A la recherche de l’âme

Moochagoo : Je me sens déjà mille fois mieux. Je vais reprendre un peu d’eau-de-vie de Poire Williams .

Moi : Joli travail ce curieux montage, avec trois appareils de photos, une plaque noire et des « objets » multicolores qui clignotent.

Moochagoo : J’étais prêt à tout pour que ça marche.

Moi : Je peux être franc ? Je parlais de photographier l’âme pour plaisanter. Mais je vois que m’avez pris au pied de la lettre.

Moochagoo : Je garde l’esprit combatif. Au départ le problème était le suivant : comment capturer sur un support l’image de l’âme qu’on porte en soi ?

Moi : Honnêtement, photographier son âme, me semble aussi utile que des Quernons d’Ardoise pour un diabétique en phase terminale.

Moochagoo : Regardez cette photo !

Moi : Je ne vois qu’un vague nuage blanc sur un fond blanc, bordé de blanc. On dirait le tableau d’Alphonse Allais, « Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige. »

Moochagoo : Vous n’avez pas d’idée de ce que c’est ?

Moi : C’est difficile d’imaginer quoi que ce soit en regardant ce..cette buée blanche.

Moochagoo : Allons, votre esprit devrait être comme un livre ouvert.

Moi : J’ai beau regarder, rien. Peut-être votre âme n’est-elle pas assez visible pour laisser une trace remarquable ? Alphonse Allais parle d’une âme rose tendre tirant sur le bleu-clair.

Bon, il n’était pas content.

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Monsieur Moochagoo était déguisé en clown Grippe-sous de Stephen King (il savait que ça me faisait peur), et me racontait son rêve :

« Je faisais du vélo au milieu d’une route déserte et sentais la présence d’un kami, un esprit japonais, une force cachée de la nature. Un kami peut prendre la forme d’un animal, d’un arbre ou même du vent. Celui dont je sentais la présence, était-il un kami des ténèbres ou de la lumière ? J’étais terrifié, et je me suis réveillé brusquement, en sueur. J’avais du mal à respirer. »

Je demandais, « Votre essai de déguisement de clown Grippe-sous pour Halloween a-t-il un rapport avec votre cauchemar ? Parce que moi, je vais avoir des cauchemars.»

Devant son silence, je posais une autre question : « Comment se fait-il que votre cauchemar soit teinté de religion shintoïste, c’est curieux, non ? »

Il répondit : « J’avais lu dans un livre que, pour une jeune japonaise, la quête du ki sert « à dissiper les nuages qui obscurcissent mon coeur » ; j’avais compris aussitôt que je devais approfondir mes connaissance sur le ki – principe fondamental de l’univers, énergie, souffle – dans la religion shintoïste. Puis je me suis endormi. Vous connaissez la suite. »

J’étais étonné : « Vous faites des rêves bizarres. Vous allez bientôt m’annoncer que vous voulez prendre l’âme en photo, je le sens. »

Je vis son regard s’allumer, avec ce je-ne-sais-quoi de folie. Il s’écria : « Photographier l’âme, mais oui, bien sûr ! »

Je crains le pire, ça m’apprendra à imaginer des projets pour Monsieur Moochagoo.

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ça.

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Groupe de kamis  terrifiés par Monsieur Moochagoo.

 

Solid Potato Salad

« Quand je retourne vers moi, je ne me sens pas bien accueilli » . C’est une phrase étonnante, prononcée par le patient d’un psychanalyste *.

Si on met la plus grande distance possible entre soi et soi et qu’on est mal reçu au moment du retour, c’est désagréable.

C’est un peu comme lorsqu’on retrouve un ami après un long voyage, et qu’on s’aperçoit qu’il est devenu distant.

La distance du voyage à provoqué de la distance avec ceux qui nous étaient proches.

« Prendre ses distances rapproche rarement », dirait ma voisine.

Pour en revenir à soi, vous allez me dire que vous trouvez étrange de se séparer de soi-même.

Si on ne se supporte plus, il faut peut-être sortir de soi.

Par exemple, écrire un billet où une araignée raconte sa journée, tout en chantant, « Solid Potato Salad », est un moyen pour s’oublier.

Monsieur Moochagoo a précisé : « Moi je parlerais d’une araignée géante en provenance d’une planète lointaine, poursuivie par la police. Cela mettrait un peu de piquant au récit de sa journée. Mais, en fait, se séparer de soi-même n’a aucun intérêt. Le soi n’est qu’une illusion. »

Il me cita Kafka : « C’est pour cela qu’on aime les libellules. »

Il a le don de m’embrouiller l’esprit.

Belle journée !

* Daniel Sibony : « Les sens du rire » (éd. O. Jacob).

** https://www.youtube.com/watch?v=Sn3ZGswnBas

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« Une araignée géante en provenance d’une planète lointaine, poursuivie par la police. »

Cruelle énigme

Je lisais cette phrase étonnante : « Comment quelqu’un pourrait-il ne pas ressembler à lui-même ? Et dans ce cas, on peut aller plus loin : comment quelqu’un que l’on a jamais vu auparavant pourrait ne pas ressembler à lui-même« . *

Ma voisine m’a dit : « Alors là, ça va loin ! Je suis sûre que c’est un jeu avec des énigmes! »

Elle rangeait divers instruments tranchants, « pour éviter de couper la chance. »

Elle réfléchit : « J’ai lu dans un journal qu’une personne trouvait toujours le moyen de ne pas se ressembler. Sans un doute un escroc qui voulait rester discret. »

Je pensais : Trop simple ! Si quelqu’un ne ressemble pas à lui-même, quels détails différencient quelqu’un et lui-même ? Et : « quelqu’un que l’on a jamais vu auparavant pourrait ne pas ressembler à lui-même », n’est-ce pas bizarre comme phrase ?

En quittant ma voisine, je jetais un coup d’oeil à la glace située dans le salon : en apparence, je me ressemblais bien. Mais sur quoi donc pouvais-je me baser, pour savoir que je me ressemblais bien ?

Cruelle énigme !

* « Proust la mémoire et la littérature », Collectif sous la direction du Collège de France. Texte de Sara Guindani, éd. O. Jacob, 2009.

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« Je jetais un coup d’oeil à la glace située dans le salon : en apparence, je me ressemblais bien. »

Y mouftent plus

« Les sentiments m’envahissent sans raison. Ils me tyrannisent. » (Leonard Michaels, « Conteurs, menteurs »).

Comment maîtriser ses sentiments ?

Vous allez me dire, on n’est pas sur le forum psychologique d’une revue hebdomadaire féminine, il nous casse les pieds celui-là.

Malgré les risques de moqueries, j’ai consulté mon forum psychologique privé : Tante Germaine.

Elle m’a répondu : « Moi, quand mes sentiments se ramènent, je charge mon fusil à canon scié et j’arrose, ou je les dynamite au fond d’une forêt. Après y mouftent plus. »

Une fois chez moi, j’ai poussé mes sentiments dans un coin de l’appartement, j’ai chargé le fusil à canon scié de Tante Germaine et je les ai regardé dans les yeux.

J’ai dis : « Alors, qui commande ? »

Ils se sont mis à pleurer à gros bouillons avec des paroles incohérentes, sauf le sentiment d’amour romantique qui soupira : « Je m’en fiche, de toutes façons je vais mourir d’amour. »

Je lui répondis vertement que l’Amour Romantique était passé de mode depuis belle lurette.

Il émit un râle aigu comme Michel Serrault dans la Cage aux Folles.

Je renonçais à mes idées de meurtre.

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Ophélie.

 

Lin anti-démoniaque

Ma voisine m’avait confié qu’elle avait carré de lin sur la tête lorsqu’elle était dans son appartement.

Je m’étonnais, avait-elle décidé cela pour des considérations religieuses ? 

Elle m’expliqua qu’elle avait lu récemment dans une revue confidentielle, « Les deux mondes de l’archéologie franco-britannique » (mars 1947), qu’à l’époque élisabéthaine, au XVIème siècle, les jeunes mariés, lorsqu’il pénétraient dans l’église pour la bénédiction religieuse, portaient sur la tête un carré de lin, afin de se protéger du démon.

Je lui avouais que je ne connaissais pas cette revue, d’où venait-elle ? Elle avait retrouvé cette revue dans une vieille malle de son père.

Comme elle entendait depuis peu des bruits inquiétants dans son appartement, par mesure de prudence, elle portait un carré de lin sur la tête.

Je lui avouais que j’avais revu « Paranormal Activity », et qu’en repensant à des scènes du film, je dormais avec mon drap sur la tête.

Finalement, un carré de lin sur la tête n’était pas une mauvaise idée. 

Monsieur Moochagoo me conseilla de revoir encore ce film chez moi avec un carré de lin sur la tête, pour vérifier l’hypothèse du carré de lin anti-démoniaque. Il fallait que je sois seul.

Je vis dans son regard comme une étincelle de moquerie. 

Bon, le carré de lin sera pour une autre fois.

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Démon typique.

 

Les aventures de Tintin à Botz-en-Mauges

“L’arbre qui tombe dans la forêt fait-il du bruit si personne ne l’entend?”

Monsieur Moochagoo méditait sur ce koan zen. Je ne lui dis pas que cette anecdote me faisait penser au crocodile dans « Peter Pan ». Le réveil dans l’estomac du crocodile fait-il TIC TAC lorsque nul ne l’entend ? 

J’aurais préféré me poser des questions au sujet de la Fée Clochette, mais son galbe trouble mes capacités de réflexions.

Tante Germaine dirait : « Quelles capacités de réflexions au juste ? » C’est long à expliquer, mais je pense que parfois elle cherche à me déstabiliser.

Je venais le voir, car j’avais lu dans « Conférences » de Jorge Luis Borges, que celui-ci ne s’intéressait au livre qu’avant sa matérialisation.

Je cherchais à me représenter un livre immatériel. Est-il écrit seulement dans l’esprit de l’auteur ? Est-ce un livre en puissance comme, « Les aventures de Tintin à Botz-en-Mauges ? »

Je lui demandais son avis : « Un livre immatériel – à condition qu’il existe dans l’esprit de l’auteur – est-il la propriété de l’ « écrivain » ? »

J’eus droit à un regard très sec. Il cita Barthès : « La naissance du lecteur doit se payer de la mort de l’Auteur. »

Je me demande si j’ai bien écrit ce billet et s’il existe dans l’esprit du lecteur..

Belle journée !

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