Philosophie

J’avais conseillé à ma voisine de lire « Idylle tragique », un roman psychologique facile à lire, de Paul Bourget. Elle avait préféré lire un philosophe un peu oublié, Bergson.

Elle était cependant perdue dans des phrases obscures du genre : « Ce troisième argument se tire de ce qu’on passe, par degrés insensibles, de l’état représentatif, qui occupe de l’espace, à l’état affectif qui paraît inétendu. De là, on conclut à l’inextension naturelle et nécessaire de toute sensation, l’étendue s’ajoutant à la sensation et le processus de la perception consistant dans une extériorisation des états externes. » (Matière et mémoire, 1896).

Je lui dis que je préférais des questions plus simples et moins philosophantes: ; «La barbe de Barbe bleue est-elle rouge ?» ;  «Le Petit Poucet est-il réellement petit ? ; «À quoi ne servent pas les bottes de sept lieues ?» ou «À quoi sert le Chat botté sans ses bottes ?» 

Elle me regarda comme si je plaisantais (horresco referens !!!) : « Quand même, Bergson et Sartre étaient très à la mode quand j’étais jeune. »

Je lui répondis qu’il y avait plein de philosophie dans les contes de Perrault et qu’en plus, les phrases étaient compréhensibles : « Elle n’eut pas plutôt pris le fuseau, que comme elle était fort vive, un peu étourdie, et que d’ailleurs l’Arrêt des Fées l’ordonnait ainsi, elle s’en perça la main, et tomba évanouie. » (La Belle au Bois dormant).

« Ah oui, ce dessin animé m’avait fait beaucoup pleurer. Mais je n’y ai pas beaucoup vu de philosophie. »

« Vous savez, dis-je, les dessins animés privilégient les émotions et les sentiments. Mais de tous ses contes, Perrault tirait un moralité » :

« La Princesse n’eut pas plus tôt prononcé ces paroles, que Riquet à la Houppe parut à ses yeux l’homme du monde le plus beau, le mieux fait et le plus aimable qu’elle eût jamais vu. Quelques-uns assurent que ce ne furent point les charmes de la Fée qui opérèrent, mais que l’amour fit seul cette métamorphose…Moralité: Tout est beau dans ce que l’on aime, / Tout ce qu’on aime a de l’esprit. »

Elle préférait les dessins animés, mais me promit de lire, « Idylle tragique », de Paul Bourget.

19178882.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

(Messagerie : ekand4460@yahoo.fr)

Publicités

Esprit

« Pour bien réussir dans le monde, il est inutile d’avoir de l’esprit ; tous ceux qui ne sont arrivés à rien vous le diront… » (Justin Bellanger, 1833 – 1917).

Justin Bellanger est considéré comme « un écrivain peu connu du public ». Il publiait des réflexions, car les éditeurs voulaient du « La Bruyère », auteur qui se vendait bien. *

Sans préjuger de ce que voulait dire Justin Belanger, n’y a-t-il pas une contradiction, entre le fait réussir sans esprit, et, l’expérience supposée de tous ceux qui ne sont arrivés à rien ? 

Ou alors, « arriver à rien », doit-il être considéré comme une réussite ?

Il est vrai que le monde des médias nous offre journellement le spectacle de personnes sans esprit, qui ne sont jamais arrivées à rien, et sont considérées comme des parangons de la réussite.

« Alors en rond on se remit,
Et puis on attendit l’esprit.
Quand une dame poussa un cri,
En disant, je le sens, c’est lui.. » (Frères Jacques).

* source : « Comment il ne faut pas écrire« , d’Antoine Albalat, 1921.

recaps-muppets

Âme athée

Dimanche 25 octobre 2015. Randonnée en Vallée de Chevreuse. 23 km.

Le long de l’Yvette, juste après St Rémy-Lès-Chevreuse, des peupliers frémissaient au vent, et lâchaient des feuilles d’or qui scintillaient en tombant autour d’un cheval somnolent.

C’était plus agréable que de passer le long d’une propriété sinistre près du Bois du Trou Hibou, qui affichait à son entrée pas moins de quatre panneaux, « Interdiction d’entrée. Propriété privée. »

Monsieur moochagoo qui avait eu quelques difficultés à monter sur le plateau du Bois de Chevreuse – les voyages fatiguent – rendit l’âme dans la montée, après le Moulin de Fauveau, vers Beauregard. Un cycliste en VTT nous a doublé en se moquant de lui-même, « Il faut avoir des jambes quand on se trompe de chemin ». Il a fini par descendre du VTT.

En plateau, sur le chemin vers Romainville, j’essayais de ranimer l’âme de Monsieur Moochagoo en lui parlant d’une altercation que j’avais eu sur Facebook, avec chochotte chochoteuse qui n’avait pas apprécié que j’évoque – ironiquement – la possibilité d’une « âme athée ». *

Il me répondit que c’était de la « théologie d’escalier de service ». Bon, il allait mieux. 

Nous sommes passés devant Les Granges de Port Royal, pour rejoindre notre lieu de déjeuner au Carrefour de La Minière. 

L’après-midi, Monsieur Moochagoo fut en pleine forme, et m’a entretenu d’un livre d’Averroès (1126-1198) : « Bîdayat al mujtahid wa nihâyat al muktasib » (1168), Début pour celui qui fait l’effort et fin pour celui qui se contente.

Un belle journée ensoleillée avec des couleurs d’automne.

* dans le cadre d’un article de France Culture. 

thumb_DSC02383_1024

Notre public.

Sensation de vérité

Monsieur Moochagoo me regardait avec un air de reproche. Parlant du voyage au Mexique, il dit : « Comme Maupassant vous avez eu le souci de donner la sensation de la vérité. »

Devant ma figure interrogative, il continua : « Vous avez voulu donner une apparence de vérité assez forte, pour qu’il devienne impossible de distinguer cette apparence, de la vérité elle-même. »

Je lui demandais d’arrêter là ses insinuations. Connaître les contraintes qui ont présidé à un récit n’est pas toujours bon pour les lecteurs.

Il me répondit avec un air amusé : « Ah bon ? Quel Culot ! Vous avez pourtant écrit votre récit en connaissance de cause. Il est vrai que Spinoza a dit : La musique.. n’est ni bonne ni mauvaise pour le sourd. » *

J’insistais : « Il n’y a aucun intérêt à vous interroger comme vous le faites. Ce n’était pas un film de Kung Fu, mais un simple récit. »

Monsieur Moochagoo ricana : « Vous voulez me faire croire qu’il y a de la vertu dans vos vices…Je n’insisterai pas. »

Je le quittais en pensant à Phèdre : « Tout m’afflige et me nuit, et conspire à me nuire », mais aussi en chantonnant « La Vie Parisienne » d’Offenbach : « J’réponds sans façons, / Que je voulais bien, / Pourvu qu’ce soit bon, / Et qu’a m’coûte rien. »

  • Citation légèrement adaptée.

!moon

Air

En marchant dans le Bois de Méridon, j’essayais de comprendre une phrase de Van Damme : « Je suis fasciné par l’air. Si on enlevait l’air du ciel, tous les oiseaux tomberaient par terre. Et les avions aussi. En même temps l’air tu peux pas le toucher…ça existe et ça existe pas. Ca nourrit l’homme sans qu’il ait faim. « It’s magic ». L’air c’est beau en même temps tu peux pas le voir, c’est doux et tu peux pas le toucher… L’air c’est un peu comme mon cerveau. « 

Le matin, Monsieur Moochagoo m’avait prévenu par messagerie qu’il était de retour en France et se reposait du décalage horaire.

Il avait eu « chaud aux fesses » en Colombie, et avait décidé de rentrer, d’autant qu’Ingrid sa suédoise, s’était rabibochée avec lui, très inquiète des dangers (supposés) qu’il courait.

Je lui avais demandé s’il avait eu « chaud aux fesses » en s’asseyant sur un radiateur électrique. J’ai perçu une pensée silencieuse dans le message suivant, « Dude, can’t handle it, unplug this bastard ! »

Tout en réfléchissant à la phrase de Van Damme – un cours magistral de français quasiment racinien – je dis bonjour à une dizaine de petits scouts qui rentraient sur Saint-Rémy-lès-Chevreuse, après une nuit à se cailler les miches sous la tente.

La partie de la phrase qui me chiffonnait, c’était : « L’air c’est un peu comme mon cerveau. » Van Damme avait-il eu chaud aux fesses en réalisant ce qu’il venait de dire ? Durant la nuit, les petits scouts avaient-ils eu froid aux fesses, à cause de l’air frais ?

Les ascenseurs qui menaient à mon Moi compréhensif avaient l’air en panne. Cela ne m’empêchait d’avancer sur le plateau, en longeant les paraboles du contre-espionnage. *

Sans en avoir l’air, je sais que je parle à voix haute et que je devrais garder toutes ces pensées pour moi.

La randonnée de la matinée s’est bien passée.

* Base qui n’est pas mentionnée sur les cartes, of course.

50ea24c7b4a7e9579fae674c56f4585f

Sauter en l’air.

DSC02304

Gros Zorteil

Randonnée du dimanche 11 octobre 2015. Forêt de Meudon. 15km.

J’étais en train de cracher régulièrement des huitres en progressant dans les chemins du Bois du Pont Colbert. On est maître de ses crachats ou on ne l’est pas. C’est à cela que l’on reconnait les professionnels.

Deux cyclistes en VTT me dépassèrent. L’un des deux dit : « A la fin de la course, tu vois, le gros zorteil. Oui, c’est toujours le gros zorteil. » Je n’ai pas entendu la suite.

Moi, en début de course, c’était une bronchite soignée, mais il restait des mucosités à évacuer. Une mère de famille, accompagnée de sa petite fille, m’avait jeté un regard assassin après que j’eu habilement craché une huitre dans un taillis.

Mes efforts anti-mucosités n’étaient pas appréciés à leur juste valeur.

Ma logique et mes neurones encore fonctionnels me disaient cependant qu’il y avait à redire sur le « gros zorteil. »

S’agissait-il du gros zorteil droit ou gauche ? Etail-il très douloureux pour pédaler? 

Ou peut-être m’étais-je trompé. Le cycliste avait parlé du gros Zorteil, Martin de son prénom, qui accueille toujours son pote à la fin de la course en VTT. On peut aussi imaginer qu’il s’agit du gros Zor, Teil de son prénom, mais j’en doute.

Une douzaine d’affichettes punaisées sur des arbres demandaient aux passants de signaler s’ils avaient aperçu Flip, un petit chien perdu le 12 septembre. Suivaient un numéro de téléphone et la promesse d’une récompense.

J’aurais bien voulu retrouver Flip pour toucher la récompense, mais à part une douzaine de corniauds accompagnés de leurs maîtres, pas de Flip en vue.

L’aide de Monsieur Moochagoo aurait été précieuse pour retrouver Flip. Mais il est sans doute perdu au fin fond de l’Amérique Latine.

Une belle randonnée pour éclaircir ses muqueuses, réfléchir sur les gros zorteils et les récompenses.

DSC02263

Messagerie : ekand4460@yahoo.fr

Education féminine en 1907

Straits Chinese Magazine – Juin 1907

« Female education for straits chinese »

« Encore et encore, nous avons fait référence à l’importance de l’éducation des filles de notre communauté (chinoise). De récents événements nous encouragent à espérer que, dans un proche futur, chaque fille chinoise bénéficiera de la même possibilité d’éducation que celle donnée à leurs frères. (…) *

Nous croyons que l’éducation des filles doit être différente de celle des garçons. La vie future des deux sexes est si différente et les difficultés à surmonter sont si fortes qu’il semble peu raisonnable de leur donner une éducation commune.

A côté d’une connaissance élémentaire des mathématiques, de la lecture et de l’écriture, chaque fille doit apprendre l’hygiène domestique, les soins à donner aux bébés, quelques connaissances basiques de cuisine et de couture. Les leçons de morales doivent être impératives. (…)

Avant qu’une fille ne quitte l’école, elle devra apprendre l’importance de la propreté et le chemin adéquat pour se mouvoir dans les différentes étapes de la vie à titre de belle-fille, d’épouse et de mère… »

* Les filles chinoises, si j’ai bien compris, en général n’allaient pas l’école

DSC02002