Meurtres au Louvre – 43

Lorsque nous sommes arrivés dans notre maison coloniale, le palais du Gouverneur était en flamme et les maigres troupes qui le défendaient, semblaient avoir déserté.

Impossible de remettre sa fille en de bonnes mains. Et la maison coloniale – si nous étions repérés – risquait de devenir rapidement indéfendable. Au plus profond de moi, ça me flanquait la pétoche, comme dit la voisine.

Madame X était là pour nous accueillir. Elle embrassa Nicole-Anne sur les deux joues et lui dit : « Bienvenue chère amie, ces rustres vous ont-ils mis dans l’embarras par leur actes ou leurs propos ? »

J’étais stupéfait. Elles semblaient se connaître !

Nicole-Anne répondit : « Tout fut conforme à vos voeux. Je me suis laissée capturer par les pirates en les prévenant que j’étais la fille du Gouverneur, et qu’ils pourraient obtenir une grosse somme d’argent en négociant avec mon père. Puis je les ai discrètement orienté vers la maison de l’homme en bleu, afin de servir d’arme fatale, au cas où. La présence des pirates me permettait d’approcher l’homme en bleu sans qu’il se douta de quoique ce soit puisque, pour lui, je n’étais qu’une rouée capricieuse. Et je devais récupérer le fusil à linéament quantique avec l’aide de ces messieurs. »

Monsieur Moochagoo me regarda d’un air triomphant : « N’avais-je pas raison de protéger Nicole-Anne ? ». Puis s’adressant à la fille du Gouverneur : « Qu’entendez-vous par arme fatale au cas où ? »

« Arme fatale ? C’est simple : au cas où le fusil à linéament quantique risquait de tomber entre les mains de l’Olonnais, j’aurais actionné une bombe – dans ce petit encrier en céramique – qui aurait tout volatilisé dans un rayon de 20m. »

J’eu une peur rétrospective en y pensant. Un point positif : je n’aurais pas su que j’étais mort. Comme dit ma voisine :  « Finalement, plus de peur que de mal. »

Monsieur Moochagoo était aussi un peu pâle. Quand à l’homme en bleu, il regardait Madame X avec un petit sourire, comme une vieille connaissance qu’on retrouve, après quelques siècles d’absence.

 

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Meurtres au Louvre – 42

Dans une ville envahie par des pirates, avec de nombreux incendies et des destructions de toutes sortes, je commençais à regretter ma voisine lorsqu’elle me racontait ses stages de Poésie Moldave avec un professeur de Singapour.

Nous revenions vers la maison coloniale où Madame X nous avait amené, après que nous nous soyons échappé du Fort San Carlos de la Barra. Il fallait éviter les bandes de pirates, dont la plupart n’étaient plus en état de combattre après de fortes libations.

L’homme en bleu, dans un esprit de conciliation, voulait bien nous rendre le fusil à linéament quantique et nous accompagner, pour rencontrer Madame X.

Il me dit : « C’est pour vous que je viens. Nous nous connaissons depuis si longtemps… » La même phrase à un poil près que Madame X, j’étais estomaqué.

Monsieur Moochagoo, qui guidait les pas de Nicole-Anne, se rapprocha de moi de façon à n’être pas entendu du personnage en bleu.

Il avait des doutes sur le fait que l’homme en bleu me connut. 

Mais il y avait autre chose qui me tourmentait. Comment allions-nous survivre si nous rencontrions un fort groupe de pirates, où si nous étions assiégés dans notre maison coloniale ?

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(Messagerie : ekand4460@yahoo.fr)

Meurtres au Louvre – 41

Monsieur Moochagoo s’employa néanmoins à plaider la cause de Nicole-Anne. Il obtint de lui enlever son bâillon et se fit traiter aussitôt de cuistre fieffé, de maraud, d’infâme coquin, d’insolent, d’impudent, d’âne bâté, de scélérat, de fripon et de gueux.

Ma voisine me dit toujours : « Les gens ne changent pas beaucoup à l’intérieur. »

Malgré les injures Monsieur Moochagoo voulut faire preuve d’encore plus de galanterie, et exigea qu’on libéra la jeune fille de ses liens.

L’homme en bleu accepta, à condition de chapitrer l’odieuse pimbêche. Il lui expliqua qu’il était de vieille noblesse italienne, et qu’il avait connu à Rome durant de longues années, le peintre Nicolas Poussin. Il était en mission secrète pour le Vatican. C’est pour cette raison qu’il n’avait pas présenté ses lettres de créances au Gouverneur, dès son arrivée.

J’aurais bien voulu une bière pour me remettre des inepties débitées par le personnage en bleu, hormis le fait qu’il ait connu Nicolas Poussin.

Je vis que Nicole-Anne était désormais une bombe désamorcée. 

Il allait falloir composer avec le personnage en bleu pour plusieurs raisons :

1 – Il nous avait sauvé la vie et ne pouvions décemment l’intercepter pour le compte de Madame X. Et surtout, ses qualités exceptionnelles de combattant interdisaient qu’on puisse l’appréhender. A la rigueur nous pouvions espérer conserver le fusil quantique.

2 – Qu’allions nous faire de Nicole-Anne ? Serait-elle un beau parti pour Monsieur Moochagoo ? Sophie Chardrakanta supporterait-elle un profond chagrin d’amour?

3 – L’homme en bleu, quand il me regardait, semblait me connaître mieux que moi. Sous son regard, j’avais l’impression d’être transparent

 

 

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Meurtres au Louvre – 41

La fille du Gouverneur, constatant que le verre de vin et le linge imbibé de fleurs d’oranger tardaient à venir, dit à Monsieur Moochagoo : « Apportez-moi un miroir, puisque vous semblez incapable de trouver ce que je vous ai ordonné de m’apporter. Et faites qu’il soit propre, en évitant d’y mettre vos doigts. »

L’homme en bleu et moi, tout en rassemblant les corps des pirates, nous nous amusions de la mine déconfite de Monsieur Moochagoo, parti chercher un miroir dans la maison

Tout en arrangeant sa robe, Nicole-Anne fulminait contre les pirates : « Avec ces canailles, je n’ai jamais respiré une odeur aussi épouvantable. Quel affront! Traiter ainsi la fille du Gouverneur ! Et n’être pas libérée par des personnes de condition ! Quelle infortune ! »

En continuant à sortir les corps des pirates, je dis à Monsieur Moochagoo, qui n’avait trouvé qu’un plateau en argent en guise de miroir : « Si nous la ligotions à nouveau ? Elle pourrait nous servir de monnaie d’échange ? N’oublions pas que son père nous a envoyé en forteresse à cause de notre accoutrement bizarre. »

Il se contenta de répondre en me citant Molière : « À répondre à cela je ne daigne descendre, / Et ce sont sots discours qu’il ne faut pas entendre. »

Mais l’homme en bleu nous avait entendu, et renchérit sur mon offre : « Ce subtil faux-fuyant mérite qu’on le loue ; / Et dans tous les romans où j’ai jeté les yeux, / Je n’ai rien rencontré de plus ingénieux. »

Et lorsque Monsieur Moochagoo se fut fait rabrouer par Nicole-Anne, à cause du plat en argent qui ne ressemblait pas à un miroir décent, nous nous sommes approchés de la pécore, l’homme en bleu et moi, pour la ligoter à nouveau et lui mettre un bâillon.

 

Meurtres au Louvre – 40

Il est assez facile de défendre un couloir étroit menant à une cave, l’homme en bleu nous en fit une étonnante démonstration. Il laissa tomber sa robe de chambre et apparut dans une tenue bleue en cuir, plus pratique pour combattre.

D’un côté une trentaine de pirates éméchés et hurlant, de l’autre l’homme en bleu (nous étions derrière lui, surtout moi). Nous avions récupéré le fusil quantique qu’il fallait protéger à tous prix et qui avait été utilisé d’un façon excessivement imprudente par le personnage en bleu . Celui-ci tenait à la main droite un sabre japonais (récupérée sur un mur), et, à la main gauche, une dague à double tranchant.

Le premier pirate laissa échapper son âme damnée, à travers les trous laissés par dix sept coups d’épée et de dague. Le second pirate fut abattu d’un coup de pistolet à rouet, alors qu’un coup de sabre lui fendait la figure. Son oeil gauche tomba dans la poussière.

L’homme en bleu remit sa dague à la ceinture et se saisit d’un esponton laissé par le premier pirate. Il était d’une rapidité et d’un habileté confondantes. Un de ses coups préféré consistait à trancher le mollet de l’adversaire, puis sa gorge lorsque celui-ci s’écroulait  On n’entendait plus que le grincement de la ferraille et les plaintes des pirates.

Les corps à terre gênaient les pirates qui attaquaient, alors l’homme en bleu reculait au fur et à mesure, en profitant de leurs hésitations.

Il mit hors d’état de nuire une vingtaine pirates. Le dernier fut frappé à la tempe avec le pommeau du pistolet et digéra sans peine la lame de l’épée japonaise.

Les pirates finirent par s’enfuir, les plus courageux ayant été occis. En remontant dans la cour nous eûmes une surprise de taille. Les pirates avaient abandonné une dame de la haute société. Elle avait les mains ligotées et un bandeau sur les yeux.

Le sang de Monsieur Moochagoo ne fit qu’un tour, il s’élança pour défaire les liens et lui ôter le bandeau. Il dit, en faisant un grand geste avec son chapeau et en s’inclinant légèrement : « Madame, j’ai l’honneur d’être, avec le plus profond respect, votre très humble et dévoué serviteur. Vous serez défendue quoiqu’il arrive. »

Je me demande parfois s’il n’en fait pas un peu trop..

La dame, qui ne devait pas avoir plus de dix-huit ans, se mit à genoux et remercia les saints et les anges de l’avoir sauvée. Puis, Monsieur Moochagoo l’ayant aidée à se relever, réclama, avec un air d’autorité, un vin léger et, pour son visage, un tissu imbibé de fleur d’oranger.

En aparté, l’homme en bleu dit à Monsieur Moochagoo : « J’informe l’humble et dévoué serviteur que c’est Nicole-Anne, la fille du Gouverneur, qu’il a eu d’une épouse française morte en couches ; la pire peste de Maracaïbo. »

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Meurtres au Louvre – 39

La situation n’était pas à notre avantage, c’est le moins qu’on puisse dire.

Monsieur Moochagoo m’a fait remarquer que je claquais de nouveau des dents, alors que la température ambiante était au dessus de 35°C.

Je lui répondis que j’allais tenter de retrouver mon calme au Bureau des Objets Trouvés de Maracaibo.

Je rétorquais que je me sentais comme Bugs Bunny, coincé par le fusil du chasseur Elmer Fudd.

L’homme en bleu commençait à s’impatienter : « C’est pas fini les deux Laurel et Hardy? Je sais que vous venez de la part de cette charmante Madame X qui n’a pas supporté mes facéties au Louvre en 2015. La pauvre, elle a ses nerfs. »

J’aurais pu dire : « Nous allons attendre à l’extérieur« , mais, hélas, nous étions déjà à l’extérieur.

Nous fûmes sauvés par le gong, enfin presque. Une trentaines de pirates arrivèrent dans la cour, très imbibés de rhum. Ils virent immédiatement que trois des leurs avaient été abattus.

Comme dit ma voisine, l’union fait la force ! Le personnage en bleu abaissa son fusil et nous dit : « Nous règlerons nos comptes plus tard ! Ces gars là sont féroces et absolument incontrôlables. Suivez-moi ! »

Nous avons couru vers la maison et – une fois dedans – nous sommes précipités dans une cave voutée, après avoir fermé la porte d’entrée derrière nous.

Nous entendîmes des coups sourds, puis les hurlements des pirates quand ils défoncèrent la porte.

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Meurtres au Louvre – 38

Une nouvelle bordée fut tirée par les pirates ; un boulet, passa au-dessus de nos têtes, et vint s’écraser non loin de la cour où nous nous trouvions.

Je me dis pendant un instant que les pirates, dans le désordre de leurs bombardements, allaient toucher certains des leurs. 

Puis je pensais que la personne qui avait tiré avec un fusil à linéament quantique LNQ72, ces trois balles possibles qui s’étaient matérialisées en sortant du mur de la maison, avait réussi un tir groupé quasiment impossible. 

Celui qui avait effectué ce tir gagnant était un tireur d’élite. J’avais l’intuition que c’était l’homme en bleu que nous devions appréhender – en toute discrétion – pour Madame X.

L’affaire se présentait mal. Notre homme en bleu possédait une arme de 2057, qui risquait de créer un sérieux paradoxe temporel si les pirates s’en emparaient.

Nous avons décidé de nous approcher de la maison en ne prenant aucun risque. J’espérais que nos sous-combinaisons en treillage nous protègeraient, au cas où le personnage en bleu tirerait à travers un mur. 

Il n’a pas tiré, mais il a surgit sans un bruit derrière nous, nous menaçant avec le fusil quantique. Il était vêtu d’une grande robe de chambre bleue, façon Bourgeois Gentilhomme, avec un bonnet bleu à liseré d’or. 

Son visage avait quelque chose d’incroyablement vieux et rusé

 

(Messagerie : ekand4460@yahoo.fr)