Grammaire et meurtres

Monsieur Moochagoo lisait, « Sidonie ou le français sans peine » : une grammaire amusante de Salomon Reinach, parue en 1901.

Il était fasciné par une phrase mnémotechnique pour retenir les cinq temps passés (imparfait, passé simple, passé composé, passé antérieur, plus-que-parfait *) : « Je lisais hier ce livre que vous me lûtes l’an dernier. Je l’ai lu avec plaisir ; quand je l’eus lu presque en entier, je m’aperçus que vous me l’aviez déjà lu. »

C’était assez loin d’un policier que j’étais en train de lire : « Le thon en boite qui aimait les orchidées» de Sigur Pummel, paru aux Editions du Homard (Québec), en 1957, dont la première phrase était :

« Les vrais amis ? Bien, commencons avec cette garce qui était une soi-disante amie, mais qui ne l’est plus maintenant, parce que je viens de la tuer. Elle pensait qu’elle pouvait me dire ce que je devais faire. En plus, elle prenait mes fringues et ne me les rendait jamais. A chaque fois que je les lui ai demandé, elle avait toujours une excuse pour ne pas me les rendre. Eh bien, elle ne les emportera pas au paradis, ces fringues.

Monsieur Moochagoo avait mis Carmen un peu fort : « Si tu ne m’aimes pas, je t’aime / Et si je t’aime, prends garde à toi / Prends garde à toi / Si tu ne m’aimes pas, si tu ne m’aimes pas, je t’aime.. »

Monsieur Moochagoo baissa le son et me dit : «La logique et la grammaire sont très importants. Vous savez que si cet objet est entièrement rouge, alors il n’est pas bleu ; et que si vous mesurez 1,80m, alors vous ne mesurez pas 3m.»

J’eu peur de subir un lavage de cerveau, comme il en a, hélas, pris l’habitude. Mais cette éventualité me parut improbable en entendant Carmen : « Près de la porte de Séville, / Chez mon ami Lillas Pastia, / J’irai danser la séguedille / Et boire du manzanilla.. »

Je continuais ma lecture : « Je serrais mes hanches et mes cuisses autour du cou de George. L’oxygène commençait à ne plus arriver vers son cerveau. Ce crétin tomba inconscient, le visage bleu. Je lui tordis violemment le nez. Ouf, il était bien mort ! George n’aurait jamais dû me dire d’appeler la police après avoir vu le cadavre de cette garce. Je ne supporte pas qu’on me dise ce que je dois faire. »

Une belle journée !

* Le plus-que-parfait est bistromanien, par définition.

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« Je ne supporte pas qu’on me dise ce que je dois faire. »

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6 réflexions au sujet de « Grammaire et meurtres »

  1. Moi ce sont les San Antonio que je suis en train de lire dans la collection « Bouquins ». Les premiers romans ne pourraient pas paraitre aujourd’hui compte tenu de certaines cibles de l’humour de l’auteur…

    • M’enfin, c’est un vrai roman policier. Il est probable que Sigur Pummel est un faux auteur, mais il est persuadé d’être le véritable auteur de, « Le thon en boite qui aimait les orchidées ». C’est ça qui compte.

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