arrivent droit sur Steve et Lucas, qu’elles prennent en main et emmènent dans le désert. Aux coups de feu, elles les font tomber et saigner comme s’ils étaient touchés, puis les « endorment » comme Charlotte et Geronimo.

…….

Chers lecteurs vous pouvez ranger vos boîtes de mouchoirs. Revenons maintenant dans la chambre où Charlotte est dans un lit, avec MrsTiggy-Winckle sur ses pieds.

Il y a une musique d’ambiance, « O solitude, my sweetest choice » d’Henry Purcell*, que n’aime pas particulièrement Charlotte, mais que Mrs Tiggy-Winckle juge utile pour son éducation, si négligée pendant l’année passée.

* https://www.youtube.com/watch?v=RI3jqcZyEW8

Oh 1