Diabolus in musica

Randonnée en Forêt de Dourdan. Dimanche 28 juin 2015. 20km.

Nous marchions sur le même chemin que deux cents coureurs qui faisaient un circuit en Forêt de Dourdan.

Monsieur Moochagoo me parlait de Nabokov qui pensait qu’ « on ne peut pas lire un livre, on peut seulement le relire. » Car quand on lit un livre pour la première fois le processus de lecture (le mouvement des yeux, l’effort de compréhension), ne nous permet pas de tout apprécier.

Nous fûmes dépassés par un groupe de coureurs avec un dossard, « Bourse de Paris ».

Je lui dis qu’une lectrice – par contraste avec la Musique des Sphères – m’avait indiqué l’existence du « diabolus in musica. » Un intervalle musical produit par trois tons (« triton », par référence la Sainte Trinité), crée un interval désagréable pour l’auditeur. Il fut interdit pour la musique religieuse. *

Les deux derniers coureurs – qui étaient des coureuses – nous dépassèrent lentement et s’exclamèrent à la vue d’un petit panneau : « Ah, seulement trois kilomètres, ah là là ! »

Je regrettais de n’avoir pas été au courant du diabolus in musica ; cela aurait probablement troublé ma voisine.

Nous avons recroisé les deux coureuses qui avaient suivi le parcours imposé, pendant que nous allions tout droit. Elles nous ont souri. Elles étaient toujours dernières. J’admirais leur régularité et l’habileté de leur stratégie que j’eusse volontiers adopté si j’avais participé à la course.

Monsieur Moochagoo m’a reproché un soi-disant intérêt pour la stratégie, qui masquait mal une tendance au moindre effort dans le domaine du sport.

Nous avons déjeuné à notre endroit habituel, puis tenté un nouveau parcours en nous trompant de chemin. Celui que nous avions pris, a petit à petit disparu dans les broussailles, et il nous a fallu couper à travers bois pour retrouver un chemin décent.

La journée fut chaude mais supportable.

* Explication complémentaire de la lectrice : « diabolus in musica »: il n’y a des tons et demi-tons (dans la musique occidentale tempérée du moins, à partir de Bach). L’intervalle do-fa# est une quarte « augmentée » à cause du dièse et a un effet déstabilisant car l’oreille attend que le fa# se résolve (se pose) sur le sol (la note, pas la terre); une note dièse ne peut rester seule ainsi en suspens car ce que l’on entend est contraire aux lois de l’harmonie auxquelles nous sommes habitués en Occident; et est contraire à l’harmonie, pour l’Eglise (et Platon?), c’est le Diable… d’où le nom. Dans la musique descriptive, l’intervalle de quarte augmentée – diabolus – représentait le mal, les enfers, etc. Evidemment, avec la musique dodécaphonique (où tous les demi-tons sont considérés comme égaux, sans notion de tonique – note la plus importante de la gamme ni dominante – seconde note la plus importante), le diabolus n’existe plus… ni le diable?

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Course dans la Forêt de Dourdan.

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« Blob », assez rare dans une forêt.

(Messagerie : ekand4460@yahoo.fr)

Chakras

Ma voisine regrettait de ne pouvoir faire de la randonnée avec nous, son genoux droit ne lui aurait pas permis de faire plus que quelques kilomètres.

Grâce à la randonnée, elle aurait voulu aérer ses chakras. Je lui conseillais de mettre ses chakras devant un ventilateur, de façon à palier l’impossibilité de faire une longue randonnée. 

Elle a respiré profondément pour se « réduire à un point » et garder son calme. Je n’avais rien compris aux chakras ; elle me ferait lire l’article de la revue féminine qui en parlait.

Je lui proposais alors de s’intéresser à la Musique des Sphères. Elle m’a répondu: « Ah oui, les musiques New Age ! ». Je lui ai dit : « Non, c’est une théorie développée par Pythagore. » Elle ne connaissait pas ce groupe de Rock. 

Je lui parlais du Guide du pèlerin de Saint-Jacques-de-Compostelle (Codex Calixtinus, livre V, chap. 9), qui conseille de regarder de belles proportions, car elles sont agréables aux sens et apaisent l’âme : « [La Cathédrale de St Jacques est] admirablement construite, grande, spacieuse, claire, de dimensions harmonieuses, bien proportionnée en longueur, largeur, hauteur […], celui qui parcours les partie hautes, s’il est monté triste, s’en va heureux et consolé, après avoir contemplé la beauté parfaite de cette église. » 

C’était parfait pour ses chakras ! Une expérience spirituelle ! Malheureusement elle ne pourrait faire le pèlerinage à pieds et serait obligée d’y aller en avion. Elle s’insurgea :  « Ah non, ça ne compte pas, il faut tout faire à pieds ! »

Elle me dit que, finalement, elle allait demander conseil à son coach de chakras. J’ignorais qu’il existât des coach de chakras. Le dernier chaman que j’avais rencontré était un moldave de singapour, et s’occupait de l’âme oubliée des légumes. 

Je lui souhaitais bonne chance.

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A l’écoute de la Musique des Sphères.

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La randonnée idéale

Randonnée de Dourdan à Etampes – Dimanche 21 juin 2015 – 22km.

Nous venions de dépasser deux promeneurs qui se croisaient sur le chemin de l’Abbaye de l’Ouÿe. L’un promenait un gros chat en laisse et l’autre un grand chien. Brusquement le gros chat a voulu se jeter sur le chien qui fit un écart. Dieu merci le gros chat fut retenu par sa laisse, puis sermonné pour cet écart de conduite.

De nos jours les chats se croient tout permis. Ma voisine me racontait que son chat, il y a quelques années, avait fait pipi sur le hamster. J’avais voulu lui répondre : « Ah là là, s’il avait fait pipi sur le poisson rouge !! », mais je me suis rappelé qu’elle n’avait pas de poisson rouge.

Ces considérations mises à part, je reprochais à Monsieur Moochagoo de ne pas m’avoir souhaité mon anniversaire le premier juin. Il me fit remarquer que le premier juin nous étions à Maracaibo en 1667, cerné par les pirates et que, dans ces circonstances, il avait oublié. C’était une réponse logique.

Les seuls animaux rencontrés après le chat, furent des chevaux (avec leurs cavaliers), un renard, des lièvres et la petite faune habituelle, dont des mouches vertes sociables. Je n’était pas « Aimé de sa concierge » (Eugène Chavette) *, mais « Aimé de ses mouches vertes ». 

Monsieur Moochagoo, dans une longue ligne droite à travers champs, réfléchissait à : « Qu’est-ce qu’une randonnée ? », présupposant que ce sont les randonneurs qui font les randonnées, que la randonnée idéale se trouve sous forme parfaite, dans l’esprit de celui qui l’a entrevue, et que la randonnée parcourue est la moins imparfaite des randonnées possibles.

Mon moi chargé de comprendre ce qu’on me dit, qui se trouve juste sous la surface de mon esprit, a refusé de monter à la surface, pour m’expliquer les affirmations de Monsieur Moochagoo.

Monsieur Moochagoo avait aperçu un endroit pour déjeuner.

Durant le reste de la randonnée, Monsieur Moochagoo m’entretint de la plume d’oie, qui permet d’écrire avec lenteur.

* Auteur prolifique, qui a écrit l’immortel, « Mayonnaise d’éphémérides et de dictionnaire, assaisonnée par Joseph Citrouillard et retournée par les deux hommes d’État du Tintamarre. » (1852).

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Petits métiers

« Vendeur de crottes gratuites », petit métier évoqué par une commentatrice m’a rassuré. Il existerait donc des métiers décents.

Monsieur Moochagoo me fit remarquer que vendeur et gratuit étaient antinomiques, et que ce métier ne pouvait exister. Il avait autant de chance d’exister que polisseur de miroir du néant.

J’étais plutôt étonné car, quand j’étais étudiant, j’avais fait un stage de polisseur de miroir du néant. C’est un métier qui demande beaucoup d’habileté, car le néant se laisse rarement réfléchir, il faut le piéger.

« Le Tao est néant que même le silence ne saurait embrasser. » *

Il m’a accusé de réactiver une vieille croyance religieuse issue d’on ne sait où, probablement du néant« Là où il n’y a pas de droit, on ne peut pas le violer. » Ce vieil adage juridique devrait me faire comprendre que si quelque chose est gratuit, on ne peut pas le vendre.

Nous nous sommes disputés. 

Je lui demandais pour calmer le jeu, si ses semis bénis ou maudits avaient bien poussés. Il me répondit, avec un air pincé, que la semaine n’était pas écoulée.

* Aphorisme de Wen-Chi, 3e siècle, dynastie Han.

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« Vêtements et ustensiles doivent être adaptés à l’usage qui en est fait. »

(Messagerie : ekand4460@yahoo.fr)

Vide-grenier

Dimanche 14 juin 2015

A sept heure du matin, dans les jardins de la résidence, le long de l’allée où allaient s’installer une centaine de stands pour le vide grenier annuel, Monsieur Moochagoo et moi ratissions les crottes de chien avec des râteaux légers à feuilles.

Le jour précédent, à plusieurs, nous avions numéroté les emplacements et installés des sacs poubelles à intervalles réguliers. Mais, pendant la nuit, les chiens laissent des crottes gratuites et ce, « malgré les voleurs de crottes de chiens », d’après Monsieur Moochagoo.

J’ai constaté que les voleurs de crottes de chiens n’étaient probablement pas encore réveillés, ou plutôt indolents.

Monsieur Moochagoo, entre deux crottes projetées dans un massif de fleurs, me parla de la phrase de Quevedo mise en exergue de mon blog : « Escucho a los muertos con los ojos » (Ecouter les morts avec les yeux). Cela indiquait que nous ne n’écoutons le plus souvent que des écrivains morts. 

Certains lecteurs pourraient protester qu’ils ne lisent que des écrivains vivants, mais, hélas, l’âge venant, nos écrivains préférés finissent pas mourir.

Vers huit heures, les premiers stands commencèrent à s’installer, et je fis de même dès les dernières crottes éloignées.

Une fois le stand installé avec l’aide de madame et d’une amie, Monsieur Moochagoo, en attendant les premiers clients – surtout des brocanteurs – me parla d’un expérience spirituelle qu’il tentait.

Il avait préparé hier des semis, trois pots et trois arrosoirs. Il avait ce matin, arrosé un pot de semis avec de l’eau « bénite » (par ses soins), un autre pot avec de l’eau « ordinaire », et le dernier pot avec de l’eau « maudite ». Il comptait attendre une semaine pour vérifier les pouvoirs de son esprit, en mesurant la croissance des plantes.

Monsieur Moochagoo pensait-il vraiment qu’il puisse se produire quelque chose de magique avec ses semis ?

Nous avons eu moins de clients que les années précédentes, car il y avait plusieurs braderies dans les environs, dont une très grande à Verrières. Nous avons gagné environ cent euros. 

Belle journée !

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Quelques stands en vue aérienne.

(Messagerie : ekand4460@yahoo.fr)

Meurtres au Louvre – 47

Dans notre salle de repos sous le Louvre, Monsieur Moochagoo était en train de m’expliquer une phrase de John Henry Newman (1801-1890) : « Je n’ai pas la démonstration que je mourrai, mais je suis aussi speculative certus de ce fait que si j’en avais la démonstration. »

J’étais absolument ravi de savoir que ma mort était « speculative certus ». On n’a pas souvent la chance d’être ravi à ce point par une information sur ses fins dernières.

Madame X vint nous prévenir que nous allions rentrer en 2015 et qu’il n’était plus nécessaire de demeurer en 2057, puisque l’essentiel de ce que l’on attendait de nous s’était réalisé.

Lorsque je demandais des détails sur ce que nous avions réalisé, j’eu la réponse habituelle: « C’est complètement impossible et interdit par nos règles. »

Je sentis que ces mots me permettaient, « d’éclairer un amas de certitudes hétérogènes », comme dit ma voisine lorsqu’elle ne comprend rien.

Nous nous sommes retrouvés dans la salle de la Crypte d’Osiris. La cuve du sarcophage de Ramsès III s’est refermée après notre passage.

Madame X nous avait dit de rester jusqu’à l’aube dans un débarras situé non loin, et d’attendre que les premiers visiteurs arrivent pour nous mêler à eux.

Lorsque nous avons pris contact avec la sécurité du Louvre, ils ne semblaient au courant d’aucun incident particulier. Aucune statue n’avait subit de dommage et oui, la statue de la Victoire de Samothrace était à nouveau visible par le public, après une restauration tout à fait classique dans les laboratoires du Louvre.

Il fallut se rendre à l’évidence, tous les événements étranges pour lesquels nous avions enquêté n’avaient jamais eu lieu.

Nous sommes rentrés chez nous. Je ne sais pas si j’arriverais à dormir en pensant au futur.

FIN

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Madame X en tenue affriolante.

(Messagerie : ekand4460@yahoo.fr)

Meurtres au Louvre – 46

Nous étions depuis huit jours en mission spéciale dans les égouts et les restes du métro, dans le quartier de l’Opéra, enfin de ce qui restait de l’Opéra.

Je me mettais à rêver de Maracaibo, de ses pirates et de son soleil. Car ici tout était voilé en permanence par des fumées, des poussières et divers produits chimiques mortels, sans compter les virus.

Il avait fallu se réhabituer aux tenues étanches en nano-céramique, au casque intégral, à la nourriture infecte, aux douches anémiques et aux plaisanteries douteuses de la grande chef Sophie Chardrakanta. Bien sûr, Monsieur Moochagoo avait été content de la revoir.

L’homme en bleu avait été réintégré dans le club très fermé des Grands Initiés. Il était reparti dans l’Italie du XVIIe siècle après un bref passage en 2057. 

Madame X était, elle, repartie en 2112. Ce n’était pas le cas. 

Nous avions eu quelques accrochages avec des chars AVARK90. Ces  entités ignorent les règles de la politesse et de la courtoisie.

Un Androïde Paranorobot AP113 a détruit un de nos robots avant de m’apercevoir. C’était mon Androïde Paranorobot AP113 qui m’avait aidé durant un temps.

Il s’est alors confondu en excuses et nous a rendu quelques services en éliminant tout ce qui pouvait combattre pour l’Alliance pour la Vraie Foi dans le quartier de l’Opéra.

Cela nous permit de rentrer prendre un douche plus rapidement que prévu.