Gwendolen

Dans la nouvelle de Henry James, « Le motif dans le tapis » (1896), il est fait mention de Gwendolen, une jeune fille qui a écrit à l’âge de dix-neuf ans, un roman en trois volumes intitulé, « Dans les grandes profondeurs. »

J’allais immédiatement dans une bibliothèque pour trouver, parmi les romans d’auteurs anglais de la fin du XIXème siècle, le roman de Gwendolen.

Je commençais à chercher le livre en consultant les fichiers de la base de données, à Gwendolen, puis à Gwendolen Erme (nom de jeune fille) et enfin Gwendolen Corvick (mariée). Je cherchais aussi avec le titre en anglais : « Deep Down. »

Je continuais ma recherche infructueuse avec des mots-clefs. Je supputais que, « amour », « sentimental », « romance », « tentation », « liaison », « désir », « passion », « amant », « princesse », « union », etc, seraient adéquats.

Je finis par trouver les trois volumes de l’ouvrage tout à fait par hasard. Ils étaient posés de travers sur des livres classés à G. Ils avaient une couverture noire, sans nom d’auteur, ni de titre. Les livres avaient été restaurés grossièrement, et étaient en anglais.

Je poussais un soupir de soulagement. J’avais failli déclencher l’alerte enlèvement pour livres.

Je commençais à lire le premier volume. C’était en effet une romance, où la psychologie des personnages avait un rôle dominant.

J’en parlais à Monsieur Moochagoo qui me regarda du genre : « Can you let me know when approximately will you be reasonable ? »

Il me dit : « Ce roman n’a probablement jamais existé. Il sert à Henry James pour étoffer le personnage de Gwendolen. C’est comme une illustration où vous apercevez un livre que vous ne pouvez saisir. »

Je retournais vers mes trois volumes. Ils étaient bien devant moi. Je me mis à lire le volume deux qui avait perdu la tonalité romance du premier volume, et insistait plutôt sur une psychologie des profondeurs comme le titre, « Deep Down » l’indiquait. L’héroïne descendait au fond d’elle-même pour y faire « une très surprenante découverte » (a most surprising discovery), sans toutefois nous dire laquelle.

Monsieur Moochagoo, qui doutait toujours de la réalité des trois volumes de « Deep Down », m’a confié : « Si vous tenez à votre santé mentale – qui n’est pas des meilleures si j’en crois votre obsession pour l’oeuvre de Gwendolen – remettez immédiatement ces volumes dans la bibliothèque et oubliez-les. La nouvelle d’Henry James, « Le motif dans le tapis », est une des plus diaboliques jamais écrites. »

Diabolique !!! A most surprising discovery !

 

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Auteur

Dans le livre de Orhan Pamuk, « Mon nom est rouge », une anecdote nous apprend qu’un Seigneur oriental, à la suite d’une guerre, a perdu une partie de sa bibliothèque. Ses livres qui contenaient des miniatures ont été dépecés puis réagencés. Les miniatures ne sont plus en rapport avec les histoires qu’elles illustraient.

Personne n’est capable de réaffecter ces miniatures, à part un aveugle qui se fait décrire les miniatures par un jeune garçon.

J’en parlais à Monsieur Moochagoo et me demandais si je n’allais pas, pour une dizaine de billets soigneusement choisis, faire faire pour chaque billet une miniature, puis de demander aux lecteurs (à qui on aurait montré les billets, mais pas les miniatures), de réaffecter les images.

Monsieur Moochagoo s’enquit de savoir s’il y aurait une récompense. Il ajouta : « Pour un lecteur, n’oubliez pas de faire dessiner un ami imaginaire, en l’occurence moi-même. J’adorerais avoir la forme d’un tigre comme dans Calvin et Hobbes. Et pour une lectrice, des décors floraux seraient appréciables. »

Je lui dis : « Et pourquoi l’ami imaginaire ne serait-il pas moi, et vous, le véritable auteur qui écrit masqué. »

Il me répondit : « Oui, pourquoi pas ? C’est peut-être vrai après tout. »

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Paris au XIXème siècle

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Il y avait à Paris de nombreux chasseurs de chats. L’adage était que « tout est bon dans le chat. » Le chat était destiné faire du pâté de lièvre, ou à être servi comme un plat de lapin. (Certains clients méfiants, exigeaient que le lapin fut servi avec la tête attachée). Sa fourrure servait à fabriquer les manchons à la mode pour les élégantes

D’où le titre de la caricature de Daumier : « Vient mon lapin », (invite adressée à un chat).

M. de Quatrefages, professeur d’histoire naturelle, fit un
rapport sur l’état physique du douzième arrondissement de Paris :

« La population compte un grand nombre de chiffonniers des deux sexes. Ces malheureux vivent le plus souvent dans une chambre unique, qui sert en même temps de magasin. Or, depuis quelques années, les fabricants de papiers n’achètent le chiffon que lorsqu’il a subi un premier nettoyage. Les chiffonniers sont obligés de laver et de sécher leur récolte journalière dans la pièce où ils couchent avec femmes et enfants; pour peu que la vente de leur marchandise s’arrête (…) cette même chambre s’encombre rapidement de chiffons mal lavés, entassés encore humides» Une fermentation putride ne tarde pas à s’établir dans ces monceaux d’ordures, et ni les odeurs de l’amphithéâtre, ni celles de l’abattoir, ni de la voirie, ne peuvent donner une idée des exhalaisons méphitiques au milieu desquelles vivent des familles entières. »

Privât d’Anglemont, ami de Baudelaire, décrivait les petits métiers derrière le Collège de France et la rue de Saint Jean de Latran (zone considérée comme un cloaque urbain) : ateliers d’habilleuses de poupées, fabricants de boîtes d’allumettes, de boîtes à joujoux, des laveurs de chiffons, des nourrisseurs en chambre, qui ont deux ou trois chèvres dans un taudis, au quatrième étage. Autres métiers évoqués :  fabricants d’asticots, cuiseurs de légumes, loueurs de viandes, peintres de pattes de dindons, culotteurs de pipes.

L’élevage d’asticots se pratiquait sur des charognes de chevaux. Ils étaient vendus à la mesure. La rumeur de l’époque raconte qu’un ivrogne était tombé dans des charognes pleines d’asticots et que, le matin suivant, il fut retrouvé mort, les yeux rongés, la bouche pleine d’asticots, etc.

Dans le Journal « Le cultivateur » en 1836, on se posait la question : « Peut-on , sans inconvénient pour la santé publique , permettre la vente , l’abattage et le débit des porcs engraissés avec de la chair de cheval ? »

Cela nous rappelle au passage la maladie de la vache folle (1986-2000) conséquence d’une alimentation pour bovins, obtenue avec les parties non consommées des carcasses bovines et de cadavres d’animaux. Nihil novi sub sole.

Voilà pourquoi le poème de Baudelaire « Une charogne« , n’avait rien d’extraordinaire à l’époque:

Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux :
Au détour d’un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons….

(Pour partie, source : Antoine Compagnon, Collège de Fce)

 

Cloaques

Randonnée du dimanche 24 janvier 2016 – Forêt de Rambouillet (Nord) – 17 km.

J’avais dit à Monsieur Moochagoo que grâce à une commentatrice j’avais un Rêve n°6 qui complétait ma première liste : Fileuse de rêves pour obtenir des fils de rêve, et tisser une couverture pour se couvrir de rêves.

Au moment où Monsieur Moochagoo s’apprêtait à me dire des mots doux, un père est passé en vélo avec son fils et lui a dit : « Robinson, tu vois bien que c’est des Scouts ». (En l’occurrence c’étaient des Guides).

La conversation est partie sur le prénom Robinson. Je l’avais échappé belle. Merci Robinson.

Nous étions dans une impasse. Le Chemin de Clérambault était barré par la N10. Nous l’avons parcouru dans l’autre sens pour aller déjeuner au bord de l’Etang Coupe-Gorge sur une table de pique-nique toute neuve. Monsieur Moochagoo trouvait qu’une table neuve, c’était frivole.

Puis il m’a parlé des souvenirs oubliés de ce que nous n’avons pas vu. Je n’ai pas tout compris, mais l’après-midi, nous n’avons pas vu qu’il fallait tourner à gauche, et nous nous sommes perdus sur la Route de La Renardière, le plus effroyable cloaque de la forêt.

De cloaques en cloaques nous avons fini par trouver une piste cyclable – sèche – qui nous a ramené sur le Parc du Château de Rambouillet, au milieu de Guides assises en cercles.

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Table frivole.

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Cloaque.

Botox heideggerien

Monsieur Moochagoo buvait un mélange de lait, de chocolat et de moutarde, car c’était bon pour son  chakra aux mille pétales.

Je venais le voir car j’avais préparé – pour l’aider dans son projet d’évasion des rêves – une liste non exhaustive, mais que j’estimais utile.

Rêve n°1 : Etre un petit pois dans une boite de petits pois, pour se sentir comme le petit pois de Sartre, si connu des philosophes : « Beaucoup de personnes croient que les petits pois, par exemple, s’arrondissent conformément à l’idée de petits pois ».

Rêve n°2 : Un rêve caché dans un autre rêve ; à ne pas mélanger avec un rêve secret qui – par principe – ne peut être connu.

Rêve n°3 : Un rêve volé à un autre rêveur, ce qui peut poser un problème déontologique aux rêveurs professionnels.

Rêve n°4 : Un rêve évadé d’un troupeau de rêves. Les troupeaux de rêves vivent dans les alpages. Il faut détourner l’attention du gardien de troupeau en le faisant rêver.

Rêve n°5 : Un rêve de film : « Le Rêve Diabolique a encore frappé ».

Monsieur Moochagoo m’a traité de cornichon en mode paleo tribe of goblins, enflé par un botox heideggerien. Botox heddegerien m’a vraiment déplu.

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Rêveurs.

Projets

Moochagoo : Je travaille toujours sur mon moteur au camembert coulant ! J’ai encore essayé hier un nouveau moteur sur une de ces voitures téléguidées, un buggy Vader XB. J’étais prêt à tout pour que ça réussisse.

Moi : Il y a eu un petit problème ? 

Moochagoo : Il y eu un flash très furtif et BOUM !!! J’ai entendu un bruit sourd, avec de la fumée bleue qui est sortie du moteur…et puis tout a explosé. Heureusement j’étais derrière un muret avec une lucarne. En revanche  les particules de camembert coulant sont passées au dessus du muret. J’ai du prendre un douche.

Moi : Vous n’êtes jamais découragé ? Les moteurs électriques c’est plus commode.

Moochagoo : C’est un challenge avec moi-même, je tiendrai bon. Je travaille aussi à un système pour permettre aux rêves de s’évader.

Moi : Très poétique ! 

Moochagoo : Les rêves sont confinés à l’intérieur de notre propre tête et je voudrais qu’ils s’évadent sur le réseau internet, dans un premier temps.

Moi : Ils vont être prisonnier d’internet, ce sera peut être pire que dans votre tête.

Moochagoo : J’ai mon idée. Pour l’instant, je la garde pour moi.

Moi : Avez-vous déjà fait un essai ?

Moochagoo : Oui, je me relie au système que j’ai mis au point, grâce à des électrodes posées sur ma tête, puis je m’endors. Après, je vérifie si un rêve est codé, prêt à être envoyé sur internet.

Moi : ça a marché ?

Moochagoo : Pas encore, mais j’ai bon espoir.

Moi : C’est fou !

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Camembert en devenir.

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« On dirait que ça te gène de marcher dans la boue »

A Description of a City Shower.

« Sweepings from butchers’ stalls, dung, guts, and blood,
Drowned puppies, stinking sprats, all drenched in mud,
Dead cats and turnip-tops come tumbling down the flood. »

(Déchets de boucherie, excréments, boyaux, sang, / Chiots noyés, sprats puants, tous embourbés, / Chats morts et fanes de navets roulent dans le ruisseau en crue.)

Londres au XVIIIème siècle. Jonathan Swift (1667 – 1745)

« Tout à l’heure, comme je traversais le boulevard, en grande hâte, et que je sautillais dans la boue, à travers ce chaos mouvant où la mort arrive au galop de tous les côtés à la fois, mon auréole, dans un mouvement brusque, a glissé de ma tête dans la fange du macadam »

« ..le ruisseau, lit funèbre où s’en vont les billets doux et les orgies de la veille, charriait en bouillonnant ses mille secrets aux égouts.. »

Paris XIXème siècle. Baudelaire.

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Louis-Léopold Boilly (Date: 1803-1804)

Le « décrotteur » équipé d’un petit pont en bois ou d’une planche à roulettes aidait les parisiens à éviter la boue des ruisseaux, moyennant paiement.

(Pour partie, source : Antoine Compagnon, Collège de Fce).