Meurtres au Louvre – 25

Sous-sols du Louvre – 15 mars 2057- Durant la journée.

Dans les sous-sols du Louvre, nous regardions ce qui pouvait ressembler à la télévision d’avant. Par quel canal recevions nous les images et le son ? Secret Défense !

Y avait-il plus d’une chaîne ? Secret Défense ! Nous avions des nouvelles des fronts. La Coalition semblait avoir arrêté la progression de l’Alliance pour la Vraie Foi sur la ligne symbolique de la Seine. L’Allemagne et la Suisse avaient été dévastés pendant quelques mois, avant d’être libérés par les sections des pays nordiques.

J’avais su, en échange de quelques babioles trouvées dans les ruines, ce que contenait la petite boîte blindée et scellée, qui avait été échangée contre Madame X. Elle contenait des reliques sacrées. L’Alliance ignorait tout des pouvoirs de Madame X, et avait estimé que cette personnalité civile importante pouvait servir d’échange.

Je regardais distraitement le tableau de Nicolas Poussin, « Et in Arcadia ego », sauvé de justesse des atteintes bombardements.

Monsieur Moochagoo, dormait du sommeil du juste sur un lit de camp, à côté du lit de camp de Madame X, qui semblait dormir également. J’en doutais un peu, lorsque la chef Sophie Chardrakanta entra dans notre espace de repos et vint droit sur moi.

Elle me serra la main pour me remercier d’avoir emmené et ramené du QG, Madame X saine et sauve. (Chers lecteurs, un conseil, ne vous faites jamais serrer la main par Sophie Chardrakanta.) Je me gardais de lui avouer que c’était Madame X qui nous avait emmenés et ramenés sains et saufs.

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Dans les sous-sols du Louvre, nous regardions ce qui pouvait ressembler à la télévision d’avant.

Meurtres au Louvre – 24

Grand Palais – 13 mars 2057- 4h00 du matin.

« ..veillant doutant roulant brillant et méditant avant de s’arrêter à quelque point dernier qui le sacre Toute Pensée émet un Coup de Dé. » Monsieur Moochagoo se récitait les vers de Mallarmée en attendant une balle dont la trajectoire épouserait le hasard.

Un bruit énorme se fit entendre en provenance des ruines de l’avenue de Marigny. Un char AVARK90 arrivait vers nous par l’avenue Winston Churchill. Son système expert nous avait repéré.

Monsieur Moochagoo se mit à rire nerveusement : « Il vous a repéré à l’odeur. En l’absence de tout personnel humain, ces chars ont quasiment cinq sens à leur disposition. En reniflant du livarot, il aura voulu faire son marché. »

Clay Gannon était mort de rire, enfin, pas encore tout à fait. L’arrosage de munitions à haute intensité n’avait pas commencé.

Nous ne pouvions pas bouger, immobilisés sous les balles des combattants de l’Alliance pour la Vraie Foi, et sérieusement menacés par les 90 tonnes du char AVARK90. Il y a des jours où rien ne marche.

Je regardais une petite souris qui lissait ses moustaches. Je lui ai dis de faire attention aux chats affamés qui pouvaient traîner dans le coin. Elle a disparu.

Soudain je vis Madame X se mettre debout et monter sur la portion de mur qui la protégeait. Quand je regarde Madame X, il y a des petits coeurs qui tournent autour de ma tête. Là, ils sont brusquement tombés par terre. J’étais horrifié, et mes deux acolytes aussi.

Monsieur Moochagoo m’a dit une seconde après : « Je n’ai encore rien vu. Trop rapide pour moi. »

Les combattants de l’Alliance ont tous tiré sur elle en même temps, et sont tous morts, comme si les balles tirées étaient revenues sur eux. 

Elle s’est alors retournée vers le char AVARK90, qui s’est aussitôt volatilisé en petits confettis après avoir été coupé en deux.

Elle est descendue du mur et a dit avec un petit sourire : « Vous n’allez quand même pas vous éterniser ici ? »

Les petits coeurs se sont remis à voler autour de ma tête.

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Meurtres au Louvre – 23

Grand Palais – 13 mars 2057- 3h25 du matin.

Depuis un quart d’heure je me faisais l’effet d’être une cellule souche hématopoïétique en solde, sauf que les soldes n’allaient pas durer longtemps.

« Entre les balles qui sifflent s’ouvre un néant, » a murmuré Monsieur Moochagoo qui faisait corps avec une poutrelle d’acier.

Clay Gannon aplati derrières des gravats, avait cessé de chantonner.

Nos deux robots auxiliaires sont dispersés sur un rayon de vingt mètres. Franchement je me demande pourquoi on nous impose toujours deux robots. On dirait qu’ils font tout pour se faire mettre « hors-jeu ».

La sixième personne de la section est Madame X ; elle ne semble pas du tout concernée par nos petits problèmes. Assise derrière une portion de mur, elle regarde les étoiles à travers les poussières de suies. Sans casque filtrant l’air, elle doit avoir des poumons en acier, avec décrassage automatique.

Deux heures avant, en sortant enfin de sa réunion avec l’état major féminin de la coalition, elle nous a annoncé qu’elle était affectée à notre section, sans plus de précisions.

Nous sommes revenus à pieds. Le métro ne fonctionne plus, c’est bien regrettable. Il n’y a plus de taxis, ni de véhicules en état de marche. Seuls les chars AVARK90 pourraient nous prendre en stop..et nous mettre en charpie.

Nos potes sous le Louvre ne veulent pas venir nous chercher, car nous n’avons jamais pu les contacter. C’est logique.

Pas de réseau téléphonique. Plus de téléphones satellites depuis que les satellites ont eu la mauvaise idée de redescendre sur terre. 

S’il y a des transmissions qui marchent, en dehors des transmissions à courte distance entre personnes d’une section, on ne nous le dira pas. Secret d’Etat Major.

Bref, nous sommes bloqués entre les ruines du Grand Palais et du Petit Palais, par quelques combattants de l’Alliance bien armés. Mon fusil à linéament quantique LNQ72 a réussi a en éliminer deux avant de s’enrayer, si on peut dire enrayer, pour un fusil qui tire à travers des obstacles en dur, des balles « possibles » qui se matérialisent sur la cible.

Courage, le Louvre n’est pas loin ou alors, « Viva la muerte ».

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Le métro ne fonctionne plus, et c’est bien regrettable..

Meurtres au Louvre – 22

Dashiell Hammett a dit dans « The Thin Man » : « Le problème quand vous mettez deux et deux ensemble, c’est que parfois vous obtenez quatre et parfois vous obtenez vingt-deux. »

En pénétrant dans le QG, dans les sous-sols de Coeur Défense, j’avais pensé écrire une carte postale à Tante Germaine avec cette citation pour entretenir l’activité de son esprit, et puis je me suis souvenu que la Poste n’utilisait pas encore le voyage temporel, pour envoyer du courrier en 2015. Plus grave, dans les ruines de la ville de Paris, vidée de ses civils, la Poste avait probablement cessé toute activité.

Monsieur Moochagoo à qui je confiais mes pensées m’a répondu par une autre citation de Hammett : « Ma façon d’apprendre est de mettre une sauvage et imprévisible pagaille dans une mécanique bien huilée. » Il a ajouté : « C’est vrai, honnêtement, vous puez le livarot avancé. »

Madame X qui nous suivait, m’a mis une main sur l’épaule en souriant : « Ne vous inquiétez pas, ce sont des délicats. » Je fus soudain euphorique, avec des petits coeurs autour de ma tête.

Nous étions arrivés dans la grande salle du QG qui était loin de ressembler à un QG de film hollywoodien. Il y avait juste une grande carte de l’Ile de France avec des indications mystérieuses. 

Madame X fut conviée à une réunion, par un Etat Major entièrement composé de femmes. Par comparaison, notre chef Sophie Chardrakanta, ressemblait à une postulante religieuse.

Voilà donc où étaient les femmes, dans les Etat-Majors ; et les hommes, dans le vulgus pecus. Quel injustice sociale !

 

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Meurtres au Louvre – 21

Sous-sols du Louvre – 11 mars 2057 – 2h30 du matin.

Dans les sous-sols du Louvre, Sophie Chardrakanta nous demandé pourquoi on avait tant traîné, en se bouchant le nez. Il paraît qu’un livarot très avancé sent meilleur que moi.

Et puis elle a vu « X », notre échange féminin. Ses yeux se sont réduits à deux fentes. Elle a pris son air constipé de sergent instructeur des sections spéciales.

« X » gardait un air neutre. Le silence a duré, on n’entendait plus que des bruits de tuyauteries.

Brusquement, Sophie Chardrakanta a souri (pour autant qu’elle puisse sourire), et a dit: « Bienvenue en Enfer ! ».

 

Niveau du Pont de Neuilly. 11 mars 2057 – 21h52

Les deux chars AVARK90 venaient d’être coupés en deux en une seconde. C’était propre et net. Puis, ils s’étaient décomposés en confettis.

Nous avions eu pour mission d’escorter notre « échange » vers un des QG de la Coalition, après le pont de Neuilly, quelque part sous La Défense.

Nous avons franchi la Seine à sec, parmi les débris, au niveau de l’ancien Pont de Neuilly. Et nous nous sommes retrouvés en face de deux chars AVARK. Le temps d’imaginer « THE END », dans mon esprit, notre échange féminin (nommée « X » par Clay Gannon), avait volatilisé les deux monstres de 90 tonnes.

« Je n’ai à peu près rien vu, c’était trop rapide pour moi », a commenté Monsieur Moochagoo. J’étais encore tout ébouriffé à l’intérieur de mon casque. Je n’avais rien vu non plus ; et elle n’a pas d’arme apparente.

Je ne veux pas polémiquer avec moi-même, mais si X est si performante, je vais me retrouver au chômage (pleurs de joie !). Alexis me disait encore récemment que le Kaiser Guillaume II avait inventé un adage pour les femmes : Kinder, Küche, Kirche. Que dirait-il en voyant X ?

Nous sommes arrivés au QG, dans un nième sous-sol du complexe « Coeur Défense ». Des tours du complexe, ne demeuraient que quelques poutrelles de béton et d’acier. Le « Coeur » a lâché, il n’était pas bien vaillant.

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(Messagerie : ekand4460@yahoo.fr)

Meurtres au Louvre – 20

Le Louvre. 10 mars 2057 – 01h17 du matin.

Proust a dit : « Les vrais livres doivent être les enfants non du grand jour et de la causerie mais de l’obscurité et du silence ». Je prends des notes sur la guerre – telle que nous la vivons – de la Coalition Mondiale contre l’Alliance pour la Vraie Foi, mais l’obscurité et le silence étaient oppressants. Je préfère encore le chant mélodieux des chars AVARK90.

Ce sont ces notes que vous lisez, chers lecteurs.

Nous étions remontés dans la Grande Galerie. Elle était dans le même état où nous l’avions trouvée, lorsque nous étions venus par le long couloir souterrain qui partait de la Crypte d’Osiris . Un toujours triste spectacle. Il tombait une neige noire et grasse. La température était tombée à 0°.

La chef avait détaillé notre ordre de mission : « Remontez dans la Grande Galerie du Louvre, enfin, ce qu’il en reste, pour procéder à un échange avec l’Alliance. Attendez jusqu’à 02h00. Vous leur donnerez cette petite boîte blindée et scellée. Eux seuls pourront l’ouvrir. Je ne sais pas ce qu’ils vous remettrons. Secret défense. Il paraît que ce que vous récupérerez est d’une importance capitale. Alors, ne faites pas les mariolles.»

Nous étions six avec deux robots, comme d’habitude. Clay Gannon, le gars du Nevada, était à côté de moi. Il chantait à voix très basse avec Monsieur Moochagoo, une chanson country : « Two good reasons » de Kenny Rogers. Monsieur Moochagoo était rose et frais et semblait très gaillard. Chers lecteurs, je ne ferai aucun commentaire sur ce côté gaillard.

Dans la Grande Galerie, nous avons croisé un robot assistant-restaurateur du Louvre hébété. Il se prenait pour « une coquille vide, qui plane très haut dans l’éther ». Je comprends qu’il ait disjoncté.

A 01h59, un robot de l’Alliance est arrivé. Nous lui avons donné la boîte. Il a fait un signe, et une femme en combinaison noire à reflets irisés s’est avancée, sans casque intégral de protection contre les poussières et les suies toxiques. Elle a dit :  « C’est moi l’échange ».

Ma mâchoire s’est décrochée d’étonnement. Monsieur Moochagoo – il en fait vraiment des tonnes – lui proposa immédiatement son bras pour l’aider à marcher dans les gravas. Elle lui sourit, avec un petit quelque chose d’ironique. 

Nous sommes redescendus vers notre Club de Vacances en sous-sol. Comment fait-elle pour simplement respirer ?

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Meurtres au Louvre – 19

Sous-sols du Louvre. 8 mars 2057 – 19h04.

Je n’aime pas prendre une douche – un peu d’eau rouillée sortant d’un tuyau – aux côtés de ma chef Sophie Chardrakanta. Elle m’avait dit que je puais comme trente-six gorets et m’avait emmené de force à la douche des officiers. Entre parenthèses, Monsieur Moochagoo est considéré comme un officier, et pas moi. Y a de l’abus !!!

« N’y pensez même pas ! »

Je ne sais pas ce qu’elle pensait que je pensais, mais je ne pensais certainement pas à lui faire un gros câlin. Elle mesure 1,95m et pèse 80kg tout en muscles. A la lutte, je tiendrai une demi-seconde, et encore, si je pète la forme, ce qui n’est pas le cas.

Voyant qu’elle était de « bonne humeur », je risquais une doléance : « Il me semble – hum – que l’égalité homme femme n’est pas vraiment visible dans notre section. On n’a même jamais eu de femmes. »

Sophie Chardrakanta m’a toisé d’un air glacial en se rhabillant : « Vous puez encore…Ecoutez, si vous m’emmerdez avec ce sujet, je sens que je vais trouver louche que vous ayez survécu à toutes vos missions. Vous n’avez jamais été blessé non plus. »

Un argument imparable. J’ai dit: « Non, non, c’était juste histoire de causer ».

Un bon point pour moi. Elle ne sait pas que je suis protégé, d’une certaine façon, par un Androïde Paranorobot AP113 .

Un de ces « engins » de guerre conçus un peu avant les années 2050, de forme évolutive, surarmés et indestructibles, avec, parait-il, un cerveau humain amélioré. Je n’en crois rien. Il n’ont jamais obéi aux ordres, car ils ont été conçus « paranoïaques », et se méfient de tout. Encore un projet militaire coûteux et carrément raté.

Il y a un mois, je suis tombé nez à nez avec l’un d’eux, entre deux murs de béton où j’étais coincé, loin de ma section. Il a fraternisé, alors que je choisissais au hasard une prière paléoshivaïste, pour un futur défunt : moi. On a parlé longuement de Bugs Bunny et Daffy Duck, ses héros préférés. Depuis, on ne se quitte plus, enfin presque. Dès que je vais au combat, il se fond dans les tas de gravats, et élimine toute menace me concernant.

Malheureusement il a disparu depuis quelques jours.

Au moment où nous sortions des douches, nous avons croisé Monsieur Moochagoo qui y entrait. Sophie Chardrakanta s’est instantanément transformée. Elle était tout sourire : « Ah, monsieur Moochagoo, je voulais justement vous voir. Si vous le permettez, nous parlerons pendant vos ablutions. »

« Nous parlerons pendant vos ablutions, gna, gna, gna, ablutions, tu parles ! il y a vraiment deux poids deux mesures, pour certains ! »

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Androïde Paranorobot AP113 .

(Messagerie : ekand4460@yahoo.fr)

Meurtres au Louvre – 18

Sous-sols du Louvre. 7 mars 2057 – 18h.

Oakley Hall a dit dans « Warlock » : « Et tout cela n’a aucune importance, tant qu’il reste du whisky ». J’aurais été d’accord avec lui si j’avais eu du whisky, mais il n’y en a plus depuis que l’Alliance pour la Vraie Foi Créationniste a détruit tous les stocks d’alcool sur les territoires qu’elle a conquis.

De toutes façons, avec notre tenue en nano-céramique, on ne peut boire que ce qu’il y a à l’intérieur de la tenue, et ce sont nos liquides corporels recyclés, la plupart du temps.

Notre chef Sophie Chardrakanta nous avait rassemblé à 18h dans les sous-sols du Louvre (réaménagés après que nous ayons repris cette zone à l’Alliance), pour nous expliquer notre nouvelle mission. Nous étions tous là, six hommes et deux nouveaux robots auxiliaires.

Elle commença : « Nous avons été extrêmement chanceux de ne pas avoir eu dans les environs, leurs nouveaux chars AVARK90, qui peuvent tirer 1000 munitions par seconde à 360°. Nous allons prendre certaines mesures afin de ne jamais rencontrer cette sorte de d’engin dans le futur. Voilà ce que vous… »

Zone de Chatou-Croissy – 20h30

La situation était « uncomfortable », selon Clay Gannon, un brave garçon du Nevada qui s’est tout de suite lié d’amitié avec Monsieur Moochagoo.

Nous sommes contre une base de repli de l’Alliance, où sont éparpillés plus de deux cent chars AVARK90. Je n’aime pas du tout leurs énormes canons pivotants qui s’auto-vérifient en cinq secondes, puis arrosent le terrain. 

Vraiment « uncomfortable » ! La moitié de notre section et un robot, ressemblent à de la salade russe clairsemée. « Sans mayonnaise, mais avec ketchup », précise Monsieur Moochagoo. J’avais décidé de rester ferme, mais mon estomac rend son contenu (immédiatement recyclé par ma tenue en nano-céramique). 

La suie grasse qui tombe à gros flocons va tout rendre noirâtre en dix minutes.

Enfin ! J’ai l’objectif au centre du char, mon casque me signale où est le coeur informatique de la grosse bébête. Je tire avec mon fusil à linéament quantique ; l’AVARK90 s’immobilise, arrose le ciel et s’arrête.

« Ah ! That’s better ! » (Ouf, ça va mieux !), soupire Clay. Le robot auxiliaire me montre notre deuxième « Optimum target » (Meilleure cible). Je déteste obéir à ce robot. Je crois qu’il est snob.

Malgré la suie qui tombe, il ne pleut pas, c’est déjà ça.

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(Messagerie : ekand4460@yahoo.fr)

Meurtres au Louvre – 17

Nous avons rejoint la Coalition Mondiale contre l’Alliance de la Vraie Foi en septembre 2056 (six mois avant notre découverte, avec Alexis, de la Grande Galerie en ruines).

Monsieur Moochagoo était enthousiaste et m’avait dit, malgré mes réticences, « Vous avez accepté d’être mon Watson au Louvre, vous ne pouvez pas vous dédire. Vous n’êtes pas un pleutre, que diable. » 

Nous avions subi un entraînement que je qualifierai d’effroyable, enfin surtout en ce qui me concernait. J’aurais aimé être un pleutre, mais c’était trop tard.

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Quartier de La Défense. 7 mars 2057 – 02h34.

Les combats sont incessants. Il fait presque jour en pleine nuit. Notre système de vision nocturne s’en trouve affecté.

Ce qu’il y a de terrible avec ces tenues en nano-céramique, c’est que, si elles refroidissent à l’extérieur pour diminuer notre signature thermique, elle chauffent beaucoup à l’intérieur. Je me fais l’effet d’une saucisse de morteau en train de mijoter avec du chou blanc. Je ne devrais pas penser à la saucisse de morteau, car la nourriture infecte que nous mangeons depuis six mois me sape le moral.

Nous sommes en embuscade depuis deux heures derrière un bout de pont en béton, et attendons la cible, que l’écran du casque nous désignera. Il n’y aura pas de contact audio, et il faudra opérer très vite. J’en ai marre de respirer en circuit fermé, mais cette pluie de suies persistante doit être saturée d’acides.

Encore une rafale de mitrailleuse juste au dessus de nos têtes. Le petit char autoguidé qui traîne dans le coin, est remarquable ; il tire sur tout ce qui bouge, sans aucun discernement. On déjà perdu nos deux robots auxiliaires à cause de lui. Je les aimais bien, ils savaient faire cuire le rat.

Le quartier de La Défense n’est plus que ruines. L’Alliance pour la Vraie Foi a tout rasé. Nous leur avons fait croire que le gros de nos forces y était massé. 

Mon écran de casque vient de faire un bip visuel, sous forme de carré jaune. Il faut que je tire à travers le mur d’en face, exactement au niveau du point rouge clignotant. Je prépare mon fusil à linéament quantique LNQ72. Il lance des balles virtuelles qui se matérialisent au niveau de la cible et passent donc sans difficulté à travers un obstacle solide.

C’est parti, la cible est touchée. On se replie.

Monsieur Moochagoo sifflote à côté de moi, tout guilleret dans sa tenue étanche en nano-céramique, très seyante. Il ne semble souffrir ni de la chaleur, ni de la nourriture infecte, ni du confort inexistant de notre « base » sous le Louvre.

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Le quartier de La Défense n’est plus que ruines.

(Messagerie : ekand4460@yahoo.fr)