Qrandonnée

Randonnée en Forêt de St Germain. Dimanche 27 mars. 18km.

L’administration du parc du château de St Germain avait fermé les grilles d’accès en raison des rafales de vents qui auraient pu envoyer vers les cieux les promeneurs insouciants.

Il a fallu contourner le parc pour accéder à la forêt, où se trouvaient les promeneurs et les coureurs.

Nous avons croisé à plusieurs reprises des coureuses de bonne famille qui discutaient de l’éducation de leurs enfants et de séjours à la campââgne. Monsieur Moochagoo se mit à chanter, « Les jeunes filles de bonne famille » de Jacques Hélian : « Les jeunes filles de bonne famille / Vont au couvent des Oiseaux / Elles tricotent des résilles / Et font de la peinture à l’eau.. »

Malheureusement, il suivait aussi ses idées sur la randonnée : « Quand vous voyez des gens qui marchent sur un sentier, que font-ils ? »

Je répondis imprudemment : « Ils randonnent bien sûr ! »

« Pas du tout : ils qrandonnent ! Par leurs gestes, leur marche, leurs paroles, on peut penser qu’ils randonnent ou du moins, participent aux règles qui régissent la randonnée. En fait ils appliquent d’autre règles, celles de la  qrandonnée. » *

Pendant un moment je crus distinguer un halo méphitique autour de la tête de Monsieur Moochagoo, tandis qu’une migraine prenait possession de mon crâne.

Je tentais de changer de sujet en rappelant une anecdote : Gide disait au sujet d’un écrivain détesté, « Il gagne beaucoup à être traduit. »

Monsieur Moochagoo en profita pour me parler de la traduction de « La dame aux camélias » d’Alexandre Dumas par Lin Shu (1852-1924). Lin Shu, qui ne connaissait aucun langue étrangère, avait demandé à un ami qui revenait de France de lui raconter l’intrigue détaillée de « La dame aux camélias », pendant qu’il transcrivait ce qu’il entendait, en chinois classique. Il paraît que le résultat en chinois est littérairement supérieur au médiocre roman de Dumas.

Nous n’avons eu qu’un petite averse de cinq minutes et peu de vent.

Belle journée !

* Référence à des interrogations de Wittgenstein / Kripke / Goodman sur les règles.

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Vanitas vanitatum et omnia vanitas

Il existe au Musée d’Anvers, « Neuf contemplations de l’impureté des corps », neuf gouaches de Morishige, d’inspiration bouddhiste (XVIIème siècle).

Ces peintures auraient représenté la célèbre poétesse et courtisane japonaise Ono no Komachi (833 – 857). Elles veulent montrer la vanité du monde aux moines qui seraient tentés par la chair.

Les neufs titres (et textes) sont évocateurs « Récemment décédée », « Le ventre enflé », « Souillée de sang », « Désordre », « Dévorée », « Bleu noirâtre », « Les os blancs restent soudés », « Les os éparpillés », et « Les vieilles tombes. »

1 – « Récemment décédée » : Sa couleur habituelle avait pâli pendant sa maladie et son corps odorant, comme s’il était endormi, a l’air de quelqu’un qui vient de mourir. les proches et les amis de jadis sont restés et sont encore ici, mais où son âme s’est-elle envolée ce soir ?..L’âge avancé et la jeunesse n’ont au fond pas de frontières précises. Il est difficile d’échapper, rapidement ou lentement, à ce qui vient avant ou après.

2 – « Le ventre enflé » : Le nom de celle qui vient de mourir et qui a le ventre enflé est difficile à donner. Son visage rose  devient livide et perd sa beauté. D’abord tombent ses cheveux noirs qui se nouent aux racines de l’herbe. Les six intestins pourrissent dans ce qui reste du cercueil;, et ses autres membres, gonflés et droits, sont couchés sur le plaine ouverte. personne ne l’accompagne. Seule, elle suit le chemin qui mène à l’empire des morts. C’est là que se trouve son âme.

3 – « Souillée de sang » : Ses os brisés et sa chair déchirée, elle séjourne sur le Mang du Nord. Son apparence s’est inconcevablement modifiée. Sa peau pourrie s’en est allée en lambeaux et a pris une couleur pourpre bleue. Soudain du sang purulent coule. Il fait pourrir ses intestins. le monde est changeant et apparaît et disparaît comme le soleil. Le corps est impur, cela devient évident en cet instant. D’ici parents et amis ont disparus dans le néant..

….

9 – « Les vieilles tombes » : Même si la nature a vidé les membres, au cours de son existence et jusqu’à la fin, cet être fut aimé. Restée sur le lieu de la mise en terre, l’âme mystérieuse s’envole dans le clair de lune nocturne ; après avoir quitté le cadavre, innocente, elle frémit dans le vent d’automne. Reste le nom, sans la forme, au bord des collines recouvertes de pins. Les os deviennent cendres dans les marais herbeux. Sur les pierres, les inscriptions s’effacent et se font illisibles. Autour des tombes, les yeux sont rougis de larmes.

(Source principale : Margerie (Diane de) : Mon éventail japonais. Philippe Rey, 2016.)

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Les neufs stades de la décomposition (« Body of a Courtesan in Nine Stages, » by Japanese artist Kobayashi Eitaku.)

Défendons l’orthographe !

« Ici vient la fame et tahist son segnor et le vent à ses anemis et emprent deniers. »

(Ici vient la femme et elle trahit son seigneur ; elle le vend à ses ennemis en recevant de l’argent). Samson et Dalila, miniature. Codex Vindobonensis 2554, XIIIe siècle.

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Samson et Dalila, Bibliothèque Mazarine.

 

 

« Li amor tanto oit  ovré Que ambidos oit fraito castité. »

(L’amour a tellement oeuvré qu’ils ont tous deux enfreint la chasteté). La geste Francor, XIIIe (?).

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Hérode et Salomé, Musée des Augustins.

 

Croire que l’on fait une randonnée n’est pas faire une randonnée

CeJAH7WWAAAK5Is Gardons la frite.

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Randonnée du Dimanche 20 mars 2016. Villeneuve-la-Guyard – Pont sur Yonne. 18km.

Dans les Champs de Blanche, nous venions de croiser une promeneuse vêtue d’un long manteau, dans le style Game of Thrones, mais avec des chaussures noires en plastique brillant. On voit de tout sur les chemins de randonnée. 

Elle devait faire un test de survie en milieu hostile sur le GR2. Elle fut sans doute déçue. A part quatre jeunes en moto, qui fonçaient sans vraiment regarder les obstacles, il n’y avait aucune menace. 

Les jeunes en moto ont probablement rencontré un cul de bouteille pointu, que j’avais aperçu sur une descente étroite qui suit le tracé de l’aqueduc souterrain de la Vanne. Un moyen infaillible de crever.

Juste après le village de Champigny, alors que nous cherchions un endroit pour déjeuner à l’abri du vent glacé, Monsieur Moochagoo me confia qu’une randonnée ne contient pas à l’avance l’intégralité de son parcours. 

J’étais déterminé à ne pas avoir de mal de crâne, et lui demandait de préciser. Il me donna un complément d’explication : Croire que l’on fait une randonnée n’est pas faire une randonnée. J’en convins avec un début de mal de crâne.

Il me dit, « Je vais être gentil avec vous et vous donner deux indices : ‘Se déplacer sur un chemin de randonnée ne veut pas dire faire une randonnée’ et,  ‘Y a-t-il des règles pour faire une randonnée ?’ « 

Je fus encore une fois sauvé par le gong. Nous avons aperçu devant nous un petit groupe de randonneurs en train de déjeuner, alors que nous les avions dépassés à Velleneuve-la-Guyard et laissés derrière nous, et que nous avions emprunté le chemin le plus court.

Un énigme que je n’ai pas résolu. Ils nous ont même dit lorsque nous sommes passés à côté d’eux, « Ah, nous vous avons vu tout à l’heure à Villeneuve-la-Guyard ! »

Belle journée !

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Une randonnée où il y a une « Pierre de Minuit » ne peut être qu’étrange.

 

MademoiselleTchintcha (Ah les femmes !)

Jaloux de la réussite du Bouddha, des religieux hétérodoxes cherchèrent à lui nuire : « Par quels moyens arriverons-nous, en déshonorant le religieux Gotama (Bouddha) aux yeux des gens, à mettre fin à ses profits et honneurs. ? »

Ils se servirent de la novice Tchintcha « qui était très belle et pleine de grâces », et la poussèrent à déshonorer Gotama.

Vêtue d’une robe écarlate et tenant une guirlande et des parfums elle se fit remarquer en allant chaque jour, après la sortie des dévots, jusqu’au Djêtavana, maison de Bouddha.

Elle passait discrètement la nuit dans un couvent des hétérodoxes, non loin du Djêtavana.

Au bout de quelques semaines, si on lui posait des questions, elle répondait : « J’ai couché au Djêtavana avec le çramane Gotama dans sa cellule privée. »

Au bout de quelques mois elle fit semblant d’être enceinte en s’attachant sur le ventre un hémisphère de bois enveloppé de tissus.

Un soir, pendant un prêche de Bouddha, elle se mit devant lui pour lui reprocher de ne pas faire son devoir et de ne pas prendre soin d’elle.

Le Bouddha lui dit : « Ma soeur si ce que tu dis est vérité ou mensonge, il n’y a que toi et moi à la savoir. »

L’accusation insidieuse, difficile à contrer si Tchintcha avait vraiment été enceinte, fut réduite à néant grâce à des petites souris envoyées par Indra le roi des dieux, qui rongèrent les liens qui retenaient l’hémisphère de bois. 

Tchintcha s’enfuit sous les crachats et les huées. Dès qu’elle fut au loin, le terre s’entrouvrit et elle fut précipitée dans les enfers, entourée de flammes.

On remarquera que seule la femme « parangon d’astuce et d’effronterie féminine » est punie, alors que les vrais coupables – les religieux hétérodoxes masculins – n’ont rien. 

Et pour dédouaner le Bouddha, celui-ci ne voit pas la punition immanente du karma infligée à Tchintcha.

Source : Foucher A. : La vie du Bouddha d’après les textes et les monuments de l’Inde. Maisonneuve, 1993.

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Madame Potiphar (Ah, les femmes !)

Dans Génèse.39 se situe un des épisodes les plus connus de la Bible : les relations de Joseph et de Madame Potiphar.

On se souvient que Joseph fils de Jacob a été vendu par ses frères aux Égyptiens. Le chef des gardes égyptien l’achète et en fait petit à petit son majordome, qui finit par régenter sa maison et ses champs. Joseph est le deuxième dans la hiérarchie.

La genèse nous dit que le chef des gardes, « n’avait avec lui d’autre soin que celui de prendre sa nourriture. Or, Joseph était beau de taille et beau de figure. »

L’expression « celui de prendre sa nourriture » est une périphrase, pour dire qu’il n’avait plus qu’à s’occuper de Madame Potiphar.

Or celle-ci (la traitresse !), dès qu’elle se retrouve seule avec le beau Joseph, veut coucher avec lui.

Joseph refuse au motif qu’il a la responsabilité de toute la maison, qu’il est le deuxième dans la hiérarchie et qu’il ne peut trahir son maître (son refus n’a rien à voir avec un comportement chaste, mais plutôt avec un idéal de sagesse).

Madame Potiphar, « saisit (Joseph) par son vêtement, en disant : Couche avec moi! Il lui laissa son vêtement dans la main, et s’enfuit au dehors. »

Elle profite de la possession du vêtement – preuve d’une certaine intimité – pour dire aux gens de la maison qu’elle a été agressée par Joseph qui n’est qu’un hébreu (un étranger). Elle parle aussi à son mari de l’esclave hébreu – Joseph est déclassé – qui s’est jeté sur elle. Le chef des gardes est en colère (contre qui ?), et Joseph est jeté en « prison ». 

A l’époque les prisons, au sens actuel du terme, n’existaient pas. C’était un endroit où on gardait les gens en attente de jugement. Prudemment le chef des gardes n’interroge ni sa femme ni Joseph, qui n’est pas jugé. Il évite tout scandale.

Et Joseph reprend des responsabilités en « prison », et finit par s’occuper de tout comme avant.

Le thème de la femme séductrice est universel à cette époque, et le rédacteur de cette histoire est un homme. 

On retrouve les mêmes thèmes dans le conte égyptien des deux frères Anpu et Batu.

Sources : Génèse 39 et Thomas Römer, spécialiste de la Bible.

http://www.enseignemoi.com/bible/genese-39.html.

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« Joseph et la femme de Potifar », Antonio María Esquivel, 1854.

(Messagerie : ekand4460@wanadoo.fr)

Bad boys, bad boys whatcha gonna do?

Dimanche 13 mars 2106. Randonnée en Forêt de Chantilly – 20km.

La journée avait bien commencé. Durant le voyage en RER pour rejoindre la Gare du Nord, un clochard s’était réveillé brusquement à la station Bourg-la-Reine et avait proclamé : « Et pourquoi qu’on bourre la reine, hein ? etc. »

Puis dans la Forêt de Chantilly en descendant la seule petite côte, d’un forêt par ailleurs complètement plate, nous avons croisé un cycliste en tenue moulante jaune et rouge qui montait en force en disant « cui-cui, cui-cui, cui-cui ». 

J’ai cru qu’il plaisantait dans un téléphone en oreillette, en disant quelque chose comme, « les carottes sont cuites », mais non, c’était bien « cui-cui ». Monsieur Moochagoo un sourcil levé, a dit : « Qui l’eut cru ? »

A la limite je préférais ce genre d’excentricité à la brave dame qui, en descendant de vélo à un carrefour, s’était jetée sur son petit chien  terrorisé, en hurlant : « Mon bouchouchou, mon bouchouchou », et autres mignardises.

Monsieur Moochagoo avait commencé la promenade en chantant le Dies Irae : « Quantus tremor est futurs, / quando judex est ventrus, / cuncta stricte discussúrus ! » (Quelle terreur nous saisira / lorsque le Juge apparaîtra / pour tout juger avec rigueur !).

Je lui avais demandé pourquoi il chantait le Dies Irae. Il m’avait avoué qu’il avait pensé à mon trépas lors de ma gastro. Ce Dies Irae était donc un acte de piété, quoiqu’un peu tardif.

Je le remerciais de m’avoir imaginé en proie à la  « requies aeternam », que notre liturgie funéraire implore pour ses défunts.

Il s’est justifié en affirmant que j’aurais enfin, « brisé les chaînes de ma prison corporelle ». Je lui répondis que l’exaltation métaphysique concernant « l’ivresse du néant », n’était pas tasse de thé.

Pour se faire pardonner il a chanté « Bad Boy’s Cops » : « Bad boys, bad boys whatcha gonna do? / Whatcha gonna do when they come for you? / Bad boys, bad boys whatcha gonna do?.. » 

Une de mes chansons préférées. Belle journée au soleil !

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(Génies chevelus de la forêt)