Tataooine – 22 Charmer les ennuis de la folitude.

Lorsque j’ai repris connaissance j’étais dans la salle des machines envahie à présent par le sable. Tout était éteint, il n’y avait personne aux environs. Le vaisseau semblait abandonné depuis beaucoup plus de trente ans.

La mission avait réussi. Mais à quelle date étions-nous ?

Je me rappelais la phrase de Lucrèce : « Il est doux, quand la vaste mer est troublée par les vents, de contempler du rivage la détresse d’un autre. » Sauf que l’autre que je regardais – perdu dans un vaisseau à moitié ensablé – c’était moi, et que celui qui contemplait c’était aussi moi.

On disait autrefois : « Il faut fe faire des plaisirs par lesquels on puisse charmer les ennuis de la folitude. » * En repartant dans le couloir par où nous étions venus, je cherchais quels plaisirs je pouvais trouver à avancer seul dans un couloir encombré de débris et de sable qui montaient parfois à deux mètres de hauteur.

Une fois, ma voisine m’avait donné un conseil : « Quand on est vraiment dans les ennuis, il faut s’en remettre à Saint Onuphre l’Anachorète (IVe), habillé seulement de ses longs poils, après que ses vêtements fussent tombés en lambeaux. »

Saint Onuphre avait-il assez de pouvoirs pour me sortir d’une situation terrifiante?

L’espace réservé d’une centaine de cabines où nous avions dormi était effondré. Seule l’ancienne salle de commandement avait un peu résisté. Le projecteur était toujours là, alimenté par une source d’énergie très faible : une vague image apparut sur le mur avec une date et des références.

J’avais été projeté plus de cent ans dans le futur (ou plus de soixante-dix ans après le moment où nous étions entrés dans le Super Destroyer Stellaire de classe Executor) !!!

Les membres de l’équipe devaient être morts depuis longtemps, à part BB-8 (peut-être). J’étais sans vivres et sans eau. Une larme perla le long de mes cils.

C’est là que j’entendis derrière moi une chanson : « Qui connaît le lendemain ? Pendant que l’heure t’est propice, bois, joue aux dés, offre des libations à Bacchus, de peur qu’une maladie ne vienne te dire : « Il ne faut plus boire ! » **

* Dictionnaire universel de français et latin, 1725.

** Ode d’Anacréon (-550 / -464)

Anacréon

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3 réflexions au sujet de « Tataooine – 22 Charmer les ennuis de la folitude. »

  1. « La mission avait réussi. Mais à quelle date étions-nous ? » Je me pose cette question quasiment tous les jours. Mais bizarrement, je prononce rarement la première phrase.
    « il ne faut plus boire »…celle-ci, en revanche… 🙂

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