Au sec

Randonnée du Dimanche 28 février 2016. Forêt de Fontainebleau – 18km.

J’étais en réunion à l’intérieur de moi-même pour savoir si j’avais eu raison de ne pas aller au Salon de l’Agriculture, et puis je me suis souvenu que je n’y allais plus depuis dix ans. Comme je suis distrait !

Monsieur Moochagoo se plaignait des randonneurs plagiaires. Je n’ai pas réussi à lui faire préciser ce qu’il entendait par là ; mais il avait des preuves anecdotiques de comportements plagiaires suspects.

Nous venions de croiser six randonneurs qui faisaient au moins cinq cent ans à eux tous. Cela nous donnait un certain espoir, pour quand nous serions cacochymes.

Contrairement aux randonnées précédentes en Forêt de Rambouillet, les chemins sablonneux étaient secs. Il y avait un embryon de soleil, mais un vent froid qui donnait envie de se faire livrer une pizza. Monsieur Moochagoo me fit remarquer que seuls les gogolitos ou la Princesse Leia, voudraient se faire livrer une pizza en pleine forêt (et à condition que le livreur nous trouve).

Nous avons déjeuné sur une table en pierre au Point de Vue du Camp de Chailly, où nous n’avons vu quatre coureurs venus admirer la vue – deux filles et deux garçons – de très bonne famille, mais incapables de dire bonjour. A l’inverse, un couple de promeneurs, bons vivants et bien en chairs, nous ont salué avec sympathie.

L’après-midi, nous avons vu aux Rochers de Cuvier Châtillon un grand groupe de varappeurs danois. La varappe (éventuellement danoise), à Fontainebleau, se pratique sur des rochers de trois ou quatre mètres de haut.

Monsieur Moochagoo m’avoua que, lorsqu’il était petit, il adorait faire de la varappe sur son lit en mezzanine. Arrivé en haut, il faisait un salto de la mort (avec un matelas posé en bas).  Sa mère avait rapidement mit fin à ses exploits d’acrobate.

Je notais aussitôt ce qu’il m’avait dit. Les confidences de Monsieur Moochagoo sur son enfance sont rarissimes.

Belle journée !

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Chemins secs.

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Table en pierre.

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Génie chevelu des forêts.

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Aubergines théosophiques

Moi : Vous pouvez sans doute m’aider à répondre à Tante Germaine au Népal. Je cale.

Moochagoo : Vous pourriez lui parler de Corps Astral..Gnostique, par exemple.

Moi : Eh, eh, elle va m’envoyer promener.

Moochagoo : Parlez-lui d’une recette d’aubergines théosophiques, recommandée par des chamanes moldaves singapouriens, pour m’exprimer comme vous.

Moi : Elle n’a pas beaucoup de sens de l’humour. Autant lui citer Ronsard : « jamais on n’estrange, / Loing de son chef, quelque païs qu’on change / L’arrest du ciel qui preside sur nous. »

Moochagoo : Bon alors, les bougies chamaniques frottées sur tout le corps, c’est fichu aussi.

Moi : Je me demande si je ne vais pas lui proposer un système de bonus-malus pour la réincarnation, j’ai vu ça jadis dans un film inoubliable de série Z, « Mission Bionique ». Enfin, je crois.

Moochagoo : Comme on dit en Orient : « Le temps ne fait rien à l’affaire. » Dites lui qu’elle ne pourra pas arrêter « la fuyante incertitude des affaires humaines. »

Moi : Excellent, je note…hélas, elle va dire que ce n’est pas de moi.

Moochagoo : Citez-lui Bouddha : « Voici la noble vérité sur la douleur : la naissance est douleur; la veillesse est douleur; la maladie est douleur; la mort est douleur; la réunion avec ce que l’on n’aime pas est douleur; la séparation d’avec ce que l’on aime est douleur; bref, toute la trame de notre être est douleur. »

Moi : Je me demande si je ne vais pas lui parler de l’épisode où Bouddha, après avoir lutté contre le dieu Mâra, donne à Trapousha et Bhalikkab – deux marchands pieux et riches – des rognures de ses ongles et des bouts de ses cheveux. Ceux-ci élevèrent, de retour dans leur pays, deux stupas pour ces précieuses « reliques ». Elle ne doit pas connaître.

Moochagoo : Eh bien voilà !

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Futilité au fond de rien

Tante Germaine m’a écrit un message depuis sa retraite au Népal, dans un monastère bouddhiste, où elle débouche ses chakras afin d’obtenir une meilleure réincarnation : « Tu comprends à mon âge, il faut bien que je pense à mes dispositions dernières. » 

Comme je n’avais pas eu de ses nouvelles depuis près d’un an, j’avais espéré qu’elle n’avait pas accès à internet.

On m’avait dit qu’elle s’occupait de ventes d’armes gnostiques pour une société secrète du Vatican. Les gens sont méchants.

J’avais un moment pensé qu’elle étudiait à Harvard, la bioéthique des créatures inférieures (comme nous, le commun).

Bref, même là-bas elle lit mon blog et espère découvrir le secret qui lui permettra de séparer – « dans une telle mixture de billets » – les faits réels de l’imaginaire.

En lisant certains billets, elle ressent des mauvaises vibrations qui prouvent que je suis un spécialiste de la futilité au fond de rien.

Elle termine sur un point particulier qui authentifie son message. Elle trouve que le thé au beurre rance avec un (grand) doigt de whisky, « n’est pas si mauvais après tout. »

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Crottes de nez

Braderie du Secours Populaire. 21 février 2016 (deuxième jour).

Pendant que nous rangions dans des sacs, avec une régularité de métronome, les vêtements invendus, pour une autre association, je dis à Monsieur Moochagoo que j’avais eu une nouvelle idée d’histoire de science-fiction.

Durant la deuxième journée de braderie, nous n’avions plus grand chose à vendre sur le stand « électricité/électronique » et j’avais réfléchi intensément à une idée de récit pour mon blog.

Le « intensément » n’a pas convaincu Monsieur Moochagoo qui me considère comme, « un dilettante tout juste capable d’obtenir le Goncourt, maintenant que ce prix est devenu chaotique, après avoir été longtemps réservé aux auteurs mondains et pusillanimes. » (Il n’aime pas les prix littéraires).

Bref, je lui ai lu quelques lignes entre deux sacs : « La première fois qu’Aglaé, la conservatrice en chef du Musée des Pots à Lait de Normandie, aperçu le beau et mystérieux jeune homme  qui semblait rêver devant un pot à lait du Mont St Michel (1848), elle en tomba éperdument amoureuse. »

Monsieur Moochagoo m’observa froidement en ouvrant un nouveau sac : « La science-fiction a beaucoup changé.. »

Après avoir rempli notre sac, je lui dis : « Je passe sur les différentes péripéties amoureuses sous la lune de Normandie, avec les aphorismes habituels – Chaque larme qui coule est un poids en moins dans mon coeur – La nuit tu es dans mes rêves – et puis soudain, c’est le drame. Le beau jeune homme s’avère être un extraterrestre qui, lorsqu’il embrasse Aglaé pour la première fois, lui dérobe ses crottes de nez avec un tentacule sorti de la bouche, et s’enfuit. La suite de l’histoire est dévolue aux aventures picaresques du voleur extraterrestre de crottes de nez. »

Madame Burntoast qui passait par là, a dit : « Euark, c’est vraiment dégueulasse. » Monsieur Moochagoo a bougé la tête de droite à gauche, accablé.

Je me défendis en rappelant que dans Harry Potter il y a un Sortilège des Crottes de Nez (ou Maléfice du Morveux), qui fait couler abondamment le nez d’une personne.

Heureusement, j’ai confiance en mes dons (exceptionnels) de romancier.

Nous avons fini de ranger, et terminé en apprenant que la recette avait été de plus de dix mille euros, intégralement réattribués, sans frais de fonctionnement (la Mairie fournit les locaux, le matériel et la camionnette pour apporter les paquets, et les participants sont bénévoles).

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Stand vaisselle (avant le public).

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Pot final après une longue journée (8h-19h)

Dansons le rigodon

Braderie du Secours Populaire. 20 février 2016.

En triant des câbles d’ordinateurs USB, des cordons d’alimentation électrique, des câbles PERITEL, des câbles HDMI et des chargeurs de téléphones portables, Monsieur Moochagoo chantonnait : « Autour de ce mat de cocagne, dansons le rigodon / Plume, coiffés de couronnes de roses ou de dents de lion / A chaque jolie fille nous donnerons un vert jupon. »

C’était déjà un progrès par rapport à Andromaque de Racine qu’il avait récité in extenso,  « Donnez-moi tous les noms destinés aux parjures :
Je crains votre silence, et non pas vos injures
Et mon coeur, soulevant mille secrets témoins,
M’en dira d’autant plus que vous m’en direz moins. » 

Mais j’aimais quand même beaucoup, « Et mon coeur..M’en dira d’autant plus que vous m’en direz moins. » Une élégance de style qui faisait oublier les incroyables grossièretés   émises par les personnes opposées à une réforme de l’orthographe..de 1990. Même Jean d’Ormesson s’était cru autorisé à utiliser le mot foutre (horresco referens).

Les cordons de téléphone étaient les plus difficiles à démêler, et Monsieur Moochagoo ne manqua pas d’y trouver un indice pour expliquer le sens de la vie. Devant ma curiosité, il m’expliqua que ce sens était fort proche d’un résidu de néant

Pendant qu’un client venait donner trois euros pour un achat fait à la précédente braderie en octobre 2015, Monsieur Moochagoo était persuadé – en jetant des souris à boule dans un carton-poubelle – que s’il arrivait à connaître les différentes versions de lui-même, il trouverait LA solution.

Je pensais en moi-même que si les clients réglaient leurs dettes avec quatre mois de retard, nous n’allions pas avoir LA solution financière de nos comptes.

Belle journée !

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Ostraca

Les ostraca sont des tessons de poterie ou des éclats de calcaire utilisés dans l’Antiquité comme support d’écriture ou de dessin.

 

Ramses III massacre ses ennemis. (Musée Royal à Bruxelles)

Ce sont souvent des scènes stéréotypées, tirées d’un répertoire iconographique mémorisé par les scribes. 

Ces supports servent à l’enseignement. Il faut imaginer un artisan avec un ou plusieurs apprentis.

Profil royal, sans doute Ramsès VI-Louvre

Profil royal,sans doute Ramses VI – (Le Louvre)

Roi portant une barbe-Louvre

Roi portant une barbe (Le Louvre).

Ostracon - bouvier menant un taureau

Bouvier menant un taureau. (Le Louvre).

Pour la petite histoire, les scribes avaient des problèmes avec les grandes fresques, et calculaient mal la composition d’ensemble. Il y avait des raccords.

(Messagerie : ekand4460@yahoo.fr)

Parmarin

Samedi, Monsieur Moochagoo m’a emmené voir dans un grand hangar de banlieue, « un opéra d’un auteur contemporain, Mar’ka, qui ne sera joué qu’une seule fois. Vous allez voir, c’est une merveille. »

L’opéra – « Parmarin » – raconte, bien que je n’ai pas tout compris, l’histoire d’un dictateur méphistophélique. L’ouverture nous montre Parmarin sur un trône sombre et terrifiant. Il est entouré de moines encapuchonnés et vêtus de noir, qui avancent en gémissant.

Sur le dictateur tombe une lumière céleste, pendant que des voix lointaines chantent au milieu de cris affreux, les paroles de La Damnation de Faust de Berlioz : « Alors l’enfer se tut. / L’affreux bouillonnement de ces grands lacs de flammes, / Les grincements de dents de ses tourmenteurs d’âmes, / Se firent seuls entendre; et dans ses profondeurs, / Un mystère d’horreur s’accomplit. »

Je dis discrètement à Monsieur Moochagoo : « Evidemment c’est moins léger que La Belle Hélène de Jacques Offenbach. » Il me regarda avec un air gothique : « I don’t have to kill you, just knock you down.. » 

Je trouvais en effet un air gothique à cet opéra, et Monsieur Moochagoo était dans le ton. Un bon point pour lui.

Au deuxième acte un duc pleure au fond d’un cul de basse fosse. Il pleure à la fois sa liberté perdue et un amour impossible : il aime la fille de Parmarin qui l’aime en retour. Crime de lèse-majesté qui lui vaut la prison.

La musique, plutôt discordante et atonale, et me donnait des tremblements dans les oreilles. Monsieur Moochagoo me traita à voix basse de, « béotien indigne, tout juste capable d’écouter Search And Destroy d’Iggy Pop. »

Personnellement j’aurai préféré voir la Castafiore entrer dans la cellule : « Ah ! je ris de me voir si belle en ce miroir ». Cela aurait fait un beau contraste avec l’ambiance gothique.

Bref, « Parmarin » ne m’a pas convaincu, à part la scène finale de l’exécution du duc, fort bien menée, dont la tête roule au son des cymbales, aux pieds de son amoureuse.

Celle-ci se donne la mort avec un poignard, et s’écroule en serrant dans ses bras la tête du duc. Shakespearien !

Parmarin, accablé, prend conscience de l’horreur de ses crimes et se tue à son tour. La musique atonale de Mar’ka se tait, et les premières notes  de la symphonie « Pastorale » de Beethoven s’élèvent. Fin.

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