BONNE ANNEE 2016

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À quoi sert la peau de la vache ?

Il me fut reproché au sujet du dernier billet, un thème « pas bien folichon en cette proche fin d’année ». Aussi, je ressors des cartons un texte de 2012 pour apporter une plus grande légèreté en cette fin d’année.

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Dans un examen de français au primaire, un élève a répondu à la question : « À quoi sert la peau de la vache ? »  : « Elle sert à garder la vache ensemble ».

J’aurais envie d’ajouter : surtout quand elle fait de la bicyclette par une belle nuit d’été. Sans peau, les organes de la vache seraient répandus à droite, à gauche, ou à l’arrière de la bicyclette. Quelle difficulté pour les retrouver en pleine nuit ! Et le travail pour les remettre ensemble !

Vous allez me dire que la vache pourrait ne mettre que la moitié de sa peau, des sabots des pattes arrières, jusqu’à la taille, avec des bretelles. Ce serait assez seyant.

Monsieur Moochagoo me fait remarquer qu’une vache sans peau aurait un parfum d’inachevé. La vache pourrait vouloir combler un vide extérieur.

Il m’a conseillé de trouver une peau de vache en forme de bande de Möbius. C’est un ruban qui n’a qu’une seule face. Une fois la vache dans sa peau en bande de Möbius, il n’y a plus de vide extérieur à combler.

Tout cela peut sembler un peu opaque au lecteur. La notion de « peau de vache » est pour moi inséparable de la vache. D’autres – paraît-il – pensent que la vache pourrait perdre sa peau à son insu. Mais ceci nous emmène trop loin.

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Souvenir

Randonnée du dimanche 27 décembre 2015 – Forêt de Jourdan, partie nord – 15km.

Je pensais à la phrase de Günter Grass (Pelures d’oignon) : « ..mes souvenirs, une prison surpeuplée dont personne n’est jamais relâché. » C’était certainement vrai, mais en ce qui me concerne, comme la mémoire me fait souvent défaut, non seulement personne n’est jamais relâché, mais ils sont oubliés comme dans un cul de basse fosse.

Pire encore, il y a dans ma mémoire une horloge cassée, dont les aiguilles immobiles ne me permettent pas de situer l’époque où remonte un souvenir.

Monsieur Moochagoo m’a dit : « C’est parce que les souvenirs déménagent souvent, et vont dans d’autres parties du cerveau, pour céder la place aux nouveaux souvenirs. »

Le cerveau est un vrai labyrinthe. Je me sens certains jours comme le Cardinal de Retz (1613-1679), évoqué par Chateaubriand: « Il (Le Cardinal) inspectait les lambeaux de ce qu’il fut pour se reconnaître…En l’exhumant de ses Mémoires on a trouvé un mort enterré vivant qui s’était dévoré dans son cercueil. »

Monsieur Moochagoo trouvait que « mort enterré vivant » pouvait porter à confusion.

J’ai demandé si « mort » ne voulait pas dire « mort ». En effet, on n’avait pas enterré le Cardinal de son vivant. En général on enterre les gens juste après leur mort, sauf dans les films d’horreur, et encore, ils sont souvent délivrés au tout dernier moment, au soulagement du spectateur pétrifié d’angoisse.

« Pas du tout, » a rétorqué Monsieur Moochagoo, « c’est un figure de style. Les Mémoires ont été rédigés du vivant du Cardinal, entre 1675 et 1677, mais au regard de l’histoire de son temps, il apparaît dans ses Mémoires, comme déjà mort, inspectant les lambeaux de ce qu’il fut. »

Nous avons déjeuné sur banc au soleil. Ce fut très agréable, quoiqu’un peu spongieux.

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Poireau

Nous parlions avec Monsieur Moochagoo de l’ouvrage majeur de Saint Anselme (1033-1109), le Proslogion, qui était destiné à réfuter le moine Gaunilon, qui jugeait que l’existence de Dieu était indémontrable.

J’avais préféré ouvrir cette discussion plutôt que de continuer à expliquer à Monsieur Moochagoo le sens de l’expression : « dégorger le poireau », qu’il ne connaissait pas.

J’avais habilement présenté la chose avec le faux bourdon et la reine des abeilles, tout en précisant que le bourdon n’était pas un mâle, mais appartenait à une espèce de la même famille que les abeilles.

Il n’avait pas du tout compris mes explications et, c’est là que j’avais divergé discrètement sur le Proslogion. Les lecteurs me pardonneront de parler d’un ouvrage si familier.

J’avais fait un aparté à propos de la représentation humaine de Dieu. S’il avait une peau, était-elle faite à sa taille, Dieu étant incommensurable par nature ?

Monsieur Moochagoo me reprocha le caractère louche et équivoque de mes réflexions. Les théologiens chrétiens du Moyen-Âge m’auraient condamné pour possession par les forces du mal ; celles-ci agissent sournoisement pour semer la confusion dans les esprits faibles.

Bref, la prochaine fois je n’évoquerai que la reproduction des plantes à fleur.

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St Anselme (halo bleu) en conversation.

 

(Messagerie : ekand4460@yahoo.fr).

Plastic spoon killers – 4

« Captain Hook never breaks a promise. » (Le capitaine Crochet tient toujours ses promesses.) C’est la phrase fétiche de Monsieur Moochagoo.

Il était revenu de son séjour chez les Bénédictins, calme et confiant, plus sûr de lui. Il avait un contrat avec un service officiel de lutte contre les trafics de drogue.

Apparemment les trappistes l’avaient fait quitter la partie obscure de son métier pour agir dans la légalité (enfin presque). Les services lui avaient dit qu’ « ils nieraient avoir eu connaissance de nos agissements s’il y avait un « problème ». »

Notre victime était un professeur de philosophie qui avait écrit une thèse sur Bachelard. Celui-ci avait affirmé dans « La terre et les rêveries de la volonté » que «L’imagination trouve plus de réalité à ce qui se cache qu’à ce qui se montre.»
Cela tombait bien, nous devions lui faire avouer ce qu’il cachait en réalité dans ses cours de philosophie qui, parait-il, dissimulaient des phrases cryptées pour des élèves trafiquants de drogue.

Notre professeur était ligoté sur une chaise, dans un hangar où étaient entreposés les chars en papier crépon d’un cortège nautique, pour la Fête des Patates de Craponne sur Vierzon. Une fête tombée en désuétude après 1975.

Monsieur Moochagoo, qui portait un masque de Socrate, lui avait fait écouter un livre audio pendant 8h24 : le « Traité du gouvernement civil » (1690) de John Locke (1632-1704). J’avais moi-même un masque de Platon et des bouchons dans les oreilles.

Le professeur commençait à faiblir et marmonnait des phrases de Heidegger en allemand, ce qui était une preuve tangible de son épuisement.

Nous nous apprêtions à lui faire écouter, « De L’âme » d’Aristote. Le livre audio dure 5h. Il eut un râle de refus, et il fallut lui donner un remontant sous forme d’un grand verre de Vodka. Il reprit ses esprits, bien qu’ils me parussent un peu brumeux.

Il murmura : « glissement dans le kitsch inaliénable du néant », puis : « C’est la prochaine phrase crypté pour la livraison de drogue, elle permet, si on additionne la valeur des mots, de savoir quand arrive la prochaine livraison de drogue à un endroit convenu. La valeur est 411. Donc c’est à 4h du matin, le 1er Janvier. »

Nous avions réussi notre première mission « honnête » !!! Grâce à « De L’âme » d’Aristote et aux trappistes, qui avaient changé Monsieur Moochagoo !! Alleluia!

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Fulgence

Randonnée en Forêt de Fontainebleau du dimanche 20 décembre 2015. 17km.

Monsieur Moochagoo en descendant la route de Montmorin en Forêt de Fontainebleau, m’avoua que sa mère avait voulu lui donner Fulgence comme prénom. Et puis son père s’y était opposé, et ses deux prénoms avaient été Jean et Onésime. Onésime ne lui plaisait pas.

C’est comme si Onésime représentait un parent lointain qu’il ne voulait plus regarder.

Nous avons indiqué le bon chemin à une mère et son fils qui étaient perdus à côté du Rocher des Princes.

Nous avons déjeuné au sommet du massif rocheux qui domine le Gouffre Puits Fondu. A un kilomètre plus au sud se trouve un rocher remarquable qui se dresse vers le ciel, « Le Carrosse ». Monsieur Moochagoo estima qu’entre gouffre et rocher dressé, nous étions dans une zone freudienne.

A part un Père Noël qui courrait, nous n’avions pas rencontré grand monde. Monsieur Moochagoo s’était indigné de ce recyclage du Père Noël en sportif. Du coup je me demandais en moi-même si le métier de recycleur de Père Noël était envisageable.

J’interrogeais Monsieur Moochagoo « Y a-t-il des soldes pour liquidation de Pères Noël après les fêtes ? » Il m’a répondu que mon esprit était un néant dans l’à-peu-près.

J’avais mal estimé le chemin du retour et nous avons raté le train de 15h56 à Thomery, ce qui nous a forcé à attendre celui de 16h56, qui était noté « retardé » à l’affichage.

Monsieur Moochagoo a voulu me transformer en Necromancrer, « before making further changes. » Nous avons fini par trouver un compromis.

Belle journée