Plastic spoon killers – 2

John Wayne disait, « Don’t pick a fight, but if you find yourself in one, I suggest you make damn sure you win. » (Ne vous engagez pas dans une bagarre, mais si vous y êtes, je vous conseille d’être vachement sûr de gagner.)

Nous avions enfin capturé l’ignoble Bis Trauman, fournisseur de drogues des plus grands rockers. La famille d’un rocker mort récemment d’une overdose avait mis un contrat de 120 000 euros sur sa tête, avec des spécificités.

Nous devions faire mourir Bis Trauman cette nuit et AVANT L’AUBE, par le rire ou l’ennui.

Bis Trauman était ligoté avec une chaîne, à l’intérieur d’un château d’eau désaffecté en Forêt de Meudon.

Il était trois heures du matin et il buvait avec une paille, une bière Mort Subite que je tenais devant lui. Nous lui faisions écouter Sheraf avec une mini enceinte.

Il nous avait bassiné jusqu’à obtenir satisfaction. Et nous ne savions toujours pas comment le faire mourir de rire ou d’ennui.

En dernier ressort, je conseillais à Monsieur Moochagoo de louer une chèvre pour lécher les pieds de Bis Trauman, comme dans le film de Fernandel.

Monsieur Moochagoo eut un regard illocutoire disparate assez terrible. Il préférait tenter l’ennui, en lui faisant écouter les six cent lieder de Schubert enregistrés par Dietrich Fischer-Dieskau.

Devant cette éventualité, Bis Trauman se mit à parler avec sa fameuse voix de velours : « Vous n’aurez jamais le temps de me faire entendre six cent lieder d’ici l’aube ; quand à la chèvre, vous n’arriverez pas à en trouver une rapidement. »

Nous avons libéré Bis Trauman qui se fondit dans la nuit.

 

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Plastic spoon killers

J’étais d’accord avec Monsieur Moochagoo, le nom de notre petite entreprise de tueurs à gages, « Plastic spoon killers », était parfaitement choisi. Spoon était le surnom de Monsieur Moochagoo dans le milieu.

Il y avait un bémol. Notre victime, pour laquelle nous allions être payés 100 000 euros, devait être tuée d’une manière particulière. Notre commanditaire avait été formel, nous devions – de la manière dont nous voulions – tuer Monsieur X, au moyen d’une cuillère en plastique.  

Notre victime, ligotée sur une chaise et d’un calme olympien, s’attendait à ce que nous lui mettions une balle dans la tête. « C’est pour tous mes crimes qui ont été nombreux et effroyables, » (je le cite).

Lorsqu’il a vu Monsieur Moochagoo s’approcher de lui, avec l’intention de lui sortir les yeux des orbites pour commencer, une ombre est passée dans son regard.

Monsieur Moochagoo avait ajusté son feutre noir, enlevé sa veste, relevé ses manches de chemises et défait sa cravate. Il leva la cuillère pour s’emparer de l’oeil droit. (Il paraît que commencer par l’oeil gauche porte malheur au bourreau.)

Monsieur X regarda Monsieur Moochagoo et dit : « A votre place, je ne ferais pas cela. Il n’est jamais trop tard pour revenir sur votre décision. »

Je suis assez sensible à la vue du sang, et j’encourageais Monsieur Moochagoo : « Il suffit de lui mettre une balle dans la tête ; on fera dissoudre le corps dans de l’acide, et on dira qu’on la tué à la cuillère. »

Monsieur Moochagoo était indigné : « La morale d’un tueur professionnel veut qu’il honore les termes de son contrat. »

Il s’approcha à nouveau de Monsieur X.

Celui-ci, toujours aussi calme, affirma : « Vous ne pouvez pas me tuer avec une cuillère en plastique, car je suis horriblement allergique au plastique. Mes orbites vont gonfler, devenir rouge écarlate, puis mon visage entier va gonfler comme un ballon en latex. Ce sera du travail d’amateur, indigne de deux professionnels. « 

Monsieur Moochagoo réfléchit longuement, puis libéra Monsieur X en soupirant. Celui-ci disparut comme par enchantement.

Adieu nos 100 000 euros !

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Redresseur de dents de fourchettes

En regardant un épisode de la série Malcolm, j’avais appris qu’il existait le métier de « Redresseur de dents de fourchettes »

Moi, à un moment, j’avais pensé au métier de fabricant des bretelles pour tenir les pantalons des vaches. Oui, les vaches ont besoin de maintenir leurs pis lorsqu’elles se hâtent de rentrer à l’étable. J’étais fier d’avoir envisagé un métier respectable, mais la vie m’a fait changer d’idée.

Monsieur Moochagoo m’a rappelé que nous nous étions initiés à la pratique académique de l’alpinisme dans des trous d’Emmental, afin de travailler dans une fabrique suisse. Mais mon vertige chronique m’avait empêché de bien pratiquer ce métier.

J’avais aussi, dans ma jeunesse, lu des poèmes à des plantes en pot, pour une vieille dame qui croyait que les plantes s’épanouissaient grâce à la poésie.

Je leur lisais des poèmes de Ventricule Gauche, mon poète préféré : « Expulser l’abolition de l’heure passée, / Copte l’épiscopal timbré, / L’Ichthus de la céramique végétale / Fait la sève des rumeurs noyées »

Hélas, la vieille dame mourut avant que je puisse vérifier sa théorie.

 

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Dont

Randonnée du dimanche 22 novembre 2015. Forêt de Dourdan. 16km.

En allant sur l’Abbaye de l’Ouye, je parlais à Monsieur Moochgoo de l’exposition au Musée d’Orsay, « Splendeurs et misères. Images de la prostitution, 1850-1910 ». Dans une des salles, une série de petites photos nous montre des messieurs en habit et chapeau haut de forme, entourant une jeune femme de petite vertu, dans l’intention de la déshabiller. Un des sous-titres donne la parole à la jeune femme : « Ah, vous me chatouillez ! Arrêtez dont, je vais attraper un rhume. »

J’expliquais à Monsieur Moochagoo que le « dont » était la marque d’une époque. De nos jours, dans ce contexte, il n’aurait pas été utilisé.

Il me répondit par une citation de Pascal : « Il faut avoir une pensée de derrière, et juger de tout par là, en parlant cependant comme le peuple. »

Bon, il y a des choses en ce monde qu’on ne peut expliquer. Dans le cas des aphorismes de Monsieur Moochagoo, c’est même probablement impossible.

En revanche Monsieur Moochagoo avait lu une biographie de Victor Hugo, par Sandrine Fillipetti, et s’était entiché des expériences de tables tournantes à Jersey. Il voulait lui aussi dialoguer avec Molière ou Charlotte Corday.

Il parut fâché lorsque je lui répondis qu’il avait intérêt à avoir sous la main un jeu de cartes ou un damier pour se distraire, car si les tables tardaient à tourner..

Nous venions de croiser un cinquième groupe de randonneurs, ce qui est tout à fait exceptionnel dans la Forêt de Dourdan. Si on croise un groupe dans la journée, c’est le bout du monde.

Je pense que le week-end d’avant, les clubs de randonnées avaient probablement dû annuler leurs sorties, en raison des événements.

Durant le déjeuner un groupe de randonneurs qui passait, nous a demandé si nous avions préparé l’apéritif. L’ambiance était joyeuse.

Contrairement aux jours précédents, le soleil a brillé.

Belle journée !

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Bonheur

Je pensais à la phrase de Jacques Prévert : « J’ai reconnu le bonheur au bruit qu’il a fait en partant, » alors que nous étions devant un poissonnier du marché d’Antony.

Il venait de dire à une cliente : « Pas au delà de dix poissons, parce qu’après, je n’arrive plus à compter. » Prudemment, la cliente n’a demandé que quatre poissons.

Voilà un professionnel qui savait profiter d’un bonheur simple, pas encore enfui. De toutes façons, il aurait dit : « Même pas peur. »

Dans « Quai des brumes », Jean Gabin répond à un médecin qui l’interroge: «En général, je peins les choses qui sont cachées derrière les choses… Par exemple, si je vois un nageur, je pense tout de suite qu’il va se noyer, alors je peins un noyé… »

Actuellement, j’aimerai bien connaître les choses derrière les choses, mais en même temps, si je les connaissais, le bonheur partirait.

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Pantoufle

Comme je l’ai dis sur un autre blog, certains commentaires dans les médias n’ont guère de pudeur, alors que la tristesse et le silence (ou la prière pour ceux qui le souhaitent), devraient être la règle.

Et la vie doit continuer, surtout si certains veulent nous empêcher de vivre.

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Randonnée du dimanche 15 novembre 2015. Forêt Domaniale de Versailles. 18km.

Le fait de jeter du pain pas tout à fait assez loin de la berge, dans l’Etang du Val d’Or, faisait hésiter les mouettes qui se sont fait doubler par les corbeaux et les foulques. Une fois les corbeaux installés au milieu des morceaux de pain, quelques coassements menaçants ont suffi à éloigner les mouettes.

Le matin nous étions passés par Petit Jouy, le Bois des Gonards, puis le Bois de Satory où quelques années avant, si nous croisions dix personnes en une heure, c’était le bout du monde.

Et cette année, sur la route des Châtaigniers dans le Bois de Satory, nous avons croisé une bonne centaine de personnes, entre les randonneurs, les promeneuses de bonnes familles, et les cyclistes en VTT. Un vrai boulevard !

Etait-ce à cause de la fermeture du Château de Versailles ? Ce chemin était-il devenu à la mode ?

Monsieur Moochagoo me regarda avec une expression « Tale of the Bamboo Cutter », et dit : « Il est vrai que cette pantoufle n’était point à dédaigner. On aurait fait bien du chemin sans rencontrer une pareille pantoufle. » *

Avant que je pusse me perdre en conjectures sur le sens caché de cette phrase, un couple de randonneurs nous aborda, car ils étaient perdus.

Nous leur avons montré le chemin vers l’Etang du Moulin à Renard. Heureusement que nous allions – plus lentement – dans le même sens, car ils avaient une certaine capacité à prendre le mauvais chemin.

L’après-midi, en allant vers Buc, nous avons croisé encore plus de gens que dans la matinée. 

Belle journée !

* Charles Nodier.

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(Messagerie : ekand4460@yahoo.fr)

Brobusalon

Monsieur Moochagoo espérait que les lecteurs avaient remarqué que j’avais mis un petit module d’espionnage dans mon moi intérieur, et que je profitais honteusement de cet espionnage pour écrire mes billets.

Je lui répondis que s’espionner soi-même n’est pas si grave. En revanche la NSA (Agence Nationale de Sécurité américaine) n’a pas accès à mon moi intérieur. Elle n’a pas non plus accès à mon téléphone portable, puisque je n’en ai pas. (J’emmène celui de madame en randonnée.)

« Ne croyez pas que mon moi intérieur est identique à un ami imaginaire. Lorsque j’avais un ami imaginaire, c’était un Brobusalon, qui a comme caractéristique d’être plus grand à l’intérieur qu’à l’extérieur. »

Monsieur Moochagoo leva les yeux au ciel.

« J’en ai parlé autrefois à ma voisine. L’apparence des Brobusalon ne suit pas les règles de la géométrie euclidienne. Ils sont amicaux et surprenants. « 

Monsieur Moochagoo me regarda avec une expression de gomme à effacer (je me comprends) : « A quoi pouvait ressembler votre Brobusalon ? Un monstre baveux avec des grosses marques au cutter bouchées à l’enduit ? Une créature humanoïde genre Troll Nécromancien ? »

Je répondis que mon Brobusalon, lorsque nous nous étions quittés bons amis vers mes 7 ans, m’avait fait promettre de ne rien raconter sur son apparence réelle et sa vie privée.

Monsieur Moochagoo avec une expression de Monster WarLord : « Je vois que vous préférez garder l’exclusivité de vous-même. »

Belle journée !

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Illustration de Maurice Sendak