Meurtres au Louvre – 41

La fille du Gouverneur, constatant que le verre de vin et le linge imbibé de fleurs d’oranger tardaient à venir, dit à Monsieur Moochagoo : « Apportez-moi un miroir, puisque vous semblez incapable de trouver ce que je vous ai ordonné de m’apporter. Et faites qu’il soit propre, en évitant d’y mettre vos doigts. »

L’homme en bleu et moi, tout en rassemblant les corps des pirates, nous nous amusions de la mine déconfite de Monsieur Moochagoo, parti chercher un miroir dans la maison

Tout en arrangeant sa robe, Nicole-Anne fulminait contre les pirates : « Avec ces canailles, je n’ai jamais respiré une odeur aussi épouvantable. Quel affront! Traiter ainsi la fille du Gouverneur ! Et n’être pas libérée par des personnes de condition ! Quelle infortune ! »

En continuant à sortir les corps des pirates, je dis à Monsieur Moochagoo, qui n’avait trouvé qu’un plateau en argent en guise de miroir : « Si nous la ligotions à nouveau ? Elle pourrait nous servir de monnaie d’échange ? N’oublions pas que son père nous a envoyé en forteresse à cause de notre accoutrement bizarre. »

Il se contenta de répondre en me citant Molière : « À répondre à cela je ne daigne descendre, / Et ce sont sots discours qu’il ne faut pas entendre. »

Mais l’homme en bleu nous avait entendu, et renchérit sur mon offre : « Ce subtil faux-fuyant mérite qu’on le loue ; / Et dans tous les romans où j’ai jeté les yeux, / Je n’ai rien rencontré de plus ingénieux. »

Et lorsque Monsieur Moochagoo se fut fait rabrouer par Nicole-Anne, à cause du plat en argent qui ne ressemblait pas à un miroir décent, nous nous sommes approchés de la pécore, l’homme en bleu et moi, pour la ligoter à nouveau et lui mettre un bâillon.

 

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7 réflexions au sujet de « Meurtres au Louvre – 41 »

  1. Une Précieuse demandant un « conseiller des grâces » et récoltant un plateau d’argent, ce n’est pas si mal en ces temps troublés…

    • On se mettait de la poudre pour se protéger complètement du soleil. Seuls les paysans étaient hâlés (en gros la majorité du pays, à l’époque).
      Wikipedia : « Le visage était recouvert de blanc. On pensait que les produits blancs donnaient une peau blanche. Le blanc évoquait la virginité et donnait l’illusion d’un visage pur, exempt de toute tache, de toute cicatrice, et dissimulait les rougeurs, les couperoses et les dermatoses provoquées par la nourriture très épicée et par les vins capiteux. La blancheur du teint était également un signe d’oisiveté et donc de richesse. »
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Us_et_coutumes_à_la_cour_de_Versailles

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